Bruxelles, 16/01/2008 (Agence Europe) - La situation au Kenya continue d'inquiéter le Parlement européen, même si l'élection le 15 janvier au parlement kenyan d'un membre de l'opposition en tant que « speaker » semble être un signe encourageant, notamment pour la Présidence slovène. En son nom, Janez Lenarcic (secrétaire d'Etat aux Affaires européennes) a plaidé pour un compromis politique débouchant sur une solution à long terme. En répondant aux questions des parlementaires, notamment du Danois Anders Wijkman (ALDE), M. Lenarcic a assuré que, même si pour l'instant la solution de la médiation africaine semble avoir la préférence sur le terrain, l'Union est prête à une œuvre de médiation si cela est souhaité par les parties.
Ceci a été confirmé par le commissaire Louis Michel, qui s'est longuement entretenu sur cette question avec le Sud-Africain Desmond Tutu (prix Nobel de la paix en 1984) au début de la crise et ensuite avec Kofi Annan (ancien secrétaire général des Nations unies). M. Michel a également indiqué n'avoir eu « aucune peine » pour obtenir un contact direct avec le leader de l'opposition, Raila Odinga, alors que ceci n'est pas le cas en ce qui concerne Mwai Kibaki, le président du Kenya. « C'est totalement surprenant », constate-t-il, puisque autrefois ces contacts ne posaient aucun problème. M. Michel a rendu hommage au travail de la mission d'observation du Parlement conduite par le libéral allemand Alexander Graf Lambsdorff: même les plus sceptiques ont dû se rallier à ses conclusions. Il est impératif de trouver une solution politique à la situation au Kenya: dans le cas contraire, pour M. Michel, « la seule option serait de revoir les relations avec le Kenya… qui étaient pourtant excellentes ». Selon le commissaire, « un partage du pouvoir, éventuellement de façon intérimaire » semble inévitable dans l'immédiat, mais il faudra surtout résoudre les problèmes de fond d'un pays qui semblait se situer « dans la bonne moyenne » des pays africains.
M. Lambsdorff, chef de la mission d'observation au Kenya, a d'abord rendu hommage à ses 150 observateurs, dont une partie est déjà au Pakistan ou est en train de s'y rendre (mais aussi aux observateurs du Commonwealth et des Etats-Unis). « J'avais un devoir de neutralité », a souligné le libéral allemand, en rappelant ne jamais avoir affirmé la victoire de l'une ou de l'autre partie. Il a expliqué qu'il était difficile de constater avec certitude qui avait gagné.
Plusieurs parlementaires ont estimé que l'aide budgétaire devrait être suspendue, notamment la travailliste britannique Glenys Kinnock, qui pense qu'on pourrait la remplacer par une aide à des projets spécifiques, en insistant sur la conditionnalité de l'aide. Affirmer que l'aide budgétaire est accordée sans conditions et sans contrôle est « évidemment faux », s'est insurgé Louis Michel. Avant de la suspendre brutalement pour la remplacer par une aide à des projets, il faudrait d'abord vérifier si ceci est faisable dans des délais permettant aux populations de ne pas souffrir encore davantage. « Je ne suis évidemment pas d'accord pour suspendre purement et simplement l'aide budgétaire », a conclu le commissaire, en précisant (en réponse notamment au Néerlandais Jan Mulder du groupe des libéraux): « ma vie serait beaucoup plus confortable si je dépendais directement du Parlement pour le contrôle de ce budget », donc si le Fonds européen de développement (FED) était budgétisé. L'Allemande Gabriele Zimmer (GUE/NGL) estime, comme M. Michel, qu'une suspension de l'aide budgétaire alimenterait les craintes des populations. M. Michel a en outre défendu le paiement de 40,6 millions d'euros au Kenya (deuxième tranche du programme de soutien contre la pauvreté), le 28 décembre dernier, après avoir eu l'avis positif du Fonds monétaire international (FMI) après les élections, mais juste avant la constatation d'irrégularités dans les élections et le désordre qui a suivi. Il était, à ce moment, techniquement trop tard pour empêcher ce paiement, critiqué par certains parlementaires. Quant à l'opportunité de tenir de nouvelles élections, ce qu'a demandé notamment Marie-Hélène Aubert (Verts/ALE, française), le commissaire estime que ce serait une bonne chose si les parties arrivent à un accord entre elles: dans le cas contraire, cela pourrait amplifier les difficultés déjà existantes, a conclu M. Michel. Une résolution sera soumise au vote du PE ce jeudi (L.G.)