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Bulletin Quotidien Europe N° 9775
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'ajustement indispensable du modèle économique britannique explique la nouvelle orientation pro-européenne de Gordon Brown

Orientations annoncées. La transformation de la gestion de l'activité financière mondiale entraînera au Royaume-Uni une véritable révision, du moins partielle, du modèle économique national, surtout dans la capitale. Selon les experts, les « bonus » de la City de Londres, qui avaient été de 8,8 milliards de livres en 2006, se situeront cette année-ci autour de 3,6 milliards, et 62.000 emplois disparaîtront d'ici la fin de 2009, avec les répercussions imaginables sur les innombrables activités connexes. Les disciplines futures du monde de la finance impliquent de nouvelles orientations économiques et politiques, et c'est dans cette perspective que se situe l'attitude actuelle du gouvernement britannique à l'égard de la construction européenne (voir cette rubrique d'hier). Les insanités énoncées autrefois par certains magiciens de la finance ne sont plus de mise. Le Premier ministre Gordon Brown semble agir dans le sens d'un meilleur équilibre de l'activité économique dans son pays. La production de biens (agricoles y compris) doit reprendre le rôle qui lui revient.

Ce ne sont pas des suppositions mais des intentions déjà exprimées. Le ministre des activités productives, Peter Mandelson, a (selon les indiscrétions publiées par le Sunday Telegraph) indiqué dans un mémorandum à ses collaborateurs que la contribution du secteur financier au produit national du R.-U. ne sera plus celle de la décennie passée ; l'orientation fondamentale du pays devra être révisée en faveur de l'industrie manufacturière, laquelle était en déclin depuis une vingtaine d'années. Son pays s'alignerait ainsi sur l'orientation qui avait été retenue par les institutions communautaires après les débats passionnants et instructifs des années 2002 et 2003. La Commission européenne, présidée à l'époque par Romano Prodi, avait affirmé dans une communication que la production de biens matériels représentait « la source de la prospérité européenne », en rejetant « l'idée répandue mais erronée selon laquelle l'industrie manufacturière n'aurait pas un rôle clé dans une économie de la connaissance » ; au contraire, c'est l'industrie qui applique les innovations technologiques en créant la valeur économique et les emplois.

L'évolution de M. Mandelson. Le mémorandum Mandelson confirme une fois de plus que le « passage par Bruxelles » laisse dans la plupart des cas des traces bénéfiques. Peter Mandelson était, il y a quelques semaines à peine, commissaire européen au Commerce ; le contact permanent avec les autres commissaires et avec des États membres ayant des idées et des intérêts différents selon les cas, l'a sans doute aidé à équilibrer sa conception des problèmes économiques et à mieux comprendre la notion européenne de l'intérêt commun. Les péripéties des relations commerciales avec la Chine ont vraisemblablement contribué à élargir sa compréhension de la réalité: l'expansion des échanges commerciaux et des transactions financières n'est pas le seul critère à prendre en considération, d'autres facteurs et d'autres valeurs sont tout autant essentiels.

Un premier pas. Il est toutefois évident que le rééquilibrage du modèle économique britannique et de son rôle dans l'UE ne s'improvise pas ; le chemin est long. L'étroite participation britannique à la définition de la stratégie de l'UE face à la crise financière a été un premier pas. Gordon Brown a été l'un des protagonistes les plus actifs et efficaces des réunions convoquées par Nicolas Sarkozy, auxquelles il a été invité avec les chefs de gouvernement des pays de la zone euro et avec M. Juncker et M. Trichet, présidents des organismes responsables de cette zone. L'aspiration du Royaume-Uni n'est sans doute pas d'être l'invité d'un jour, mais de faire partie des organes qui déterminent la politique de l'euro. Le comportement de Gordon Brown lorsqu'il était ministre des Finances était éloquent: être simplement informé a posteriori des conclusions de l'Eurogroupe et des délibérations de la BCE l'énervait visiblement, la procédure d'information au sein du Conseil Écofin ne pouvait pas le satisfaire ; en pratique, il ne participait pas vraiment aux travaux de ce Conseil. Le pas à faire pour dépasser cette situation est évident: entrer dans la zone euro. Mais ce n'est pas une décision facile, elle se situe dans le cadre d'ensemble de la pleine participation britannique aux ambitions et aux réalisations communautaires, ce qui présuppose des évolutions concernant notamment la zone Schengen, la Charte des droits fondamentaux, la révision des règles relatives au financement des dépenses communautaires. Nous n'en sommes pas encore là.

L'opinion publique devrait évoluer. Le rapprochement du Royaume-Uni et de l'Europe est encore fragile. Il dépendra de l'évolution de l'opinion publique et des partis politiques ; la tendance des chefs n'est pas suffisante. Cette rubrique reviendra demain sur les conditions et les obstacles.

(F.R.)

 

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