Sauvegarder la possibilité d'une politique commune de l'énergie. Il n'y a aucune fatalité dans l'actuelle situation tendue des relations entre l'UE et la Russie. L'attitude consistant à s'imputer réciproquement la responsabilité des divergences (voir cette rubrique d'hier) est injuste et en définitive ingénue. La grande faute de l'UE consiste à ne pas savoir se présenter face à Moscou comme une entité unique, à ne pas parler d'une seule voix. Chaque fois que la «méthode communautaire» est respectée, la position européenne est plus forte. Certes, l'unité n'est pas facile, car les intérêts des Etats membres sont souvent, à première vue, divergents, et les autorités russes jouent sur ces divergences et s'efforcent de discuter et négocier séparément avec l'un ou l'autre des Etats membres, selon les sujets et les circonstances. La tentation pour les Etats membres de faire valoir face à Moscou leurs intérêts purement nationaux est forte et ils y cèdent souvent, mais elle est à courte vue. La désunion va parfois si loin que le directeur général «relations extérieures» de la Commission, Eneko Landaburu, a pu affirmer que la Russie représente un grand danger pour l'Europe surtout en tant qu'élément de division entre les Etats membres (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9428). En particulier, l'absence de cohésion entre les 27 dans le domaine énergétique est l'une des raisons pour lesquelles le contenu essentiel du projet de Traité constitutionnel doit être sauvegardé ; le nouveau Traité européen envisagé doit reprendre la disposition rendant juridiquement possible une politique commune de l'énergie. En attendant, il suffirait d'appliquer le «plan d'action» 2007-2009 approuvé le 9 mars dernier par le Conseil européen (reproduit dans le N° 2463 de notre série EUROPE/Documents) pour franchir un pas significatif. Certaines évolutions récentes devraient avoir fait réfléchir les gouvernements aux risques ou à l'inefficacité des prises de position nationales, en Pologne comme en Hongrie, en Estonie comme ailleurs.
Un effort de compréhension. L'UE doit faire aussi un effort de compréhension à l'égard des frustrations russes et de la volonté russe de reconquérir le poids politique qui était autrefois celui de l'URSS. La phrase de Vladimir Poutine selon laquelle la dissolution de l'URSS a été la grande erreur politique du siècle dernier n'est pas une boutade ni le simple regret de la puissance perdue. Selon un observateur attentif - Sir Roderic Lyne, ancien ambassadeur britannique à Moscou -, «beaucoup de Russes ont accepté la chute du communisme mais pas celle de l'Union soviétique, car c'était leur pays». La Russie doit s'adapter à une triple transformation simultanée: la transition vers la démocratie ; le passage à l'économie de marché ; le changement de statut international, de superpuissance à un Etat qui a perdu d'un coup une partie importante de son territoire et la moitié de sa population. Il est vrai que certaines composantes de l'ancienne URSS résultaient d'invasions inadmissibles de pays auparavant libres, comme les pays baltes, et c'est en toute légitimité qu'Estonie, Lettonie et Lituanie ont reconquis leur liberté et qu'ils ont choisi de devenir membres de l'UE. Mais la situation n'est pas aussi claire et indiscutable dans tous les cas, et il est compréhensible que Moscou s'efforce de maintenir dans sa zone d'influence l'une ou l'autre des nouvelles Républiques issues de la dissolution de l'URSS. Ceci ne signifie aucunement que l'UE doive accepter tous les aspects de l'effort de Vladimir Poutine pour rendre à son pays davantage de poids dans les affaires du monde.
Mais, dans le dossier énergétique, la Russie dispose d'arguments puissants, et M. Poutine les fait valoir ; c'est l'UE qui est fautive si elle ne sait pas se comporter comme un ensemble. Là où une politique commune existe, comme le commerce, l'UE est bien plus efficace, que ce soit à propos de l'adhésion russe à l'OMC ou des exportations agricoles polonaises.
Limites de la PESC et de la PESD. L'Union européenne doit aussi s'interroger sur son attitude dans le dossier du bouclier antimissile américain. Elle n'a pas pu définir une position dans cette affaire ; tout ce qu'elle a été en mesure de dire, est qu'il faut en discuter dans le cadre de l'OTAN et des mécanismes de contact entre l'OTAN et la Russie. Selon le rapport sur les relations UE/Russie que vient d'approuver le Sénat français, le président du Conseil Frank-Walter Steinmeier, en soulignant la nécessité d'en discuter au sein de l'OTAN, n'a pas mentionné l'UE, alors que Javier Solana a insisté sur la nécessité d'en débattre entre les Etats membres de l'Union. Les ministres de la Défense l'ont évoquée entre eux. Cette affaire confirme les limites actuelles de la politique étrangère européenne et de celle de la défense. Le rapport du Sénat français contient d'ailleurs plusieurs informations et remarques sur lesquelles je me propose de revenir.
(F.R.)