Bruxelles, 15/01/2008 (Agence Europe) - C'est un message de paix et un appel au dialogue entre les hommes qu'a adressé le Grand Mufti de Syrie, Ahmad Bader Hassoun, aux Européens, lors d'une séance solennelle du Parlement européen à Strasbourg, mardi 15 janvier. Une venue qui s'inscrivait dans le programme de visites de personnalités organisé par le PE dans le cadre de l'année européenne 2008 du dialogue interculturel.
Rejetant l'idée d'un choc des civilisations, « car il n'existe qu'une civilisation unique, qui est humaine », le Grand Mufti a précisé que la culture se décline néanmoins sous plusieurs formes, pouvant créer l'incompréhension entre les hommes qui n'en perçoivent qu'une facette. Cette incompréhension pourrait être surmontée si l'homme considère l'autre comme son frère, membre d'une même et grande famille, a-t-il jugé. Il a demandé à chacun, quelle que soit sa confession religieuse, de tendre la main à son voisin et d'accepter son point de vue sans imposer le sien, rappelant que la religion, qu'il s'agisse du christianisme, du judaïsme ou de l'islam, a donné à la culture ses valeurs morales, en plaçant l'Etre unique, la sainteté et la dignité humaine au centre de tout. Il ne peut y avoir de conflit religieux et si conflit il y a, c'est le fait de « l'ignorance, du terrorisme et de l'arriération », a-t-il martelé, en rejetant l'idée d'une guerre sainte, car « les guerres ne sont jamais saintes, c'est la paix qui est sainte ». Pour le Dr. Hassoun, il faut enseigner aux enfants, dans les mosquées, les écoles et les temples, « que ce qui est vraiment saint, c'est l'être humain », et il a condamné, selon cette logique, les attentats-suicides qui sèment la mort. « Si demain la Ka'ba est détruite, on pourra la reconstruire. Par contre, personne ne peut rendre la vie à un être humain ». Parlant de l'Europe comme du « miracle du XXe siècle », car elle a réussi, malgré deux guerres mondiales, à s'unir et à détruire le Mur de Berlin sans effusion de sang, le Grand Mufti appelle les Européens à poursuivre le dialogue avec les Orientaux, et « peser de tout son poids » pour résoudre la problématique du Proche-Orient sans attendre que les Etats-Unis prennent position, car, souligne-t-il, par sa position géographique, elle sera la première à être affectée si les conflits persistent en Irak, en Israël et en Iran. « Je vous appelle à nous tendre la main (…) Défendons ensemble la cause de la paix, du droit et de la foi », a conclu le Grand Mufti, en invitant les responsables européens à organiser à Damas, actuellement capitale de la culture arabe, une grande conférence sur les cultures « pour montrer que le monde est unique et que nous tendons la main à tout le monde ».
Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a plaidé lui aussi pour une « coexistence pacifique entre les cultures et les religions, aussi bien en Europe qu'avec les peuples et les autres régions du monde » en particulier au Moyen-Orient. « C'est à la fois possible et essentiel », a-t-il souligné. Selon lui, il faut créer une passerelle intellectuelle et culturelle des deux côtés de la Méditerranée, pour un enrichissement mutuel. La tolérance est au centre du dialogue interculturel ; il faut défendre ses positions mais aussi écouter celle des autres et se respecter, a-t-il rappelé, rejoignant les propos du Dr Hassoun. M. Pöttering espère que le dialogue aujourd'hui noué avec le Grand Mufti de Syrie en engendrera d'autres en 2008, dans le cadre de l'année européenne du dialogue interculturel, mais aussi par la suite.
Le dialogue interculturel devrait être élargi aux non-religieux, estime Sophia in't Veld
La méthode choisie par la Conférence des présidents des groupes politiques pour établir la liste des personnes qui vont intervenir au Parlement européen dans le cadre de l'Année du Dialogue interculturel a été contestée lundi après-midi par certains élus. Ce n'est pas un dialogue interculturel, s'est exclamée la Néerlandaise Sophia in't Veld (ALDE), mais un « monologue interreligieux ». Elle, comme d'autres, notamment la Verte italienne Monica Frassoni souhaite que la liste soit élargie à des non-religieux. Mme in 't Veld propose Asma Jahangir, rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion et de croyance. Et la libérale britannique Sarah Ludford estime qu'il faudrait inviter également un représentant européen de l'Islam. (I.L./L.G.)