Quelles sont les perspectives d'un accord cette semaine sur le paquet Climat/Énergie, troisième volet du triptyque sur lequel le Conseil européen délibère ? La Présidence française y attribue autant d'importance qu'aux deux premiers volets (relance économique et Traité de Lisbonne ; voir cette rubrique d'hier et d'avant-hier), au point d'indiquer la possibilité de convoquer un Conseil européen supplémentaire le 30 décembre, si nécessaire. C'est vraisemblablement un moyen de pression diplomatique davantage qu'une conviction ; mais Nicolas Sarkozy n'hésiterait pas à le faire. Les négociations préparatoires ont sensiblement progressé ces derniers jours afin d'apaiser les craintes de deux groupes d'États membres hésitants: ceux d'Europe centrale et orientale qui dépendent largement du charbon pour leur approvisionnement énergétique, ou qui souffrent d'un isolement énergétique, conduits par la Pologne ; ceux qui craignent de devoir renoncer à une partie significative de leur activité industrielle, conduits par l'Italie.
M. Sarkozy a rencontré personnellement les dirigeants des pays de l'Est, et le président du Conseil Environnement, M. Borloo, a négocié avec la ministre italienne Mme Prestigiacomo. Le Parlement européen joue pleinement son rôle. Les objectifs fondamentaux du plan énergie/climat sont maintenus et l'Italie a réaffirmé son appui de principe à une politique européenne ambitieuse ; son objectif est d'éviter les délocalisations industrielles. Selon le président de la Commission européenne, les progrès ont été énormes même si des difficultés subsistent. Notre bulletin a fait le point avant-hier (N° 9799) de manière claire et exhaustive ; j'y renvoie les lecteurs, et j'ajoute quelques considérations générales.
Vers un nouveau modèle de croissance ? Le danger à éviter est que le plan de relance économique apparaisse comme partiellement contradictoire par rapport au défi climatique ; il faut prouver qu'ils sont au contraire complémentaires. Il faut bannir le double langage consistant à dénoncer une prétendue insuffisance scandaleuse du plan de relance, et à critiquer d'un air outré les lacunes des objectifs environnementaux lorsque le débat porte sur le projet climat/énergie. Le Parlement européen glisse parfois dans cette attitude démagogique, selon le point à l'ordre du jour, et certains organismes non gouvernementaux y plongent carrément, lorsqu'ils dénoncent en matière environnementale l'énormité du fossé entre les paroles de l'UE et ses actes et affirment que le Conseil européen qui vient de s'ouvrir représente la dernière chance pour l'Europe de sauver sa crédibilité face au monde. En fait, l'Europe est à l'avant-garde dans ces domaines et elle s'efforce d'obtenir que les États-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde et le Brésil partagent ses ambitions.
Une véritable révolution culturelle. Le Conseil européen et la Commission ne doivent pas participer à la surenchère de la démagogie galopante car ils partagent, chacun selon ses responsabilités et ses compétences, l'objectif de faire avancer parallèlement les deux volets: relance économique et protection environnementale. Des savants qualifiés et plusieurs études confirment que les deux objectifs, l'un et l'autre essentiels pour l'avenir de l'humanité et le sauvetage de la nature, peuvent devenir complémentaires et se soutenir réciproquement. L'avenir appartient à une activité industrielle soucieuse de l'environnement et visant à le protéger. L'Europe doit avoir l'ambition de prendre l'avant-garde de cette orientation, qui implique une véritable révolution culturelle à propos de la signification même de la croissance et de la manière de la calculer. Selon les méthodes actuelles, réduire la consommation d'énergie se traduit dans les statistiques en un recul de l'activité économique, tout comme l'élimination d'une maladie qui remplit les hôpitaux se traduit par une diminution de l'activité sanitaire, et la réduction des accidents automobiles par une baisse de l'activité des réparateurs.
Et il faudrait aussi oser aborder le problème démographique. Plusieurs études indiquent que la croissance exponentielle de l'humanité détruit progressivement les équilibres de la planète en réduisant sans cesse la place des animaux et du monde végétal. L'excès de l'activité humaine met en danger l'air et l'eau. Ces thèses sont peut-être excessives, mais il faudra avoir le courage de les prendre en considération. L'homme devrait-il renoncer à se considérer comme le roi de la nature, pour se voir plutôt comme un protagoniste parmi les autres ?
Ambitions confirmées. Ces considérations nous ont éloignés des objectifs du Conseil européen qui vient de s'ouvrir. Notre bulletin a fait état hier des derniers développements concernant les exigences de l'Irlande, la possibilité de retarder aussi bien l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne que le renouvellement de la Commission, ainsi que les développements du plan de relance économique. La Présidence française garde l'ambition d'aboutir à des accords sur les trois grands sujets en discussion. Bonne chance à l'Europe !
(F.R.)