Bruxelles, 03/10/2006 (Agence Europe) - Devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen, Mark Malloch Brown a brossé un tableau plutôt encourageant de la situation aux Nations Unies et a livré une vision optimiste des relations de son institution avec l'Union européenne. Les parlementaires lui ont rappelé la nécessité de moderniser le système onusien et lui ont fait part de leurs inquiétudes sur les droits de l'Homme et la situation au Soudan. Des exigences auxquelles le secrétaire général adjoint des Nations Unies, en poste depuis avril dernier, souscrit bien volontiers et qu'il juge d'autant plus cruciales que s'est amorcé un retour vers le multilatéralisme.
« Un cessez-le-feu qui tient et une paix qui se renforce », tel est le constat de l'ancien chef de cabinet de Kofi Annan et ancien administrateur du PNUD, sur la crise au Liban, à l'issue de laquelle le partenariat entre son institution et l'Union européenne se trouve renforcé. Il est peut-être mieux que je vienne cette semaine devant la commission des affaires étrangères plutôt que la semaine prochaine, car au Moyen-Orient rien n'est figé, a-t-il aussitôt précisé, « mais à l'heure actuelle, c'est un triomphe sans équivoque ». Une fois que le Conseil de sécurité est arrivé à faire preuve de détermination, chacun s'est aligné sur cette décision et a joué son rôle, a jugé M. Malloch Brown, qui se félicite de la mobilisation « tardive certes mais réussie » des troupes de la Finul renforcée. « Nos relations ont vraiment beaucoup avancé en très peu de temps », s'est réjoui M. Malloch Brown, en insistant sur l'« excellent partenariat entre les Nations Unies et l'Union européenne ». Plus largement, la résolution de la crise au Liban s'inscrit, selon lui, dans une tendance de retour au multilatéralisme, qui lui fait dire: « Je suis frappé par le nombre de points qui sont revenus sur la table des Nations Unies ».
Un appel d'air peut-être éphémère, mais qui rend encore plus nécessaire une réforme de l'institution. Le Conseil de sécurité perd sa légitimité dans un monde qui évolue, accentuant le sentiment d'une perte de contact des populations avec son institution. Or, il faut « établir un nouveau lien avec la base pour montrer aux populations la valeur de nos activités » et dépasser le modèle de 1945, a plaidé M. Malloch Brown. Développement, sécurité et droits de l'Homme doivent être les trois piliers de la réorganisation de l'ONU. « Il faut être convaincant » en vue de concrétiser les objectifs de développement du millénaire, s'est exclamé
M. Malloch Brown, pour qui il est également nécessaire de revoir nos efforts dans les situations de conflits et de se pencher sur la nouvelle doctrine de la responsabilité de protéger.
L'instauration d'une commission de consolidation de la paix est une bonne idée pour rétablir la paix au lendemain des conflits, encore faut-il qu'elle ait les moyens de fonctionner, a rappelé Alexander Graf Lambsdorff (ADLE, allemand). De même, les débuts du nouveau Conseil des droits de l'Homme, qui remplace depuis avril dernier la commission des droits de l'Homme en tant qu'organe subsidiaire de l'Assemblée générale, a laissé de nombreux députés perplexes, notamment Simon Coveney (PPE-DE, irlandais), qui craint d'avoir affaire à « un tigre de papier ». « Pas mal de choses laissent à désirer » et les réformes ne se font pas si les Etats membres ne font pas le nécessaire, a souligné Ana Maria Gomes (PSE, portugaise), avant de rendre hommage à Kofi Annan, un « grand secrétaire général ». Dans la politique américaine actuelle, il y a un sentiment qui va à l'encontre du multilatéralisme et des Nations Unies, mais aussi des éléments pragmatiques et il ne « pourra pas y avoir des Nations Unies fortes sans participation active des Etats-Unis », a ensuite répondu M. Malloch Brown à José Ignacio Salafranca (PPE-DE, espagnol).
« La fumée n'est pas tout à fait blanche à New York », mais il ne reste pour ainsi dire qu'un seul candidat à la succession de Kofi Annan, le ministre sud-coréen des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, Ban Ki-Moon. Le vote blanc au sein du Conseil de sécurité lundi a en effet montré une majorité de suffrages en faveur de Ban Ki-Moon, sans qu'aucun membre permanent n'utilise son veto. Le candidat désigné devrait pouvoir occuper le poste de secrétaire général dès le premier janvier, a indiqué M. Malloch Brown.
En parlant aux Soudanais, José Manuel Barroso a adressé le même message que Kofi Annan afin d'obtenir un déploiement rapide des Nations Unies pour remplacer les troupes de l'Union africaine (EUROPE n° 9277), a-t-il rappelé, constatant qu'il faut plus de personnes pour faire passer ce message, mais « de façon moins ostentatoire » que par le passé. « Sans aucun doute, la Commission est un partenaire en qui le Soudan a confiance », car elle a respecté ses engagements, a estimé M. Malloch Brown, pour qui il y a un « rôle majeur à jouer par l'Europe dans la diplomatie ». Et de juger qu'il « faudrait davantage de visites de ce genre » pour « trouver une voie diplomatique privée, car Khartoum ne réagit pas très bien aux appels publics ». Nous ne disposons cependant que de quelques semaines, car l'impact est catastrophique pour les populations, a-t-il convenu avec Tobias Pflüger (GUE-NGL, allemand). (ab)