Bruxelles, 04/11/2008 (Agence Europe) - Il semble de plus en plus improbable que les négociations sur le nouvel accord de partenariat avec Moscou soient relancées, comme le souhaitent la Présidence française et une majorité des États membres, lors du sommet UE/Russie qui se tiendra le 14 novembre à Nice en présence du président russe Dmitri Medvedev. Plusieurs pays membres - Lituanie et Pologne en tête - semblent en effet déterminés à faire bloc au Conseil « Affaires générales/Relations extérieures » de lundi prochain (10 novembre) contre la poursuite des pourparlers, tout comme ils l'avaient déjà fait lors du dernier Conseil en octobre (EUROPE n° 9760). La question sera à l'ordre du jour du Coreper de jeudi 6 novembre.
Les présidents de Lituanie et de Pologne, Valdas Adamkus et Lech Kaczynski, ont publié, lundi 3 novembre, une déclaration conjointe dans laquelle ils réaffirment haut et fort que la Russie n'a pas respecté son engagement de se retirer de Géorgie aux positions d'avant l'éclatement du conflit et qu'il est donc « trop tôt » pour poursuivre les négociations sur le nouvel accord. Des diplomates lituaniens ont confirmé à EUROPE que la Lituanie ne veut pas poursuivre les négociations tant que la Russie n'aura pas retiré ses troupes aux positions qu'elle occupait avant le 7 août (début de la guerre en Géorgie). Vilnius se tient strictement aux conclusions du Conseil européen extraordinaire du 1er septembre, quand les 27 dirigeants européens ont décidé de reporter la prochaine séance de négociation tant que le retrait des troupes russes « sur leurs positions antérieures au 7 août » n'aura pas été réalisé. Entre-temps, la Russie a retiré ses soldats des zones de sécurité adjacentes à l'Ossétie du Sud et à l'Abkhazie mais elle maintient plusieurs milliers de soldats dans les deux régions qui se sont déclarées indépendantes (dans lesquelles elle était présente avant le 7 août seulement par un nombre réduit de soldats membres des forces de maintien de la paix de l'ONU). La présence militaire russe en Ossétie du Sud et en Abkhazie devra donc être réduite jusqu'au nombre de « peacekeepers » que Moscou avait dans les deux régions avant le 7 août, expliquent les diplomates lituaniens. « Si la Russie ne respecte pas son engagement de retrait, nous proposons d'attendre le Conseil européen de printemps (en mars 2009) pour revenir sur la question et réévaluer la situation », affirment les diplomates lituaniens. Ce nouveau report de quelques mois devrait être mis à profit pour faire une analyse en profondeur des relations UE/Russie et pour « réfléchir » à leur l'avenir, disent-ils. Du côté polonais, on explique que la déclaration du président n'engage pas formellement le gouvernement polonais même si, sur le fond, celui-ci partage dans une large mesure l'opinion exprimée par M. Kazcynski.
Le président d'Estonie, Toomas Hendrik Ilves, est également monté au créneau, lundi 3 novembre, en affirmant dans une interview au Spiegel-online (Allemagne) que l'UE va trop vite dans le rétablissement de relations normales avec Moscou. « Une partie de l'Union européenne voudrait le plus rapidement possible faire comme si rien ne s'était passé », déclare M. Ilves. Le président estonien critique aussi sévèrement le manque d'ambition de l'UE à l'égard de ses voisins à l'Est, notamment l'Ukraine, la Géorgie et la Moldavie. En refusant d'offrir à ces pays une véritable perspective d'adhésion, la suppression des visas et l'ouverture des marchés, l'UE se transforme en « complice » de la Russie dans sa politique visant à rétablir des « zones d'influence » en Europe, affirme M. Ilves. (H.B.)