Bruxelles, 20/11/2006 (Agence Europe) - Réunis à Hanoï pour le 14ème Sommet du Forum de Coopération économique Asie Pacifique (APEC), les chefs d'Etat et de gouvernement des 21 pays concernés - dont l'américain George Bush, le japonais Shinzo Abe, le chinois Hu Jintao et le sud-coréen Roh Moo-hyun - ont lancé dimanche un appel urgent à sortir les négociations de Doha de l'impasse. « Nous réaffirmons nos engagements individuels et collectifs à conclure un accord équilibré et ambitieux », souligne la déclaration finale, avant de poursuivre: « pour y parvenir, il est urgent de sortir de l'impasse actuelle et de remettre les négociations sur les rails en vue d'une conclusion sans tarder ». Déterminés à reprendre les négociations « sans délai », les leaders de l'APEC rappellent qu'il est nécessaire de construire un paquet de compromis global couvrant l'accès au marché pour les biens manufacturés et les services, les règles et la facilitation du commerce, mais ils précisent que « l'agriculture reste la clé pour sortir de l'impasse ». « Chacun d'entre nous est engagé à bouger au-delà des positions actuelles dans les domaines clés, ce qui signifie réduire les soutiens agricoles qui faussent le plus les échanges, créer un nouvel accès au marché en agriculture, faire de vraies coupes dans les tarifs industriels et établir de nouvelles ouvertures dans le commerce des services, tout en prenant sérieusement en compte les sensibilités des membres de l'OMC », concluent-ils, se disant « prêts à prendre le leadership », mais appelant les autres membres de l'OMC à, eux aussi, « montrer leurs dispositions ».
L'appel lancé à Hanoï a également été suivi par les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales des 19 principales économies mondiales réunies ce week-end à Melbourne pour la réunion annuelle du G20 Finances. Avertissant de « la menace émanant d'un protectionnisme croissant dans le commerce et l'investissement pour la prospérité globale », et soulignant que la réussite du round de Doha était « essentielle pour assurer des échanges plus ouverts, réduire le risque d'instabilité économique et financière et obtenir une croissance économique plus forte, un développement et une réduction durable de la pauvreté », le G-20 Finances a plaidé pour une reprise rapide des négociations.
Pour Peter Mandelson, rien n'est possible sans engagement des Etats-Unis et de l'Inde
Dans un discours prononcé samedi dans la capitale indienne à l'occasion du Hindustran Times Leadership Conference, le négociateur européen à l'OMC, Peter Mandelson, a estimé que les négociations de Doha pourront encore être bouclées en 2007 mais que rien ne sera possible sans un engagement de Washington et de New Delhi. Le Commissaire au Commerce a également réaffirmé qu'un accord sur le volet agricole, à l'origine du blocage des négociations entre les acteurs majeurs du G-6 (UE, Etats-Unis, Brésil, Inde, Australie et Japon) en juillet dernier, ne sera possible que sur la base de la proposition des pays émergents du G-20 (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Mexique notamment). « Il n'y a pas d'alternative réaliste à reprendre les négociations où nous les avons laissées en juillet en matière de tarifs et de subventions agricoles. Tout mouvement s'éloignant du consensus émergent centré sur la proposition du G-20 rendra un accord plus difficile à trouver. Et viser en deçà de la zone cible définie par cette proposition ne sera pas assez ambitieux », a insisté M. Mandelson, avant de dénoncer comme une « fantaisie politique » les demandes de certains membres de l'OMC « que le commerce agricole doive rattraper en un cycle de négociations le degré de libéralisation réalisé en six décennies en matière de produits industriels ». Pour relancer les négociations, l'Europe est « prête à montrer le chemin » et à « offrir un marché significativement plus large aux Etats-Unis et aux autres exportateurs agricoles », a-t-il assuré. Le Commissaire au Commerce a notamment rappelé que l'UE était prête à améliorer son offre sur la réduction moyenne des droits de douane agricoles en allant « de plus de dix points de pourcentage » au-delà des 39% avancés en octobre 2005 pour se rapprocher des 54% demandés par le G-20. « Mais, rien n'est possible sans un partenaire américain engagé », a poursuivi M. Mandelson, affirmant que « sans les Etats-Unis, comme si souvent la nation indispensable, les autres ne peuvent rien ». « Ce que le reste du monde demande aux Etats-Unis n'est pas indigeste. Cela revient à des coupes effectives de quelques milliards de dollars dans les subventions à des agriculteurs pas vraiment dans le besoin », a-t-il ajouté. M. Mandelson s'est toutefois félicité du signal donné la semaine dernière par son homologue américaine Susan Schwab qui a assuré que Washington restait engagé à parvenir à un compromis agricole et reconnu que des réductions plus fortes des soutiens internes américains étaient nécessaires à cette fin. Enfin, saluant la décision prise le 16 novembre dernier par le Comité des négociations commerciales de l'OMC de reprendre les pourparlers techniques informels au niveau des Comités de négociation à Genève, le Commissaire au Commerce a appelé son pays hôte, l'Inde à faire preuve elle aussi de davantage de flexibilité, notamment en agriculture, pour aider à redémarrer le round. (eh)