Bruxelles, 22/03/2007 (Agence Europe) - Le Commissaire chargé de l'élargissement a jugé mercredi que « l'unité européenne est au cœur de la décision sur le futur statut du Kosovo ». Olli Rehn ne voit pas d'autres possibilités qu'une résolution prochaine du Conseil de sécurité de l'ONU sur la proposition finale de Martti Ahtisaari, qui y sera débattue. Dominés par la question du Kosovo, les échanges avec les députés de la commission des affaires étrangères du PE, présidée par le polyglotte Jacek Saryusz-Wolski (PPE-DE, Polonais), ont aussi porté sur l'ensemble de la région des Balkans.
Alors que les progrès du Monténégro lui ont permis de lancer l'accord de stabilisation et d'association (ASA), qui devrait être conclu sous Présidence allemande, selon M. Rehn, la « détérioration du climat politique » en Bosnie-Herzégovine empêche tout progrès sur cette voie, a-t-il d'abord expliqué. Comme il l'avait fait la semaine dernière lors de la session plénière (EUROPE n° 9388), il n'y aura « pas d'ASA sans vraies réformes », a rappelé le Commissaire, « avec le risque que la Bosnie rate le train européen ». Le lien entre la réforme de la police et la réforme constitutionnelle en Bosnie est « une question fondamentale », selon M. Rehn, pour qui les deux processus doivent être menés en parallèle, mais avec un calendrier différencié. Il faut un accord rapide sur la police et, dans le même temps, le lancement d'une réforme constitutionnelle, pour laquelle l'UE est prête à fournir une assistance d'experts, mais qui durera plus longtemps. Dès que la réforme de la police sera appliquée d'après nos principes (efficacité, indépendance et au service des citoyens), on pourra néanmoins lancer l'ASA, a-t-il précisé.
Le Kosovo est un « véritable test pour la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE », qui doit continuer à défendre le « compromis réaliste » présenté par M. Ahtisaari. Après avoir constaté l'échec des pourparlers (EUROPE n° 9384), malgré quatorze mois de négociations, l'envoyé spécial de l'ONU pour le Kosovo a renvoyé le dossier au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui entamera ses débats à huis clos sur un texte final durant la première semaine d'avril, a annoncé M. Rehn. « Nous avons une politique claire dans l'UE », définie par le Conseil Affaires générales en février (EUROPE n° 9364), a-t-il répondu à Ignacio Salafranca (PPE-DE, Espagnol) ou Annemie Neyts (ALDE, Belge), convenant avec eux: « Il est extrêmement important d'avoir une unité européenne, sans quoi nous sommes sûrs d'échouer ». La Grèce avait notamment émis l'hypothèse de donner plus de temps pour tenter de rapprocher les positions de Belgrade et de Pristina (EUROPE n° 9386). Et si le Conseil de sécurité, où la Russie dispose du droit de veto, n'arrivait pas à se mettre d'accord sur une solution ? Alors il y a le « risque d'instabilité et de chaos dans les Balkans » et « l'Europe en paierait le prix », a simplement observé le Commissaire, qui a préféré ne « pas évoquer ce scénario négatif » d'une non décision aux Nations Unies. « Il ne sert à rien de prolonger l'agonie », a-t-il ainsi admis avec Vytautas Landsbergis (PPE-DE, Lituanie) et Alojz Peterle (PPE-DE, Slovène). Et de souligner le besoin de clarté sur statut pour que le Kosovo fasse partie des programmes de financement internationaux. La décision sur le Kosovo ne doit cependant pas créer un précédent juridique pour d'autres régions dans le monde, a-t-il à nouveau rappelé. Une fois le voile levé, l'UE devra quoi qu'il en soit jouer un rôle important dans le pays, « nous sommes obligés de le faire », a par ailleurs constaté M. Rehn, expliquant que des contributions d'autres partenaires internationaux seront nécessaires pour financer la mission européenne sur le terrain. Le Commissaire présentera un rapport conjoint avec le Haut représentant de l'UE pour la PESC, Javier Solana, sur cette question lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des 30 et 31 mars, à Brême.
« La Serbie connaît des moments délicats, décisifs dans son histoire », mais se voit offrir « une vraie perspective européenne », qui « peut apporter un nouvel élan aux efforts du gouvernement », a rappelé le Commissaire. Mais le programme du nouveau gouvernement devra confirmer sa coopération totale avec Tribunal pénal pour l'ex Yougoslavie (TPIY), en établissant une vraie hiérarchie pour cette coopération, a-t-il exhorté, estimant que la réunion de la Troïka de l'UE avec le Président serbe Boris Tadic avait été « encourageante » à cet égard (EUROPE n° 9380). Et de conclure: « Le choix de la personne chargée de ces activités sera un élément déterminant ». (ab)