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Bulletin Quotidien Europe N° 9775
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/euromed

Succès en demi-teinte pour la conférence ministérielle - Fin du processus de Barcelone au profit de l'Union pour la Méditerranée

Marseille, 04/11/2008 (Agence Europe) - La réunion des ministres des Affaires étrangères de l'espace EuroMed, à Marseille les 3 et 4 novembre, s'est achevée dans un climat de grande confusion. Entre les annonces empreintes de satisfaction sur « l'avancée historique » accomplie, comme l'ont fait savoir les co-présidents de la réunion, l'Égyptien Ahmed Aboul Gheit et son homologue français Bernard Kouchner - par ailleurs président en exercice de l'UE - et l'énoncé de tout ce qui reste à faire, il sera difficile de ne pas parler de demi-succès. Le ministre français a lui même reconnu, au cours de la conférence de presse finale, que le compromis laborieusement élaboré lundi soir au dîner, et qui aurait été un succès réel pour la réunion, a été défait mardi matin et, selon diverses sources concordantes, aussi bien arabes qu'européennes, il y a même eu la crainte d'un échec. M. Kouchner n'aurait pas lui-même « parié mardi matin » sur l'issue positive de la conférence. Clairement, les apparences sont sauves, mais l'essentiel est renvoyé pour examen soit entre les deux co-présidents soit au niveau des hauts fonctionnaires. Sauf deux points que l'on peut estimer importants, mais seulement pour l'Espagne et la Ligue arabe,

Ces deux points indiquent que la Ligue arabe sera partie prenante de toutes les réunions et à tous les niveaux (ministériel, ambassadeurs, experts). Israël avait freiné des quatre fers à ce sujet. Le groupe arabe, qui avait tenu une réunion de coordination lundi soir, avait opté pour une attitude ferme ne laissant pas de place au compromis. La Ligue a finalement obtenu gain de cause. Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue, se réjouit du résultat acquis et a indiqué à EUROPE que l'organisation elle-même et toutes ses organisations spécialisées (sectorielles) seront présentes car, nous a-t-il dit, « tous les projets EuroMed s'ajoutent et complètent ceux conçus » au plan arabe. Les deux processus « finiront par se joindre », escompte-t-il.

Le second acquis réel tient en une phrase: Barcelone sera le siège du secrétariat général de l'Union pour la Méditerranée (UpM) mais, pour la structuration de cet organisme conjoint, rien n'est décidé dans l'immédiat. Il faudra en rediscuter d'ici la fin de l'année sans doute. La veille, il avait été convenu que le secrétaire général serait originaire d'un pays de la rive sud, concession obtenue en contrepartie de la désignation de la capitale catalane au grand dam des Tunisiens avec lesquels « nous avons été brutaux », s'est pratiquement excusé Bernard Kouchner au cours de la conférence.

La réunion devait aussi permettre de désigner des secrétaires généraux adjoints. Israël, la Palestine, Malte et la Grèce étaient citées pour déléguer des personnalités pour ces fonctions. L'Italie a fini par convaincre qu'elle ne devait pas être délaissée. Ce sont cinq postes qui sont finalement ouverts et cela est consigné dans la déclaration finale alors que la Turquie a, rompant le consensus de la veille, réclamé une présence dans l'équipe dirigeante. La création d'un sixième poste n'est pas exclue. La réserve la plus sérieuse est venue d'Algérie qui a rappelé qu'au « sommet » de Paris, il avait été dit que la structure devait être technique et « légère ». La répartition telle qu'opérée lui accorde en fait, selon Alger, une dimension politique qui pourrait nuire à son efficacité. Cette réserve algérienne n'est pas consignée dans le texte final mais elle implique une formulation qui renvoie aux hauts fonctionnaires la décision, ultérieure et par « consensus ». Une procédure de « tournante » est recommandée, sur base d'un mandat de trois ans renouvelable une seule fois. La structure sera financée par les apports de chaque pays et sur le budget communautaire, mais le siège sera pris en charge par le pays hôte. Démarrage envisagé: mai 2009.

Sur la façon de travailler ensemble, « la gouvernance », le texte final indique qu'il a été décidé de
« poursuivre les consultations » et chacun soumettra ses idées et propositions ultérieurement.

Un point important mais interne à l'UE serait acquis: Bernard Kouchner a confirmé l'accord réalisé avec la République tchèque pour une présence coordonnée européenne dans les sessions du dialogue EuroMed. Des discussions sont en cours avec la Suède, a-t-il laissé entendre en affirmant que la procédure « n'est pas bizarre » et Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, nous a confirmé que le mandat de la co-présidence des deux côtés, arabe et européen, sera de deux ans. Le communiqué final n'en rappelle pas moins que, du côté européen, « la co-présidence doit être compatible avec la représentation extérieure de l'Union européenne, conformément aux dispositions du traité qui sont en vigueur ». On peut aussi comprendre de ce rappel institutionnel que la Commission européenne est à ce titre associée aux responsabilités du co-pilote européen.

Un des points qui a suscité le plus fort blocage est l'appréciation de la situation au Moyen-Orient. Le groupe arabe réclamait depuis le « sommet » de Paris la rectification - promise par M. Sarkozy, selon la Ligue arabe - de faire explicitement référence à « l'initiative de paix » arabe (en fait saoudienne). Cette initiative a certes l'avantage pour Israël de lui concéder une reconnaissance de fait de la part de ses voisins arabes, mais elle fait aussi référence à un droit au retour qui lui est inacceptable et pourrait aboutir à la mise en cause des colonies de peuplement. De ce point comme sur la participation de la Ligue au processus EuroMed, le groupe arabe avait fait un motif de rupture. Alors qu'ils soutiennent pour leur part l'initiative arabe, les Européens ont été soucieux de ne pas isoler Israël et n'ont concédé qu'une mention non engageante. Ils en soulignent seulement « l'importance » sans en faire un jalon du processus de paix, une démarche parmi d'autres en tout cas, parmi tous les « efforts visant à favoriser » des progrès sur la voie de la paix.

Le secrétaire général de la Ligue arabe se réjouit de cette formulation mais regrette au passage que
« la position collective européenne demeure faible » en comparaison, notamment, des positions individuelles de la plupart des États membres.

Enfin, à signaler la proposition de supprimer définitivement le label « processus de Barcelone ». Le dialogue EuroMed ne fera plus référence qu'à « l'Union pour la Méditerranée ». Les chefs d'État et de gouvernement seront « consultés » sur cette proposition comme sur la structuration du dialogue. Les deux co-présidents auront aussi à trancher sur la plupart des points en suspens et à organiser, chacun, la consultation de ses mandants. Bernard Kouchner a annoncé, triomphal, que les prochaines réunions ministérielles, à Nice le 5 novembre et une semaine plus tard de la session ministérielle sur l'emploi ne seront pas boycottées. « 41 pays s'y sont engagés », nombre difficile à préciser car le ministre a prouvé au cours de la conférence qu'il ne connaissait pas le compte exact des pays participants. (F.B.)

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