Strasbourg, 16/01/2008 (Agence Europe) - Alors que Pervez Musharraf se présentera devant la commission des Affaires étrangères du Parlement lundi prochain, les députés européens ont pu débattre de la situation du pays après la mort, le 27 décembre, de Benazir Bhutto. Critiques envers le régime de M. Musharraf, ils ont demandé au président pakistanais de faire toute la lumière sur l'assassinat de l'ancienne Premier ministre et principale opposante. A l'approche des élections législatives (initialement prévues le 8 janvier, elles ont été repoussées au 18 février), les parlementaires ont appelé à un processus démocratique transparent et légitime.
Cet assassinat a « fait empirer une situation complexe », a reconnu Janez Lenarèiè, secrétaire d'Etat slovène aux Affaires européennes, mais le Pakistan doit désormais « organiser des élections libres et justes » et tout mettre en œuvre pour garantir des conditions de sécurité adéquates. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE débattront de la situation au Pakistan lors du prochain Conseil Affaires générales/Relations extérieures.
Symbole d'un Pakistan moderne et modéré, Mme Bhutto a eu le courage de défier l'extrémisme islamiste, ce dont elle a payé de sa vie. S'il y a une leçon à tirer de sa mort, c'est que le Pakistan a besoin d'une démocratie qui fonctionne, avec un Etat de droit et une société civile forts, a constaté Benita Ferrero-Waldner, commissaire aux Relations extérieures, appelant à la libération des personnes arrêtées pendant et après la période d'état d'urgence et au rétablissement de la liberté de la presse. Encore inquiète des conditions de sécurité, Mme Ferrero-Waldner a reconnu que la mission d'observation des élections, qui est sur place, sera peut être amenée à formuler des critiques sur les préparatifs et le déroulement du scrutin. Réélu le 6 octobre 2007 pour un nouveau mandat de président, M. Musharraf a depuis renoncé à ses fonctions de chef des armées et de général. Il doit maintenant « prouver à son pays et au monde » qu'il s'engage en faveur de la démocratie, a-t-elle insisté.
Depuis la résolution du PE en décembre, la situation s'est dégradée, a souligné pour le PPE-DE, l'Espagnol José Ignacio Salafranca, qui s'inquiète des conditions dans lesquelles auront lieu les élections. Comme lui et de nombreux autres de leurs collègues, Annemie Neyts-Uyttebroeck (ALDE, belge) estime qu'il faut « une enquête impartiale » pour tirer au clair l'assassinat de Mme Bhutto. Les interdictions contre certains médias doivent être levées et la liberté de la presse garantie, a déclaré, au nom du PSE, le travailliste britannique Robert Evans. « La liberté de la presse est vitale », a convenu sa compatriote des Verts-ALE, Jean Lambert, qui souhaite que les Etats membres s'abstiennent aussi de procéder à des extraditions vers le Pakistan. Pour Véronique de Keyser (PSE, belge), les conditions de cette mission d'observation sont particulières et ne permettent pas d'avoir une appréciation circonstanciée du déroulement des élections. Aussi, la mission ne devrait pas émettre de jugement à l'issue du scrutin. (A.B.)