Bruxelles, 17/02/2009 (Agence Europe) - La candidature d'adhésion du Monténégro, présentée par le Premier ministre Milo Djukanovic le 15 décembre 2008, est bloquée au Conseil avant même que la Commission ait pu donner son « avis » sur l'état de préparation politique, législatif et technique du pays. Au groupe de travail « Élargissement » du Conseil, plusieurs pays membres - notamment Pays-Bas, Allemagne, Espagne, France, Belgique - s'opposent à ce que le dossier soit transféré au COREPER en vue d'être soumis au Conseil des ministres. « Nous pensons que le Monténégro a encore beaucoup de travail à faire, comme le démontre aussi le rapport régulier 2008 de la Commission, avant que l'on puisse sérieusement parler de sa candidature d'adhésion », explique un diplomate d'un des pays membres récalcitrants. Habituellement, les candidatures d'adhésion sont automatiquement transmises au Conseil qui invite la Commission à préparer son avis (ce qui, en moyenne, dure un an). Normalement, ce n'est qu'après avoir obtenu cet avis que le Conseil entame son véritable débat politique sur l'opportunité ou pas d'octroyer à ce pays le statut officiel de « pays candidat » (l'éventuelle ouverture des négociations d'adhésion fait encore l'objet d'une autre décision distincte). La Présidence tchèque de l'UE, dont l'une des principales priorités est de faire avancer le processus d'intégration européenne des pays des Balkans, tente depuis le début de l'année de faire inscrire le point à l'ordre du jour du Conseil, mais en vain. Le sujet ne sera pas non plus à l'agenda du Conseil « Affaires générales/Relations extérieures » des 23/24 février (il est seulement prévu que les ministres auront un débat général pendant le déjeuner sur les Balkans occidentaux au cours duquel la question pourrait être évoquée de manière informelle). La « fatigue d'élargissement » généralisée dans l'UE après les douze adhésions de 2004 et 2007, l'incertitude persistante sur l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, l'ambiance morose créée par la crise économique actuelle ainsi que la perspective des élections européennes de juin et du renouvellement de la Commission en automne n'aident pas à faire avancer le cas du Monténégro. « Pour certains pays membres, l'élargissement est devenu un tabou », affirme un autre diplomate.
À la Commission, on ne cache pas son irritation. « Il est important de suivre une approche pragmatique et de traiter chaque candidature selon ses mérites propres, c'est-à-dire au cas par cas. La candidature du Monténégro est arrivée. Il faudrait donc logiquement lancer la première étape du processus, à savoir que le Conseil demande à la Commission de préparer son avis », affirme un fonctionnaire de la Commission qui souligne le caractère « technique » d'une telle décision qui, selon lui, ne préjuge pas du débat politique qui suivra « dans plus d'un an » quand l'avis sera prêt. Le Commissaire Olli Rehn aura, ce mercredi 18 février, un déjeuner informel avec les ambassadeurs des États membres de l'UE (COREPER) sur l'ensemble des dossiers liés à l'élargissement. Celui de la candidature du Monténégro en fera certainement partie. (H.B.)