Strasbourg, 23/05/2007 (Agence Europe) - Garry Kasparov, l'une des figures montantes de l'opposition au «régime» du président russe Vladimir Poutine, a salué mercredi à Strasbourg le changement d'attitude de l'Union européenne envers la Russie. « Nous avons pu observer l'attitude très différente adoptée tant par le Parlement que par les dirigeants européens vis-à-vis de la Russie », a indiqué l'ancien champion du monde d'échecs lors d'une conférence au Parlement européen.
Ce changement de comportement des Européens s'est notamment exprimé le 18 mai lors du Sommet UE-Russie à Samara (EUROPE n°9429). « Ce n'est pas que nous voulions que l'on ostracise la Russie pour les méfaits du président Poutine et de son régime, mais nous avons besoin que l'Europe et le monde libre soutiennent toujours les institutions démocratiques, les règles de droit et les droits de l'homme et n'appliquent pas le deux poids, deux mesures », a ajouté l'actuel dirigeant du Front Civique Uni (OGF). « C'est une faute, c'est une erreur commise par le G7 et par les institutions internationales qui négocient avec la Russie de Poutine. Cette erreur a joué en permanence contre nous (l'opposition) », a souligné M. Kasparov. Ce dernier a en particulier remercié le président du PE, Hans-Gert Pöttering, pour l'avoir invité à Strasbourg, mais surtout pour le soutien ainsi procuré aux forces démocratiques en Russie. Il a dit apprécier « la forte détermination » des représentants du Parlement de vouloir lui parler de la situation politique en Russie, tout en se félicitant de la récente résolution de l'Assemblée en faveur des droits de l'Homme en Russie (EUROPE n°9424). A noter qu'une délégation de députés socialistes se rendra du 27 au 29 mai à Moscou pour rencontrer les représentants russes, notamment le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov.
L'ancien champion d'échecs s'est également lancé dans un plaidoyer virulent contre le régime en place en Russie. « Participer à une manifestation à Moscou est assez risqué », a-t-il déclaré, estimant qu'au fil des années les manifestations dans les rues ont vu le nombre de personnes y prenant part décroître sensiblement - passant de plusieurs centaines de milliers en 1999 à quelques milliers aujourd'hui. « Réussir à avoir 5.000 manifestants dans les rues de Moscou est beaucoup plus impressionnant que le fait d'avoir des centaines de milliers de gens protestant dans les rues de Paris contre la guerre en Irak », a assuré M. Kasparov, signalant au passage que les policiers russes recevaient l'ordre d'être « très cruels » envers les manifestants. Pourquoi n'en entend-on pas parler ? Parce que « le Kremlin exerce un contrôle total sur les médias russes», a-t-il assuré. Que ce soit à cause du fossé entre les riches et les pauvres, de la situation économique ou encore de la montée de l'instabilité politique institutionnelle, il a prédit clairement qu'une « crise politique très grave » allait se produire à la fin de cette année. « Le régime de Poutine n'est pas démocratique », a-t-il martelé, estimant qu'il devait y être mis fin le « plus vite possible ». Selon lui, « toutes les décisions (de M. Poutine) sont basées sur les bénéfices que peuvent en retirer les industries qui sont des donneurs potentiels pour les élites du Kremlin », citant des compagnies comme Shell ou TNK-BP, la filiale russe de British Petroleum. Livrant son analyse de la situation, il a déclaré: « La Russie vend directement ou indirectement des armes ou des technologies nucléaires à l'Iran, ou traite avec le Hezbollah et le Hamas parce que le régime a besoin de maintenir un prix élevé du pétrole. L'instabilité des prix du pétrole au Moyen-Orient aide à maintenir des prix élevés ». M. Kasparov a dit espérer que les forces d'opposition puissent rester unies et continuer à protester de manière non-violente jusqu'aux élections présidentielles qui doivent se dérouler en mars 2008. Il a toutefois exprimé le souhait que ces dernières ne soient pas « truquées ». Sur son éventuelle candidature aux élections, le chef de file de l'OGF n'a pas montré un véritable empressement: « Je ne veux pas que mon agenda personnel vienne à un quelconque stade compromettre les chances de l'opposition de gagner ».
Garry Kasparov avait été invité à Strasbourg par le président du Parlement européen, le démocrate-chrétien allemand Hans-Gert Pöttering, après les manifestations de l'opposition russe en avril à l'occasion desquelles il avait été placé en garde à vue pendant onze heures. Une « Marche des dissidents » est prévue pour le 29 mai à Voronej à 500km au sud de Moscou et le 9 juin à Saint-Pétersbourg. (bc)