Bruxelles, 20/12/2007 (Agence Europe) - L'Assemblée euro-latino-américaine (EUROLAT) a clôturé ses travaux, jeudi 20 décembre, par l'adoption de trois rapports sur les relations entre l'UE et l'Amérique latine dans la perspective de son 5ème sommet à Lima, les défis et opportunités de la mondialisation pour les relations économiques et commerciales entre les deux régions et l'équilibre environnemental dans la perspective du réchauffement planétaire. Les députés ont eu des échanges particulièrement vifs sur le thème de l'accès à l'eau, un sujet qu'ils creuseront lors de la prochaine session plénière d'EUROLAT, en mai 2008 à Lima.
Le sénateur mexicain José Guadarrama a estimé que la question de l'eau est « fondamentale pour l'Amérique latine », qui possède « 20% des réserves mondiales d'eau douce » alors que sa « population n'y a accès qu'à raison de 1% ». Selon lui, « il serait grave » que l'assemblée EUROLAT ne se penche pas sur « un problème particulièrement aigu » qui constitue à lui seul « une source de conflit potentiel ». Jorge Pizarro Soto, co-président de l'assemblée parlementaire, a insisté sur la volonté des députés latino-américains de « garantir un accès universel » à l'eau, « une tâche qui revient à l'État », mais qui n'empêche pas non plus une « gestion privée » de cette ressource naturelle. Un représentant du Parlement latino-américain a estimé que « l'humanité a besoin de l'eau et d'y avoir un accès universel ». Plusieurs députés d'Amérique latine ont souhaité laisser de côté ce sujet pour y revenir à Lima. L'idée d'une étude pays par pays a même été lancée.
Le Vert français Alain Lipietz a rappelé que l'UE est engagée « dans des négociations avec le Mercosur, la Communauté andine et l'Amérique centrale ». « C'est la première fois qu'EUROLAT peut donner une position politique aux négociateurs » sur la question de l'eau, qui constitue « un des points importants de la négociation », a-t-il observé. Estimant qu'à la Commission européenne certains verraient d'un bon œil une privatisation complète de l'eau, il a au contraire insisté pour dire que « l'eau ne peut pas être privatisée, mais que sa gestion peut être confiée à des opérateurs privés ». Et de citer l'exemple de la société française « Suez qui gère les eaux de La Havane » à Cuba. Christa Klass (PPE-DE, allemand) s'est opposée à tout libellé selon lequel « si c'est privé, c'est forcément mauvais ». « Pour nous, l'amendement pose la question de l'eau en tant que service public » et de sa gestion dont « les modalités restent à déterminer », a indiqué Véronique De Keyser (PSE, belge). Son homologue française Bernadette Vergnaud a mis en garde contre le « très mauvais signe politique » qu'EUROLAT enverrait si elle ne se prononçait pas sur « un sujet aussi important pour la planète ».
Au final, les députés ont voté tel quel l'amendement proposé. Celui-ci stipule notamment que « l'appropriation de l'eau à des fins privées empêche les populations d'y accéder et conduit à la dégradation de cette ressource vitale ». Il engage l'UE et les pays d'Amérique latine et des Caraïbes à « garantir l'accès universel à l'eau » et à « considérer l'approvisionnement en eau comme un service public indispensable, sans préjudice de pouvoir en confier la gestion (…) à l'initiative privée ».
À noter que, dans son rapport sur les relations UE/Amérique latine dans la perspective du sommet de Lima, l'assemblée EUROLAT recommande de créer: - « un secrétariat euro-latino-américain permanent » composé de représentants des institutions européennes, du secrétariat ibéro-américain et d'EUROLAT ; - « un centre birégional de prévention des conflits » violents afin de les prévenir et d'empêcher une escalade éventuelle ; - « un centre birégional de prévention des catastrophes » chargé de définir des stratégies face aux catastrophes naturelles telles que « les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les ouragans ou les inondations » ; - « une Fondation euro-latino-américaine à caractère public-privé » pour la promotion du dialogue entre les partenaires, la Commission étant invitée à élaborer une proposition spécifique. L'assemblée parlementaire souhaite « institutionnaliser » le dialogue entrepreneurial, syndical et entre autorités locales de part et d'autre de l'Atlantique.
Su le plan organisationnel, les co-présidents d'EUROLAT souhaitent régler la question de l'intégration à EUROLAT de députés du Parlement du Mercosur, lui-même en cours de création, dans les trois mois ou du moins avant le sommet de Lima. Interrogé par EUROPE, M. Pizarro Soto a confirmé la requête latino-américaine d'avoir treize unités supplémentaires pour permettre cette intégration à laquelle se rajouteraient deux députés mexicain et chilien dont les pays ont signé des accords d'association directs avec l'UE. Ces députés devraient être des « membres de plein droit » d'EUROLAT, a confirmé José Ignacio Salafranca Sánchez-Neyra (PPE-DE, espagnol), en assurant de sa « meilleure disposition pour étudier cette demande ». Une requête qui nécessiterait l'ajout de quinze députés européens puisque l'assemblée EUROLAT est paritaire. Il reviendra à la conférence des présidents du Parlement européen de se prononcer. Clôturant les travaux, M. Salafranca Sánchez-Neyra s'est félicité du niveau de participation durant ces trois jours. Du « jamais vu » à Bruxelles « un 20 décembre ! », a-t-il plaisanté. Convaincu que « le développement sans intégration est une chose pratiquement impossible », il a prôné une intégration en tant que fruit de « la volonté commune » plutôt que par « la force ». Et de donner rendez-vous à tous à Lima en mai 2008. (M.B.)