login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9439
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les objectifs urgents pour la zone méditerranéenne ne doivent pas être liés à la création d'une hypothétique union séparée de l'UE

Tenir compte des réalités. Le projet d'une Union euro-méditerranéenne distincte de l'UE, réunissant tous les pays riverains, ne correspond pas aux aspirations des pays de la rive Sud et demanderait de toute manière une longue préparation (voir cette rubrique d'hier). Dès qu'il a été lancé par le nouveau président de la République française, ce projet a suscité un certain nombre de réactions positives. Qui pourrait s'y opposer sur le plan des principes ? Qui pourrait ne pas appuyer la coopération entre les pays riverains d'une mer qui a été le berceau des civilisations égyptienne, grecque et romaine, pour n'en citer que trois ?

En annonçant le projet, Nicolas Sarkozy avait payé son tribut à la rhétorique. Dans son discours de Strasbourg, il avait parlé de l'exigence «d'engager la Méditerranée sur la voie de sa réunification après douze siècles de division et de déchirements (…) Autour de cette mer baignée de lumière où depuis deux mille ans la raison et la foi dialoguent et s'affrontent, sur ces rivages où l'on mit pour la première fois l'homme au centre de l'univers, se joue une fois encore notre avenir». Pour quels objectifs ? « Il ne s'agit pas de faire seulement du bassin méditerranéen un pont entre le Nord et le Sud. Il s'agit d'en faire un foyer de paix, de culture, de développement durable d'où naîtra, dans le creuset des civilisations, le destin commun de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique. Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen.»

Mais ce rêve doit tenir compte de la réalité. Ce ne sont pas les plans et les structures qui manquent, ni les lieux de discussion. Mais quels sont les résultats ? Dans son dernier rapport à ce sujet, approuvé le 15 mars dernier, le Parlement européen a indiqué une fois de plus comme objectif la zone globale de libre-échange, que les pays de la rive Sud ne sont pas disposés à réaliser entre eux, accompagnée de projets ambitieux mais peu réalistes: des réseaux de transport euro-méditerranéens, une politique agricole intégrée pour toute la région, une banque euro-méditerranéenne, une plus grande liberté dans la circulation des personnes. De son côté, l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne a consacré la plupart de sa dernière session à des polémiques sur l'islamophobie et l'antisémitisme, le souci essentiel d'une partie des députés (notamment ceux qui avaient été élus en Egypte) étant de déposer des dizaines d'amendements visant à introduire, au-delà de l'évocation générique du respect des croyances réciproques, des dispositions condamnant les critiques ou les attaques contre l'Islam (du genre des caricatures danoises, si décriées et peut-être inopportunes, mais de toute évidence licites d'après les critères européens), au titre de la défense du dialogue entre les cultures et les civilisations. De tels débats ne profitent en définitive qu'aux fanatiques et aux intégristes des deux côtés, et en même temps les réalisations réclamées sont peu réalistes.

Le projet des milieux économiques. Le caractère trop doctrinaire des débats interparlementaires est accompagné par les dérives en sens opposé de quelques milieux professionnels. Andrea Canino, président du «Conseil de coopération économique» de la zone méditerranéenne, est tout de suite intervenu pour appuyer le projet Sarkozy mais avec les nuances suivantes: a) l'unité de l'Europe a commencé avec six pays. Pour réussir en Méditerranée, il faut également procéder par étapes: « il est évident que pour obtenir des résultats rapides, il faut commencer par une phase nord-africaine », la Méditerranée asiatique étant trop instable. Et du côté européen, il faut commencer par les quatre pays «réellement intéressés»: France, Italie, Espagne et Portugal ; b) les domaines d'action doivent également être limités, et M. Canino en indique deux: la «gestion commune des ressources humaines» (la France aurait besoin, à son avis, de 5,5 millions d'immigrés entre 2010 et 2050) et la gestion du gaz naturel, dont les exportations nord-africaines correspondront en 2010 à la totalité des besoins actuels des quatre pays européens cités ; c) le moteur de la nouvelle Union devrait comporter, à côté de la coopération intergouvernementale, un dialogue entre les leaders économiques.

Le projet/Canino n'a pas beaucoup de points en commun avec le projet/Sarkozy, qui vise toute la région, y compris la Turquie, et d'autres priorités et qui, pour l'immigration, envisage plutôt des contrôles renforcés que la liberté d'accès. Nicolas Sarkozy évoque un passé commun glorieux qui ne peut plus revenir car les civilisations qui en avaient été les acteurs n'existent plus. Les intérêts des industriels et du commerce sont sans doute respectables mais il n'est pas nécessaire de créer une Union pour en tenir compte. Et le cadre communautaire reste préférable à un projet intergouvernemental qui enlèverait à l'UE la responsabilité d'aspects essentiels de la politique d'immigration et de la politique environnementale.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES