Bruxelles, 10/11/2008 (Agence Europe) - Dans un entretien au journal Le Monde du 9 novembre, Pascal Lamy plaide pour une régulation « dure » de la finance internationale. Pour le directeur général de l'OMC, la bonne réponse à la crise mondiale, qui « trouve son origine dans la contraction excessive d'une sphère financière dont la dilatation avait été excessive » et va affecter les pays pauvres comme les pays développés et émergents, « dépendra de la qualité et de la coordination des politiques publiques mises en œuvre ». M. Lamy prône aussi une « régulation internationale » de la finance - qu'il estime être un des derniers « trous noirs » (avec les migrations) de la gouvernance mondiale - « avec règles contraignantes et un mécanisme de surveillance et de sanctions ». « Un bovin malade ou un briquet dangereux ne franchissent pas les frontières, un produit financier toxique le peut. Il y a donc une décision à prendre entre simple coopération ou coordination molle ou régulation dure et contraignante », estime le patron de l'OMC, déplorant l'absence d'engagement des États les uns vis-à-vis des autres « qui les conduisent à accepter des disciplines et donc une diminution des marges de manœuvre ». « Dans la finance, il n'y a que quelques morceaux de régulation internationale, mais pas de supranational, avec une autorité », observe M. Lamy, qui plaide donc pour que le contrôle vertueux appliqué aux échanges commerciaux sous l'arbitrage et le contrôle d'une organisation multilatérale soit imposé à la finance. « Franchir le pas est politiquement sensible aux États-Unis, mais aussi dans les pays émergents, qui sont encore moins accoutumés à partager leur souveraineté », reconnaît-il toutefois, déplorant que le débat entre les deux types d'instances possibles - le Fonds monétaire international (FMI) et les ministres des Finances d'une part, les banques centrales, les superviseurs et la Banque des règlements internationaux (BRI) de l'autre - dure depuis quinze ans. Enfin, estimant que le monde entre dans une récession « très sévère »,
M. Lamy défend le rôle « d'amortisseur des tensions » du commerce international. « Le commerce mondial est une police d'assurance (…). Garder des échanges ouverts sera fondamental pour sortir de la crise », conclut-il, rappelant l'impact catastrophique du repli protectionniste après le krach de 1929. (E.H.)