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Bulletin Quotidien Europe N° 9581
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La réforme des marchés financiers progresse entre divergences et obstacles

Ne pas dramatiser les réunions à Quatre. Dans le cadre des efforts en cours pour réviser le fonctionnement des marchés financiers, l'aspect qui a fait le plus de bruit a été l'annonce de la double réunion entre les quatre Etats membres les plus peuplés de l'Union: ce jeudi à Paris au niveau des ministres des Finances et le 29 janvier à Londres au niveau des Premiers ministres (mais pour la France ce sera, comment en douter, le président de la République). Cette initiative d'origine britannique a suscité des réactions compréhensibles de la part de ceux qui n'ont pas été invités et dénoncent sa nature intergouvernementale, alors que les sujets à discuter sont désormais définitivement européens, c'est-à-dire communs. Comme d'habitude, Guy Verhofstadt a été le plus clair et le plus explicite à ce sujet (voir notre bulletin d'avant-hier, N° 9579).

Je crois que l'initiative de Gordon Brown se situe tout simplement dans le cadre de ses efforts pour remédier dans la mesure du possible à la non participation de son pays à la zone euro, ce qui exclut le Royaume-Uni des enceintes où les questions monétaires et économiques sont discutées et décidées, comme le Groupe de l'euro et la Banque centrale européenne. Les rencontres à quatre ne changeront rien à cette réalité. Elles avaient d'ailleurs commencé à trois, sans l'Italie. En octobre dernier, Mme Merkel, M. Sarkozy et M. Brown avaient adressé à leurs collègues une déclaration conjointe par laquelle ils demandaient que le Conseil Ecofin établisse un rapport sur la transparence et la gestion des marchés financiers à l'intention du Sommet de printemps (voir notre bulletin n° 9528). La presse italienne avait dramatisé l'absence de Rome (Italie exclue, un nouvel échec, etc.), d'autant plus que Romano Prodi était tombé des nues en avouant qu'il ignorait tout de cette initiative. L'Italie avait été ensuite repêchée, l'explication étant qu'il s'agissait du quatrième pays européen membre du G7. Il ne faudrait pas donner à ce petit jeu de susceptibilités nationales davantage d'importance qu'il n'en mérite. Les analyses et les compromis qui comptent continueront à être élaborés dans le cadre des institutions de l'euro et du Conseil Economie/Finances (dont bien entendu les Britanniques font partie). D'ailleurs, ni M. Trichet ni M. Juncker n'ont réagi à l'initiative de Londres: ils connaissent leurs responsabilités et leurs compétences, et la manière de les exercer.

Le débat est européen. La déclaration conjointe Merkel/Sarkozy/Brown d'octobre dernier était un mélange de banalités (appel à une plus grande transparence des marchés financiers et une meilleure gestion des risques, affirmation que l'UE devrait jouer un rôle important pour développer une réponse globale aux turbulences) et d'évidences (exigence de transparence et de supervision prudentielle des risques), avec quelques concessions aux positions britanniques et en partie allemandes: la responsabilité première pour la gestion des risques est et doit rester du ressort des institutions financières et des investisseurs, à l'intérieur de cadres de régulation nationaux. Or, sur ce dernier point, l'Italie n'est pas du tout d'accord: le plan Padoa-Schioppa présenté le 4 décembre dernier au Conseil Ecofin estime nécessaire un système européen de contrôles sur les marchés, avec une autorité unique de surveillance bancaire à la place des autorités nationales actuelles ; plusieurs ministres s'étaient dits d'accord (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9567). C'est un débat toujours ouvert.

Concrètement, l'UE va poursuivre ses réflexions et définir ses positions dans les enceintes normales, chacune selon ses compétences: Conseil Ecofin, Groupe de l'euro, Banque centrale européenne, organes techniques créés dans ce cadre. Une «feuille de route» pour les travaux à venir a d'ailleurs été définie. Sur quelques aspects essentiels, les orientations des Etats membres ne sont pas uniformes. J'ai cité la surveillance européenne des marchés ; le Conseil Ecofin reviendra à la fin février sur le plan Padoa-Schioppa, dans la perspective du Sommet de printemps. Les divergences sont nombreuses aussi à propos des mesures prudentielles ou restrictives à introduire à l'égard des Fonds souverains de certains pays tiers, vaste sujet extrêmement délicat, car il implique les relations avec des grands pays tiers, l'autonomie de secteurs entiers de l'activité économique européenne, et aussi la sécurité et la défense. La situation s'est encore compliquée depuis que des banques occidentales recherchent elles-mêmes les financements de ces Fonds.

Par ailleurs, la tendance politique à renforcer les pouvoirs de l'Eurogroupe et les domaines de sa compétence s'affirme de plus en plus, ce qui n'est pas de nature à plaire aux autorités britanniques. Mais cet aspect doit attendre le nouveau Traité. Pour le moment, l'essentiel est la réforme des marchés financiers, qui doit corriger les dérives qui sont à l'origine du ralentissement actuel de la croissance.

(F.R.)

 

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