Bruxelles, 10/12/2008 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont réaffirmé, lundi 8 décembre, leur détermination de « rehausser le niveau et l'intensité » des relations UE/Israël. À cette fin, ils se sont prononcés en faveur de la conclusion d'un nouvel « instrument » de coopération d'ici avril 2009 qui doit succéder à l'actuel plan d'action pour la mise en œuvre de la politique européenne de voisinage. Ce nouvel « instrument », qui reste encore à définir, pourrait alors être soumis au prochain Conseil d'association UE/Israël programmé pour mai 2009, expliquent des diplomates. Lors du dernier Conseil d'association en juin 2008, les Vingt-sept avaient déjà donné leur accord de principe en faveur d'un « statut avancé » pour Israël tout en liant ce développement des relations au respect des valeurs partagées et à la poursuite du processus de paix israélo-palestinien (EUROPE n°9685). Lundi, lors du Conseil « Relations extérieures », les ministres des Affaires étrangères ont confirmé cette position. « Ce rehaussement doit être fondé sur les valeurs partagées des deux parties, en particulier sur la démocratie et le respect des droits de l'Homme, de l'État de droit et des libertés fondamentales, la bonne gouvernance et le droit humanitaire international », lit-on dans des conclusions. L'approfondissement de la coopération avec Israël doit aussi être accompagné, en parallèle, d'un renforcement du dialogue de l'État hébreu avec les Palestiniens et les pays arabes pour faire avancer le processus de paix avec l'objectif d'aboutir à une solution fondée sur la coexistence pacifique de deux États, insistent les ministres. L'UE attend aussi de l'État d'Israël qu'il contribue au développement des relations économiques, financières et culturelles à l'échelle régionale, qu'il contribue à améliorer la vie quotidienne de la population palestinienne, qu'il facilite la mise en œuvre des accords d'association conclus par l'UE avec les autres pays de la région (notamment l'accord d'association intérimaire UE/OLP de 1997) et qu'il poursuive sa participation active au dialogue trilatéral engagé avec l'UE et l'Autorité palestinienne.
Lignes directrices pour le futur dialogue politique. Le futur nouvel instrument de coopération devrait comporter trois volets, expliquent des diplomates: une participation accrue d'Israël au marché intérieur, une association plus étroite du pays aux principaux domaines d'action et programmes communautaires et un volet politique renforcé. Alors que la Commission européenne travaille déjà depuis plusieurs mois sur les deux premiers volets, le Conseil a adopté, lundi, des « lignes directrices » qui devront guider les préparatifs sur le futur dialogue politique avec l'État hébreu. Les lignes directrices prévoient la possibilité d'organiser des sommets au niveau des chefs d'État et de gouvernement (lundi, le ministre tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwartzenberg, n'a pas exclu la tenue d'un tel sommet sous présidence tchèque en 2009) et de tenir trois réunions annuelles au niveau des ministres des Affaires étrangères: dans le cadre du Conseil d'association, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU et dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée (UpM). Des réunions ministérielles sectorielles (en format troïka) sont également prévues, sur une base ad hoc. Chaque Présidence tournante de l'UE pourra par ailleurs inviter un responsable de la diplomatie israélienne à une réunion des ambassadeurs de l'UE sur les questions de sécurité (COPS). En outre, des experts israéliens pourront être invités par la Présidence de l'UE, sur une base ad hoc, aux réunions de groupes de travail du Conseil traitant de questions telles que le processus de paix au Proche-Orient, les droits de l'Homme, la lutte contre le terrorisme, la répression du crime organisé, la PESD, la PESC, les objectifs du millénaire pour le développement et la limitation des armements. Les responsables chargés de la planification politique au ministère israélien des Affaires étrangères et au sein du secrétariat général du Conseil de l'UE se réuniront au moins une fois par an. Les lignes directrices approuvées par les 27 prévoient aussi la possibilité d'inviter Israël à participer aux missions civiles menées dans le domaine de la PESD, notamment en matière de renforcement des capacités, au cas par cas et lorsque l'intérêt commun s'y prêtera. L'UE invitera aussi Israël à s'aligner sur ses positions en matière de PESC et poursuivra ses efforts en vue d'une normalisation du statut de l'État hébreu au sein du système institutionnel des Nations unies. Le Conseil a exprimé l'espoir que tout cela contribuera à « renforcer l'implication de l'UE dans le soutien à la paix au Proche-Orient ».
Les réactions sont partagées. Alors que la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, a salué un « succès significatif qui ouvre une nouvelle page dans les relations avec l'UE », son homologue égyptien, Ahmed Aboul Gheit, s'est dit « stupéfait » de l'offre européenne « d'autant plus qu'Israël n'a fait preuve d'aucune ouverture dans le processus de paix, au contraire ». Le message que l'UE envoie ainsi aux Israéliens est « qu'ils disposent d'un chèque en blanc pour poursuivre leur politique négative aux conséquences catastrophiques sur le processus de paix », a dit le ministre égyptien. L'eurodéputée belge Véronique de Keyser (PSE) parle, elle aussi, d'un « chèque en blanc » et s'insurge contre ce qu'elle qualifie de « décision hâtive et (d') erreur politique de la Présidence française ». Mme de Keyser regrette aussi que le Parlement européen n'ait pas de droit de regard sur la « revalorisation politique » des relations avec Israël. (H.B.)