Porto, 18/09/2007 (Agence Europe) - Les ministres de l'Agriculture des Etats membres de l'UE se sont montrés très partagés, mardi 18 septembre à Porto (Portugal), sur l'ampleur du transfert des crédits du premier (aides directes et de marché) vers le second pilier (développement rural), un des sujets au cœur du « bilan de santé » de la Politique agricole commune (PAC). Le boom actuel des prix agricoles semble conforter les tenants d'un premier pilier fort, à même de répondre aux crises sur le marché.
Jaime Silva, le ministre portugais de l'Agriculture, a déclaré lors d'une conférence de presse que les Etats membres ont insisté sur l'importance des politiques de développement rural et du monde rural dans la PAC. Ils ont aussi, selon le Président en exercice du Conseil, souligné la nécessité de « maintenir le cap des réformes lancées en 2003 » et d'approfondir l'analyse de la situation des marchés.
Lors du débat, les pays dits « libéraux » (Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark, Suède) ont fait savoir qu'ils soutenaient les projets de Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l'Agriculture, en faveur d'une augmentation de l'effort de modulation des aides directes (réduction de ces dernières pour les affecter aux programmes de développement rural). D'autres pays (France, Allemagne, Espagne, Italie, Irlande) se sont montrés plus prudents, en soulignant, en substance, que l'aide aux régions rurales ne devait pas se faire au détriment de l'agriculture productive. « La PAC et le développement rural ne sont pas en compétition, il ne faut pas les opposer », aurait ainsi mis en garde Sabine Laruelle, la ministre belge. Paolo de Castro, le ministre italien, a insisté sur le fait que la PAC doit aussi être au service des citoyens et des consommateurs, en particulier pour le maintien des paysages et de la qualité des produits. L'Italie s'est prononcée en faveur d'un cofinancement national « obligatoire et limité » des dépenses agricoles (aides et marché), une idée qui séduit aussi, généralement, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou encore la Suède.
En réponse à des questions de la presse, le président en exercice du Conseil, M. Silva, a rappelé que les avis sur le cofinancement des aides agricoles sont différents selon la situation des finances publiques du pays. Réservé sur la question, il s'est prononcé contre la renationalisation de la PAC et le maintien d'une concurrence équitable entre agriculteurs.
Dans ses propositions sur le bilan de santé de la PAC, attendues le 20 novembre, la Commission devrait suggérer de faire passer de 5% actuellement, à 13% à compter de 2013, le taux de modulation obligatoire des aides directes. Le transfert des fonds du 1er vers le 2ème pilier de la PAC aurait l'avantage de légitimer et donc de préserver de la bataille budgétaire, attendue en 2009 et plus tard (2011 lors de la préparation du nouveau cadre financier en 2014), une partie des dépenses agricoles. La Commission souhaiterait aller encore plus loin en réduisant, au profit des mesures de développement rural, les aides reçues par les grandes exploitations. Ainsi, selon des chiffres encore provisoires, une retenue de 10% serait appliquée aux exploitations touchant plus de 100.000 euros d'aides directes par an. Le pourcentage passerait à 25% pour celles recevant plus de 200.000 euros et à 45% pour les exploitations riches de plus de 300.000 euros par an. Selon certaines sources, l'Allemagne, la République tchèque et la Slovaquie seraient très critiques à l'égard de ce mécanisme de dégressivité des aides. Pour rappel, en 2003, le précédent commissaire à l'agriculture, Franz Fischler, avait suggéré lors de la réforme de 2003 de plafonner à 300.000 euros par an le montant maximum de l'aide par exploitation. Cette idée n'avait pas été retenue et « nous essayons aujourd'hui de trouver une méthode ou l'autre » pour y parvenir, a expliqué Mme Fischer Boel.
Enfin, la commissaire a reconnu l'utilité de débattre, dans le cadre du bilan de santé de la PAC, des conséquences à tirer des prix élevés en Europe de certaines matières premières (+50% en un an pour le blé, +60% pour le maïs, entre 30 et 40% de plus pour le lait). Mais elle a réfuté l'intention que lui prête le Financial Times de vouloir prévoir des stocks d'urgence (par exemple de céréales ou de lait). Après la présentation, le 20 novembre, de la communication sur le bilan de santé de la PAC, « nous aurons la possibilité de discuter de tous les sujets, d'ouvrir nos yeux et d'analyser ce qu'il se passe », a ajouté la commissaire. La discussion sur la « sécurité alimentaire » (approvisionnement du marché en matières premières) aura lieu et « nous garderons un œil attentif sur l'évolution du marché », a conclu Mme Fischer Boel. La hausse des prix des céréales et du lait aura des effets sur le marché de l'élevage. Selon un rapport de la Commission, les prix de la viande de porc pourraient grimper de 30% d'ici 2008 et ceux de la viande de bœuf de 7%. (lc)