Lisbonne, 23/10/2007 (Agence Europe) - La conférence ministérielle EuroMed sur le commerce, qui a eu lieu le 21 octobre à Lisbonne, a confirmé l'échéance de 2010 pour la création d'une grande zone de libre-échange couvrant les 700 millions de consommateurs que compte la région. 35 ministres du Commerce ainsi que le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, y participaient. La Libye y a assisté à titre d'observatrice.
En dépit des doutes, au sein du Parlement européen notamment, sur la possibilité réelle de tenir cet engagement, les 35 pays confirment leur volonté de respecter cette date. Ils ont décidé de « créer un groupe de travail de haut niveau, qui se réunira en 2008 ». Mandat lui est donné de « définir une feuille de route », a déclaré le ministre portugais de l'Economie, Manuel Pinho, qui présidait la conférence. Les ministres ont, en outre, examiné divers dossiers liés à cette démarche de la libéralisation du commerce des biens et des services et l'affinement des mécanismes d'échanges. Des progrès sont annoncés dans les négociations sur les services avec l'Égypte, le Maroc et Israël. Les échanges agricoles sont visés mais seront libéralisés avec précaution.
Au plan global, la Commission européenne relève que les achats européens de produits de la rive Sud ont doublé entre 1995 et 2006, alors que les ventes à destination des pays de la Méditerranée ont augmenté d'environ 60 %. Un développement qui n'empêche pas la persistance du déficit dans les échanges de biens, bien que la tendance soit à la diminution de ce déficit. Il a été, selon la Commission, ramené de 20 % en 1995 à moins de 10 % en 2006.
Dans son discours face aux ministres, Peter Mandelson a appelé à ne plus commettre « l'erreur » de considérer le commerce euroméditerranéen comme s'opérant entre deux régions. « Nous sommes une région unique » car, rappelle-t-il, non sans un certain lyrisme, « l'Europe a pris naissance en Méditerranée ». Nous serions même, déjà, en « Union méditerranéenne », empruntant explicitement cette formule à un « grand ami ».
Revenant aux aspects pratiques, M. Mandelson a souligné que les échanges sont le point focal dans la relation Europe-Méditerranée: « Le flux de marchandises et des personnes enrichit les idées et les cultures. Il apporte le développement, la stabilité et la croissance. C'est la définition exacte de ce qu'on qualifie de mutuellement avantageux ». Rappelant l'objectif de 2010, il admet que le délai de trois ans qui reste n'est certes pas long mais y parvenir est un « élément essentiel » du processus de Barcelone. Cela permettrait aux pays de la rive Sud d'engranger de nouveaux avantages. Déjà, selon M. Mandelson, ces pays ont tiré des accords d'association un bénéfice certain qui serait plus net si la rive Sud accentuait son intégration. M. Mandelson faisait référence à l'Accord d'Agadir qui lie quatre pays (Maroc, Tunisie, Egypte et Jordanie). Ce rapprochement « horizontal » est « un grand pas en avant » bien qu'il « reste encore beaucoup à faire ». L'Afrique du Nord est, relève-t-il, « le marché le moins bien intégré de toutes les régions du monde » et n'attire ainsi que 1% de l'investissement de l'UE. « Une de nos priorités devrait être de convenir comment nous pouvons aider à faire avancer ce processus. Personne ne cherche à imposer des structures ou des choix ». Il y a des choix inéluctables pour lesquels la Commission est prête à aider, a affirmé le commissaire.
L'UE est le partenaire commercial le plus important des pays de la Méditerranée avec près de 42 % des exportations (59,9 milliards d'euros) et importations (60 milliards d'euros) méditerranéennes en 2006, soit environ 5 % des importations et exportations de l'UE. Le commerce entre pays au sud de la Méditerranée demeure cependant faible (15 % du commerce total de la région) même s'il est en augmentation (il est passé de près de 1,34 milliard d'euros en 1995 à 6 milliards d'euros en 2004). La Turquie, assez dynamique, a « considérablement développé son commerce avec ses voisins » sud-méditerranéens (2,5 milliards d'euros en 1995, 8 milliards d'euros actuellement). (F.B.)