Bruxelles, 22/05/2008 (Agence Europe) - La Commission européenne est bien décidée à appliquer la « tolérance zéro » dans le respect des mesures de sauvegarde du thon rouge. Elle menace de fermer prochainement la pêche de cette espèce menacée, car les quotas attribués risquent d'être rapidement atteints.
Alors que la campagne 2008 de pêche de ce poisson bat son plein dans les eaux de la Méditerranée, la Commission a écrit le 19 mai aux sept États membres concernés par cette activité très lucrative (France, Italie, Espagne, Grèce, Malte, Chypre et Portugal) pour leur demander de faire le nécessaire pour éviter la surpêche. Les services de Joe Borg, le commissaire européen à la Pêche, exhortent ces pays à remédier aux défaillances constatées en matière de contrôle et de surveillance de cette pêche. Et aussi de prendre toutes les précautions pour éviter les dérives de l'an passé: le dépassement des quotas. Les pays ont 15 jours pour expliquer les mesures prises pour éviter la surpêche. Si les mesures présentées ne sont pas jugées convaincantes, alors la Commission ordonnera aux autorités nationales de fermer la pêche au thon rouge lorsqu'elle aura considéré que les quotas ont été consommés. S'ils n'obtempèrent pas, la Commission utilisera alors son pouvoir de fermer la pêche.
En 2007, la Commission avait fermé la pêche, mais trop tard (en septembre) et sans pouvoir distinguer les navires. En 2008, elle a le pouvoir de demander aux États membres de surveiller en priorité l'évolution des prises de la pêche industrielle (les thoniers senneurs de plus de 24 mètres). Avant le 30 juin, date de la fin de la campagne pour ces flottes en Méditerranée, les pays devront justifier que les possibilités de pêche ne sont pas épuisées. Dans le cas contraire, l'État membre devra interdire à ces navires de capturer le thon rouge.
Entre 10 et 12 euros le kilo
Depuis deux ans, la Commission tente de convaincre les États membres de réduire le volume des navires et des captures de thon rouge. « Les armateurs pourraient gagner plus, tout en pêchant beaucoup moins », note une source. En 2007, le prix moyen du thon rouge était d'environ 3,5 euros le kilo. Actuellement, il se situe entre 10 et 12 euros le kilo.
92% du quota européen (16 779 tonnes en 2007) est réparti entre France, Espagne et Italie. La flotte de pêche française est la plus industrielle, avec 36 senneurs. L'Italie a une flotte mixte, avec beaucoup de senneurs aussi (67, mais plus petits que ceux de la France) et l'Espagne n'a que 6 senneurs, mais elle a une grande capacité de pêche artisanale.
La Commission admet qu'il est difficile de prôner la sévérité à l'égard des flottes de l'UE, alors que d'autres parties contractantes de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l`Atlantique (CICTA), comme la Libye, la Turquie et la Croatie, ont des capacités de pêche en forte hausse et ne déclarent officiellement que 50% de ce qu'elles pêchent. La Commission dispose de moyens de pression:
- grâce aux dispositions de la CICTA, le pays importateur (comme le Japon) doit contrôler la marchandise (avec un système sanctions contre les pays) ; - si l'UE venait à fermer sa pêche pour protéger le stock, elle pourrait bloquer (transbordements, débarquements et mise en cages d'élevage) des produits et poissons des autres parties contractantes de la CICTA.
Dans un communiqué publié jeudi 22 mai, le WWF estime que 10 000 thons rouges sont capturés chaque jour en Méditerranée par les flottes de pêche. Cette ONG demande donc de fermer la pêche maintenant. Selon ses propres estimations, plus de 27 000 tonnes de thon rouge ont été prises depuis le début de la campagne, soit pratiquement déjà la limite de 29 500 tonnes accordée à tous les membres de la CICTA. Selon le WWF, les pêcheurs risquent de capturer trois fois plus que le niveau conseillé par les scientifiques. « La surexploitation du thon rouge est intenable et injustifiable », a dit Aaron Mc Loughlin, du WWF. (L.C.)