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Bulletin Quotidien Europe N° 9475
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Chine: priorité à la sécurité des produits et des consommateurs

L'initiative de Mme Kuneva. La protection des consommateurs et la défense de leurs intérêts prennent progressivement dans l'UE leur juste place. La visite en Chine de Meglena Kuneva, Commissaire européenne responsable de la politique des consommateurs, est de ce point de vue un signal important. Certains lecteurs se rappellent peut-être que la création, pour elle, de ce portefeuille spécifique avait été accompagnée par quelques commentaires ironiques du type: il fallait bien trouver une tâche pour les nouveaux Commissaires bulgare et roumain qui venaient d'être nommés. Les consommateurs relevaient auparavant de la compétence de M. Kyprianou, avec la santé ; on avait partagé son portefeuille en deux, et les consommateurs avaient été confiés à Mme Kuneva. En se rendant en Chine, elle a montré la conception qu'elle se faisait de son rôle.

Elle a porté au niveau politique le problème de la sécurité des produits chinois importés en Europe, qui devient ainsi prioritaire. On parle depuis plusieurs années de faux produits chinois. La Commission européenne avait déjà adressé à Pékin plusieurs mises en garde ; il en était résulté quelques polémiques assez vives, mais toujours sous l'angle de la politique commerciale et de la politique industrielle. Et pourtant, les alertes à propos des effets de certains piratages ne manquaient pas. Je crois que cette rubrique a été l'une des tribunes les plus actives pour souligner l'ampleur des dangers. Les opinions publiques gardaient l'image des faux produits de luxe ou des cosmétiques, des fausses montres et des films et disques copiés. Mais le piratage avait changé de cibles, et quelques cas affreux et spectaculaires ont rendu compte d'une réalité bien plus sinistre. La grande presse s'en est occupée et l'ordre des priorités a été redressé: l'objectif prioritaire n'est pas l'expansion du commerce coûte que coûte, mais la sécurité des produits.

Double message. Mme Kuneva avait indiqué, avant de partir pour Pékin, le double message qu'elle adressait aux autorités chinoises: a) il n'y a pas de compromis possibles sur la santé et la sécurité ; b) l'UE et la Chine devraient définir des normes de sécurité communes, à respecter quel que soit le lieu de fabrication (voir dans notre bulletin n° 9470 la présentation du voyage de la Commissaire par Aminata Niang). Sa conférence de presse à Pékin va dans le même sens (voir les pages suivantes de ce bulletin).

La presse américaine se déchaîne. Comme d'habitude, c'est la puissance de feu de la presse américaine qui s'est répercutée dans les médias européens et a alerté l'opinion publique. Les méthodes d'investigation des journalistes américains leur ont permis de découvrir que c'était une firme chinoise qui ajoutait de la mélanine dans le gluten de blé des aliments pour animaux domestiques pour en augmenter la teneur en protéines, et avait provoqué la mort de plusieurs milliers de chiens et de chats. L'affaire du dentifrice toxique a été analysée en détail (les autorités de certains pays européens sont aussi intervenues). Ce qui est grave, c'est que des firmes occidentales sont parfois impliquées, en faisant fabriquer en Chine leurs produits sans contrôles suffisants; ce ne sont pas toujours des faux, ce sont certains ingrédients qui sont en cause. L'impact de ces enquêtes sur l'opinion publique américaine avait été immense ; selon le Washington Post, les mots « made in China » étaient devenus les plus inquiétants de la langue anglaise. Le président Bush a créé, le 18 juillet, un groupe de travail interministériel pour évaluer et renforcer les contrôles sur les importations de biens de consommation et produits alimentaires. Mais les cas les plus dramatiques sont ceux des faux médicaments (la Chine n'est pas le seul pays impliqué, mais en Chine même l'on parle de centaines de milliers de morts dans la population locale) et des fausses pièces de rechange pour avions, qui auraient provoqué, selon un calcul américain, 166 accidents aériens (sans toutefois que la responsabilité des produits chinois soit quantifiée).

La Chine officielle agit et collabore. Il faut reconnaître que les autorités chinoises ont réagi avec vigueur. Les fonctionnaires impliqués dans les scandales sont très sévèrement punis: le chef de l'équivalent chinois de la Food and Drug Administration a été carrément fusillé pour corruption, après avoir autorisé des faux médicaments. Un haut responsable chinois a toutefois rappelé que les 58% des exportations de produits libellés made in China sont effectuées par des multinationales occidentales, qui en tirent les profits. Mme Kuneva a donc raison lorsqu'elle réclame une action conjointe UE/Chine, afin de résoudre les problèmes ensemble. Elle a indiqué que les autorités chinoises collaborent activement, que leur approche est positive. Le Sommet euro-chinois de novembre prochain devrait annoncer un plan commun.

L'essentiel est que les paroles soient suivies par les actes et que, de part et d'autre, l'expansion sans limites des échanges ne soit pas considérée en elle-même comme l'objectif prioritaire.

(F.R.)

 

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