Luxembourg, 20/10/2009 (Agence Europe) - À l'issue de la réunion de l'Eurogroupe, lundi 19 octobre, Joaquín Almunia et Jean-Claude Juncker ont confirmé leurs inquiétudes concernant la crédibilité des statistiques budgétaires en Grèce. Athènes avait annoncé la semaine dernière que son déficit budgétaire risquait d'être supérieur à 10% du PIB en 2009, alors que les autorités tablaient auparavant sur un chiffre de 6% et avaient un objectif initial de 3,7%. L'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement socialiste en Grèce, coïncide avec ces fortes réévaluations des précédentes statistiques.
« Le déficit budgétaire cette année sera beaucoup plus élevé que l'objectif auquel le gouvernement grec s'était engagé (3,7%), une évolution qui ne peut être que partiellement attribuée à une évolution de l'économie plus mauvaise que prévu », expliquait dans un communiqué le commissaire aux Affaires économiques et monétaires après sa rencontre avec le nouveau ministre grec des Finances, George Papaconstantinou. Peu après, il confirmait devant la presse: « Je suis sérieusement préoccupé par les nouvelles disparités sur le plan statistique ». Des différences ont été transmises à ses services au cours d'une mission récente à Athènes et à Eurostat, a précisé le commissaire, pour qui « ces différences (entre anciens et nouveaux chiffres, NdlR) exigeront une enquête approfondie ». Désireux de connaître les raisons de ces nouvelles différences, le commissaire s'étonne de la répétition de telles dérives dans un pays où la fiabilité des statistiques budgétaires avait déjà été mise en cause avant et après son entrée dans la zone euro. « Nous avons connu des épisodes par le passé, nous avons changé les règlements », a stigmatisé M. Almunia. « Eurostat n'a pas, bien sûr, à 100% entre les mains les instruments nécessaires pour éviter ce type de situation », mais « nous voulons savoir ce qui s'est passé, pourquoi ça s'est passé », avant d'envisager des propositions pour améliorer la situation, a-t-il ajouté. Tout aussi perplexe, M. Juncker s'est lui aussi montré critique: « Je suis extrêmement impressionné par la différence entre les anciens et les nouveaux chiffres. Cela s'est déjà passé plusieurs fois par le passé si cela se reproduit encore, nous allons vraiment perdre en crédibilité. Ça suffit ! Il nous faut des statistiques correctes ».
Décidé à rectifier le tir, le ministre grec insiste quant à lui sur la volonté de son administration de collaborer dans la transparence. La situation budgétaire est « très difficile » et le déficit devrait être de 12,5% du PIB d'ici la fin de l'année, a confirmé, mardi devant la presse, M. Papaconstantinou. Cette hausse significative s'explique par trois raisons qui pèsent de manière presque égale: - le climat économique actuel (avec « une récession plus sévère que prévu ») ; - une sous-estimation de la chute des recettes conjuguée à une estimation trop optimiste du niveau des dépenses ; - la non inclusion de certains éléments essentiels dans les statistiques budgétaires, qui ne serait pas une simple erreur ou négligence du précédent gouvernement laisse-t-il entendre.
Pour restaurer une crédibilité affectée par ces nouvelles péripéties statistiques, le ministre souhaite agir vite, en prenant dans les mois à venir des mesures législatives spécifiques, notamment (même si cela aurait dû être fait il y a longtemps) en octroyant aux services statistiques grecs leur indépendance par rapport au pouvoir politique. Au plan du déficit, l'objectif de retour sous les 3% du PIB en 2010 est « bien sûr complètement hors de question ». Une chose semble sûre: n'ayant pas pris des mesures effectives, conformes à la recommandation du Conseil d'il y a six mois, pour corriger, à terme, son déficit, la Grèce s'expose à une nouvelle étape de la procédure pour déficit excessif. La Commission devrait constater l'absence de mesures suivies d'effet satisfaisant en Grèce le 11 novembre (article 104§8). Une décision de mise en demeure du pays (article 104§9) est ensuite possible.
Le pays fera aussi partie de ceux à qui il sera demandé de commencer la consolidation des finances publiques avant 2011. Anticipant les attentes de la Commission, M. Papaconstantinou a lui-même annoncé que le gouvernement adopterait prochainement des mesures d'ajustement budgétaire pour 2010. Sans évoquer une date précise, le ministre reconnaît qu'un échéancier de 3 à 4 ans au moins sera nécessaire pour espérer ramener le déficit sous le seuil du Pacte de stabilité et de croissance. (A.B.)