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Bulletin Quotidien Europe N° 9998
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La gestion de la crise du secteur laitier soulève des questions générales

Quelques perplexités. L'UE a besoin d'une stratégie globale régissant tous les aspects de l'activité agricole dans le sens le plus large du terme: production, échanges commerciaux, protection de la nature et de la biodiversité, lutte contre la faim dans le monde, etc. (voir cette rubrique d'hier). En attendant que cette stratégie soit définie par la nouvelle Commission européenne, les institutions doivent gérer au jour le jour la politique agricole commune (PAC) telle qu'elle existe, à commencer par la crise du secteur laitier. Elles doivent le faire, c'est évident, avec les instruments qui existent ; mais en s'efforçant d'avoir une vision large des enjeux et de l'intérêt général. Or, l'attitude de la Commission européenne soulève quelques perplexités. On se demande si la commissaire à l'Agriculture, Mme Fischer Boel, fait preuve de la compréhension souhaitable des différents aspects politiques, sociaux, économiques et environnementaux qui sont en jeu.

Certes, elle est liée par les décisions déjà prises et par les orientations définies par le Conseil lui-même sur l'avenir de l'organisation du marché laitier, et elle a proposé ou adopté plusieurs mesures en faveur des producteurs de lait, et elle en annonce d'autres. Notre bulletin en rend compte régulièrement et il continuera à le faire de façon complète et objective. La commissaire a en même temps réaffirmé ses réticences à l'égard d'une régulation du marché laitier couvrant le volume de production et les prix et elle continue à s'opposer aux orientations qui sont très largement majoritaires au sein du Conseil: 20 États membres, qui pourraient devenir 21 si la Grèce s'y ajoute ainsi qu'on l'annonce, qui représentent 95% de la production communautaire de lait. Sans mettre en cause l'autonomie et les prérogatives de la Commission dans la gestion de la PAC, est-il possible de négliger à ce point les positions des États membres ? Surtout lorsque le Parlement européen va dans la même direction, et que ses pouvoirs concernant la gestion et surtout le financement de la PAC vont être sensiblement élargis par le Traité de Lisbonne ?

Réaction démagogique ? Les perplexités concernent aussi la réaction de la commissaire à l'Agriculture aux initiatives les plus spectaculaires des producteurs laitiers visant à alerter les opinions publiques. Elle a dénoncé devant les ministres le message que l'Europe aurait adressé au monde en déversant des millions de litres de lait dans les champs. Elle estime que les images de cette action, diffusées lors d'une réunion entre dirigeants africains et sud-américains, ont abîmé la réputation de l'Europe dans les pays pauvres: au moment où la faim représente un problème grandissant dans le monde, les producteurs européens ont détruit à large échelle des denrées alimentaires pour réclamer davantage de subventions.

Une telle présentation comporte, à mon avis, une forte composante démagogique en négligeant plusieurs aspects de la réalité. Si l'UE suit la politique que la commissaire préconise, les paysans impliqués produiront moins de lait ; il n'y aurait plus de destruction du produit, mais moins de produit, et l'effet du point de vue de la lutte contre la faim dans le monde serait le même. C'est une considération valable pour toutes les mesures dont le résultat serait de réduire la production agricole européenne. Il ne faut pas oublier que les vaches ne peuvent pas être placées en « chômage technique » ; il faut les traire chaque jour, ou les éliminer. Et si le prix du lait est inférieur au coût de production, l'abandon de cette activité devient inévitable, sans aucun soulagement pour les peuples affamés. S'y ajoute le fait que des journalistes et autres observateurs qui ont suivi les manifestations ont constaté que le lait déversé était largement « coupé à l'eau » ; il y avait autant d'eau que de lait, la manifestation était largement symbolique. D'ailleurs, le rapport de la Commission elle-même sur le marché laitier reconnaît que la chaîne d'approvisionnement ne fonctionne pas efficacement ; la « grande distribution » et l'industrie de transformation ont réduit radicalement le prix payé aux producteurs du lait sans que cette chute se répercute sur les prix aux consommateurs. C'est sur ce point qu'il faudrait peut-être intervenir, en évaluant le prix payé aux producteurs, sans négliger bien entendu l'exigence que ces derniers se soucient de leurs coûts de production et de l'amélioration et de la rationalisation de leur activité.

Risques environnementaux. Si la vision d'ensemble de l'activité agricole préconisée dans cette rubrique d'hier était déjà une réalité, les institutions européennes seraient attentives plutôt aux risques environnementaux implicites dans la diffusion croissante de l'élevage intensif dans le monde. L'UE s'en préoccupe depuis longtemps à propos de sa production interne, et elle a pris quelques mesures à l'égard des importations ; elle pourrait prendre l'initiative d'une discussion au niveau international, compte tenu de l'ampleur de l'évolution et des alertes qu'elle suscite. Cette rubrique y reviendra demain, ainsi que sur d'autres développements qui confirment l'exigence de coordonner les différents aspects des répercussions de l'activité agricole.

(F.R.)

 

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