Bruxelles, 17/02/2009 (Agence Europe) - Tout le monde doit avoir conscience que le remède à la crise actuelle exige un effort de coordination pour prévenir tout traitement désordonné, préjudiciable au bon fonctionnement du marché unique. Tel est le message adressé mardi 17 février par le président en exercice du Conseil européen à l'occasion de la deuxième journée d'échanges entre parlementaires européens et nationaux sur « Un new deal pour la relance économique de l'Europe » (EUROPE n° 9841).
« Nous savons tous que nous sommes dans le même bateau, mais n'y a-t-il pas différentes classes, des ponts différents sur ce navire ? Est-ce le Titanic ? », a déclaré malicieusement Mirek Topolánek avant de s'interroger plus fondamentalement: « Est-ce que cette crise ne va pas favoriser le protectionnisme ? ». Une éventualité contre laquelle le Premier ministre tchèque souhaite se prémunir en organisant le Sommet informel du 1er mars et ainsi éviter une « pandémie » de ce type. « La situation actuelle est telle que les chefs d'État et de gouvernement devaient se rencontrer », explique M. Topolánek, la crise actuelle étant « dans une large mesure une crise de confiance » avec une composante politique. « Si nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord sur une approche commune (…), si le protectionnisme et le mercantilisme s'imposent, nous sommes tous perdants », a-t-il martelé.
Se mobiliser et se coordonner est primordial, a convenu José Manuel Barroso, décidé lui aussi à exclure le nationalisme économique et le protectionnisme. « Nous luttons contre le protectionnisme au plan international, nous devons aussi résister au chant de ses sirènes ici en Europe », a déclaré le président de la Commission européenne. Nous avons réagi rapidement à la crise, s'est-il félicité, mais les marchés financiers doivent désormais retrouver leur but de départ, à savoir soutenir l'économie dans son ensemble. « Peut-être que la situation va empirer avant de s'améliorer », a-t-il reconnu, avant de se dire convaincu des bienfaits du plan de relance européen. Un plan qui ne peut, en tout état de cause, pas être comme celui des États-Unis, la diversité des situations en Europe l'interdit. Certains pays sont membres de la zone euro, d'autres non, certains font face à une récession et à des difficultés concernant leur balance des paiements, alors que d'autres s'en sortent mieux, a expliqué M. Barroso, pour qui il n'est « pas facile d'avoir un programme commun pour 27 situations différentes ». « Les gens se tournent vers l'Europe et veulent qu'elle trouve l'argent que nous n'avons pas », a-t-il ensuite souligné en rappelant la responsabilité des États membres au moment de définir les perspectives financières de l'UE. « Peut-être la prochaine fois pourrez-vous nous aider » à obtenir des moyens à la hauteur des ambitions, a-t-il lancé aux députés. À défaut de programme d'une autre envergure, la priorité reste donc d'accompagner l'exécution des mesures actuelles, sans perdre le lien entre le court, le moyen et le long terme.
La capacité de coordination des États membres sur les deux aspects principaux de la crise, économique d'une part et sociale d'autre part, sera éprouvée lors des deux prochains Sommets informels déjà annoncés par la Présidence tchèque (EUROPE n° 9838). Le 1er mars, l'objectif sera d'améliorer la stabilité du marché interbancaire en retirant les actifs toxiques des banques et en veillant à ce qu'elles accordent à nouveau des crédits aux ménages et aux entreprises. L'enjeu sera aussi de réaffirmer un principe de base de l'UE, car « le marché libre est notre meilleur instrument pour lutter contre la crise », a souligné M. Topolánek, s'inscrivant aussi dans une démarche à plus long terme au plan de la discipline budgétaire qu'il faudra retrouver « aussi rapidement que possible ». Mais la priorité est surtout de protéger les citoyens des effets de la crise, c'est là tout le sens de la deuxième réunion informelle des dirigeants européens, prévue en mai, a ensuite insisté M. Barroso. Ce Sommet examinera les questions liées au maintien de l'emploi (l'idée est de développer les programmes combinant emploi à court terme et formation), à la réintégration sur le marché du travail de ceux qui viennent de perdre le leur (une réorientation des dépenses pour des politiques plus actives) et au travail des jeunes dont l'entrée sur le marché de l'emploi risque d'être retardée par la crise. (A.B.)