Bruxelles, 11/03/2008 (Agence Europe) - Le président de la République d'Estonie, Toomas Hendrik Ilves, a présenté à ses anciens collègues du Parlement européen (dont il a été membre entre 2004 et octobre 2006 au sein du PSE) sa vision du futur de l'Europe. Se projetant dix ans en avant, un horizon où son pays assumera la Présidence de l'UE, M. Ilves a insisté sur les grands défis qu'il faut se préparer à affronter dès aujourd'hui. L'énergie, l'environnement, la compétitivité, l'élargissement, la politique étrangère commune, les migrations, sont des questions stratégiques qui requièrent du courage et des actions audacieuses, au-delà des simples échéances électorales, a-t-il plaidé.
Les solutions à ces questions ne peuvent être que mondiales, mais face au défi de la compétitivité, il nous faut agir maintenant pour ne pas perdre notre relative prospérité. C'est le marché intérieur qui permet aux nations européennes d'être compétitives sur la scène internationale et « l'ouverture aux pressions concurrentielles au sein de l'Europe a été le moteur de notre compétitivité à l'échelle mondiale », a-t-il souligné, en regrettant que « le mode de pensée actuel de l'UE n'inspire pas l'optimisme » sur deux points: la réalisation peu glorieuse de l'Agenda de Lisbonne et le protectionnisme de plus en plus répandu vis-à-vis du reste du monde, mais aussi au sein de l'UE. Au plan énergétique notamment, l'enjeu est aussi bien externe qu'interne. Une politique énergétique commune avec un commissaire à l'énergie qui dispose d'un pouvoir de négociation similaire à celui d'un commissaire au commerce est une nécessité, selon lui. « Mais pour développer une politique commune de l'énergie comme notre régime commercial commun, nous avons aussi besoin de la libéralisation du marché intérieur, condition sine qua non pour la politique extérieure ». La politique européenne de voisinage est un autre exemple où l'Europe boxe dans une catégorie bien inférieure à son poids et qui renvoie à la taille future de l'UE. Si nous serons probablement plus nombreux en 2018 qu'aujourd'hui, « il y a à l'est et au sud des pays qui ne seront jamais membres de l'UE », juge-t-il.
Mais notre modèle n'est pas le seul. Avec nos banques de développement, nous soutenons des pays du Sud qui ont parfois des politiques commerciales antagonistes à celle de l'UE. « Quel intérêt ont les prêts de la Banque mondiale avec leurs conditions anti-corruption pour des pays en développement lorsque des Fonds souverains proposent de meilleurs accords sans restrictions ? », s'est-il aussi interrogé. « Nous nous sommes trompés en pensant que nous vivions dans un monde sans idéologie » et « l'apparition d'un capitalisme autoritaire comme alternative aux économies de marché démocratiques est probablement la dernière bataille idéologique, intellectuelle et morale à laquelle nous faisons face », estime-t-il encore, avant d'exhorter à « repenser nos politiques ». Il nous faut « plus de courage, de vision et une compréhension d'où nous et le monde serons dans 20 ou 25 ans ».
Pour être fort dans le monde, il faut d'abord l'être chez soi et avoir le soutien des citoyens. Ces derniers doivent mieux se connaître les uns les autres, ce qui implique plus d'échanges, une meilleure connaissance des langues respectives (il souhaite que chaque étudiant connaisse au moins une langue d'un autre Etat membre de l'UE, en dehors de l'anglais) et de penser en termes de régions. L'histoire est au cœur de ce défi, car pour parvenir à « une Europe des citoyens européens », il importe de « savoir qui nous sommes, d'où nous venons et comment nous sommes arrivés là ». Tout à la fois héritiers des réformes sociales de Bismarck et du régime de Salazar, de la première démocratie constitutionnelle du monde, ainsi que des répressions des services de sécurité intérieur, nous devons apprendre à connaître le passé des uns et des autres pour construire un avenir commun. L'Europe est loin d'être construite: « Que la force ne nous manque pas ! », a-t-il conclu. (A.B.)