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Bulletin Quotidien Europe N° 9504
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Europe choisit la clarté et la rigueur pour assainir les marchés financiers

Responsabilité des acteurs. Dans la crise monétaire, les responsables politiques de l'UE ont choisi la clarté et la rigueur. D'abord le Comité économique et financier de l'UE (voir notre bulletin n° 9501) et ensuite les ministres des Finances, les commissaires européens compétents et le président de la Banque centrale européenne (voir, dans le bulletin d'hier, le compte-rendu, par Mathieu Bion, de la session informelle du Conseil Economie/Finances) n'ont pas hésité à dénoncer les lacunes et les erreurs des acteurs des marchés financiers, que ce soient les banques privées, les agences de notation ou les gérants de fonds spéculatifs. Cette rubrique avait pris position dans les bulletins N° 9494 et 9495 ; il suffira de rappeler les deux titres: « Les péripéties monétaires du mois dernier pourraient contribuer à clarifier les relations entre l'économie réelle et la finance créative », et: « Une crise, ou plutôt un nettoyage salutaire des marchés financiers ?».

Le Comité économique et financier (CEF) avait, avec un ton insolite dans un document de ce genre, dénoncé à la fois: le manque de transparence à propos de celui qui assume en dernier lieu le poids des risques des crédits peu sûrs (l'endroit où ces risques résident en dernier lieu est très souvent inconnu et même inattendu); le rôle des produits dérivés complexes ; les conflits d'intérêts à l'intérieur des agences de notation financière (ils préparent les produits dérivés et se prononcent ensuite sur leur degré de sécurité). Le CEF faisait état de l'appel à renforcer le contrôle prudentiel sur les fonds spéculatifs («hedge funds») et le calcul des expositions à des produits financiers complexes, en dénonçant aussi le risque d'«effet domino» sur l'activité économique. C'était un véritable acte d'accusation à l'égard des acteurs des marchés financiers.

Mesures annoncées. Le langage des responsables politiques est plus nuancé, ce qui est compréhensible car ils doivent éviter la panique sur les marchés et rassurer aussi bien les investisseurs que les épargnants. Mais le président du Conseil, les commissaires européens présents, plusieurs ministres et les gouverneurs de la BCE et des Banques centrales nationales ont été quand même suffisamment explicites. Ils ont, bien entendu, exprimé leur confiance dans le fonctionnement du cadre réglementaire européen et dans la capacité de l'économie européenne à maintenir le cap de la croissance, mais en demandant en même temps au CEF d'indiquer les mesures appropriées pour renforcer aussi bien la transparence des instruments financiers complexes que les règles régissant l'activité des agences de notation. Et ceci très rapidement, dès le mois prochain, en prévision de «conclusions» du Conseil européen au printemps 2008. Il est vrai que, selon le commissaire Charlie McCreevy, il n'existe pas de consensus sur la création d'une autorité européenne de supervision et de contrôle, et personnellement il est contre ; mais le ministre allemand Peer Steinbrück a avoué qu'il aurait souhaité un appui plus ferme de la Commission européenne aux réformes…

Par ailleurs, personne ne se hasarde à évaluer les pertes provoquées par les turbulences monétaires, mais on commence à entendre des voix affirmant que les banques et autres instituts financiers doivent y faire face eux-mêmes, car ils le peuvent compte tenu des réserves colossales accumulées ces dernières années.

Deux voix discordantes. Les voix discordantes ont essentiellement deux sources: a) certaines autorités britanniques estiment inapproprié un renforcement radical de la réglementation, ce qui s'explique par le poids des activités financières dans l'économie du Royaume-Uni ; b) d'un autre point de vue, les milieux politiques français continuent à critiquer la politique des taux d'intérêt de la Banque centrale européenne, en la considérant comme responsable de la valeur excessive de l'euro. C'est une thèse sur laquelle le président Sarkozy insiste, et elle semble avoir l'appui d'une fraction significative du Parlement européen.

Le dollar et les priorités. Je crains que le renforcement du dollar soit actuellement utopique et irréaliste. Les Etats-Unis doivent réduire leur déficit, qui est responsable de l'augmentation délirante des réserves en dollars accumulées en Chine et ailleurs, véritable mine errante pour le système monétaire international. L'assainissement réside dans la réévaluation d'autres monnaies, alors que celle du dollar par rapport à l'euro est une vue de l'esprit, étant incompatible avec l'équilibre de la balance extérieure américaine. Mais c'est une question plus générale, à laquelle le Conseil réfléchira un jour s'il se décide à prendre ses responsabilités (inscrites dans le Traité) à propos du taux de change de l'euro. Pour le moment, la priorité réside dans l'assainissement des marchés financiers par une meilleure transparence de leur fonctionnement et par un contrôle renforcé sur l'activité de ses acteurs. Dans cette direction, les intentions paraissent fermes. Elles doivent se concrétiser, à l'avantage de l'économie réelle.

(F.R.)

 

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