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Bulletin Quotidien Europe N° 9666
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Amérique latine: pour la priorité aux objectifs réalistes sur la rhétorique

Si je peux me permettre un conseil aux lecteurs intéressés par les relations entre l'UE et l'Amérique latine, je leur dirais: ne lisez pas les cinquante pages des conclusions du Sommet de Lima avec l'Agenda annexé, lisez plutôt les analyses et les comptes-rendus de Mathieu Bion (plusieurs bulletins de la semaine dernière et du début de cette semaine), et la synthèse d'Emmanuel Hagry sur l'état des nombreuses négociations commerciales en cours (bulletin n° 9663). La «Déclaration de Lima» est un manifeste prolixe sur les évolutions mondiales et sur les ambitions pour l'avenir: lutte contre la pauvreté, les inégalités et l'exclusion sociale ; politiques de l'énergie et actions contre les changements climatiques ; développement durable ; préoccupations face à la hausse des prix alimentaires ; et ainsi de suite. Un catalogue de bonnes intentions et d'affirmations de principe, qui évite soigneusement les problèmes de fond et ignore les conflits parfois très sérieux qui entravent les progrès des relations entre ce continent et l'Europe. La Déclaration et l'Agenda de Lima seront reproduits dans notre série EUROPE/Documents, pour les archives ; c'est leur place.

Ce qui est réaliste et ce qui ne l'est pas. Parlons donc de la réalité, qui est en même temps encourageante et préoccupante. Encourageante en raison des potentialités illimitées de ce continent et de la vitalité de ses populations. Le Brésil est devenu une grande puissance mondiale ; l'Argentine pourrait suivre un chemin analogue ; les relations UE/ Mexique recevront prochainement un nouveau coup de fouet ; d'autres pays se réveillent. Préoccupante, car la gravité de certains conflits entrave le fonctionnement de groupements régionaux qui n'existent que sur le papier et rend impossible la conclusion des accords multilatéraux qui avaient été envisagés. Ce qui marche, ce sont les accords avec des pays individuels (Chili, Mexique) ou avec des groupements de pays de dimensions modestes (Caricom). Avec la Communauté andine, on est bien obligé de s'orienter vers des accords pays par pays, tellement les divergences entre Bolivie, Colombie, Equateur et Pérou sont vives et les conflits aigus, aussi bien politiques et militaires que territoriaux.

L'accord le plus important, celui avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay et bientôt Venezuela) subsiste en tant qu'objectif mais sa conclusion sous la forme prévue est illusoire. La «déclaration commune» approuvée à l'issue de la rencontre du 17 mai entre les deux parties est d'un vide total. Elle réaffirme les principes et les objectifs du Traité de Madrid de 1995 en direction d'une coopération politique, économique et commerciale, en exprimant l'intention d'élargir cette coopération aux domaines des infrastructures, des sources d'énergie renouvelables et de la science/technologie. Pour l'aspect commercial, la déclaration se limite à souhaiter une conclusion positive et équilibrée du Doha round ; l'idée de créer une zone de libre-échange n'est même plus évoquée, ce qui est un signe de sagesse, et la conclusion est modeste: les deux parties soulignent l'importance d'un accord UE/Mercosur ambitieux et équilibré et confirment leur engagement à conclure les négociations «aussi rapidement que les conditions le permettent»

Saisir les opportunités. Qu'est-ce qui rend velléitaires les ambitions des accords entre l'UE et les groupements de pays latino-américains tels qu'ils avaient été envisagés ? De tels accords ne sont possibles que si ces groupements fonctionnent, sont stables et disposent de règles et institutions communes. C'est la même constatation que cette rubrique répète depuis des années à propos de la mythique zone de libre-échange euro-méditerranéenne, qui ne peut pas exister aussi longtemps que les pays de l'autre rive ne l'auront pas réalisée entre eux. Un accord UE/Mercosur est possible avec des ambitions modérées, en tant que cadre pour quelques actions communes, mais il est irréaliste de s'imaginer que le Mercosur devienne une sorte d'Union européenne et que le Brésil confie à une institution commune (présidée à tour de rôle par les cinq Etats membres) la responsabilité de négocier avec l'UE le libre-échange, la coopération énergétique, les problèmes des biocarburants ou de l'Amazonie, et ainsi de suite. Des pays comme le Brésil et l'Argentine cherchent leur voie et discutent de leurs problèmes avec l'UE sur le plan bilatéral ; les institutions du Mercosur n'ont aucun rôle, les pays moins importants en sont conscients et ne font pas confiance à de telles institutions pour la défense de leurs intérêts spécifiques. Quant à la Communauté andine, la situation est connue, inutile d'insister.

Les institutions européennes, avec la Commission et le Parlement européen en tête, doivent abandonner les anciens schémas et la rhétorique, tenir compte des réalités et des résultats positifs des accords avec le Mexique et le Chili, être conscients que les problèmes euro-brésiliens doivent être négociés sur le plan bilatéral. Les possibilités sont très larges si on les saisit correctement. Rendez-vous demain pour quelques considérations supplémentaires dans cette direction. (F.R.)

 

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