Marseille, 16/10/2008 (Agence Europe) - A l'occasion de la 7ème table ronde européenne sur la pauvreté et l'exclusion sociale qui s'est tenue à Marseille les 15 et 16 octobre, les participants sont revenus à plusieurs reprises sur le thème de l'inclusion active, concept central d'une communication de la Commission européenne du 3 octobre dernier (EUROPE n° 9756).
Ce concept repose sur trois piliers, ont martelé les participants tout au long des deux jours: un système de revenu minimum, l'importance de l'«inclusivité» des marchés du travail et l'existence de services sociaux de qualité, en nombre suffisant et peu onéreux. «La Commission nous présente cette communication comme la panacée, a protesté Henri Lourdelle, de la Confédération européenne des syndicats, mais c'est loin d'être le cas! Elle ne fait que ressortir des éléments qui figuraient dans deux recommandations de 1992». Il a dénoncé notamment le manque d'engagements concrets. Avant d'appuyer sur l'importance des périodes de transition entre deux emplois, qu'il a assimilées à des phases de «reconstruction». Il a par ailleurs réclamé «une garantie juridique spécifique» des services sociaux. Enfin, il a souligné la nécessité de mobiliser des «moyens ambitieux» pour la mise en œuvre de l'inclusion active. Il a appelé les ministres européens chargé de la pauvreté, qui se sont réunis en marge de la table ronde, à ne pas se limiter aux déclarations d'intention. «Quel gouvernement pourra encore oser dire, demain, que pour le social, les caisses sont vides, et que pour la finance, on peut lever des milliards d'euros?», a-t-il demandé. Avant de conclure son intervention: «C'est en fonction des moyens que l'on met sur la table que l'on mesure l'importance d'une politique ».
En guise de réponse, le directeur de la DG l'Emploi, Affaires sociales et Égalité des chances, Jérôme Vignon, a estimé que la communication du 3 octobre venait renforcer et compléter les deux recommandations de 1992. «Ce travail n'a pas pris une ride mais n'a pas été appliqué dans tous les pays», a-t-il jugé. Il a estimé que la Commission européenne devait faire à la fois preuve d'«ambition» et de «modestie». «Notre institution, en tant qu'ayant le droit d'initiative, doit jouer tout son rôle, mais nous ne pouvons pas nous avancer sur des terrains qui seraient trop peu consensuels. Si c'était le cas, elle prendrait le risque de décevoir et de manquer des occasions de faire avancer des sujets.» «C'est au Comité de l'emploi et au Comité de protection sociale de jouer ce rôle», a-t-il dit. «Si le Comité de protection sociale ne porte pas ce sujet, c'est le marché intérieur qui produira ses propres normes par la force des choses», a-t-il averti.
La présidente du Comité de protection sociale, Elise Willame, a jugé, en marge de la conférence, qu'il était nécessaire de mettre en place «au moins trois indicateurs par pilier». De nouveaux indicateurs chiffrés qui permettraient d'évaluer, par exemple, la progression de la pauvreté en Europe. Elle a également reconnu l'urgence de la mise en place de ces outils. Par ailleurs, elle a dit que la communication de la Commission européenne était «un signe moins fort» que les recommandations de 1992, qui avaient, à l'époque, été émises par les États. Cependant, elle a estimé que le consensus entre les États membres sur les questions de pauvreté était plus important aujourd'hui qu'il y a seize ans.
Clôturant la table ronde, le commissaire européen chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Egalité des chances, Vladimir Spidla, s'est déclaré «optimiste» dans le domaine de la lutte contre la pauvreté. Justifiant cet état d'esprit, il a évoqué trois raisons: la première réunion des ministres européens chargés de la pauvreté, l'adoption par la Commission européenne de son agenda social au mois de juillet, et l'adoption de stratégies nationales dans tous les États membres de l'Union. «Nous parviendrons à réduire la pauvreté si nous partageons tous les mêmes objectifs», a-t-il conclu. (L.B.S.)