Strasbourg, 20/02/2006 (Agence Europe) - Le Parlement a décidé jeudi de reporter à mars le vote du rapport du socialiste français Benoît Hamon sur la « révision stratégique » en cours au Fonds monétaire international (FMI). Le débat a fait ressortir un large accord sur le rapport approuvé à l'unanimité en commission fin janvier (EUROPE n° 9125 et 9081). L'évolution du rôle de l'institution de Bretton Woods, qui a progressivement commencé à s'intéresser à des politiques relevant d'autres institutions internationales (OIT, OMS, PNUD, CNUCED), n'est pas allée de pair avec les réformes de gouvernance nécessaires, regrette M. Hamon, qui plaide aussi pour une refonte du système des droits de votes. L'équilibre décisionnel étant actuellement peu conforme au poids démographique des pays en développement, il faut parvenir à une représentation plus légitime, espère-t-il, en rappelant que l'Afrique, qui représente un quart des membres, ne pèse que pour 4% des voix, alors que les Etats-Unis, avec 17,11% des voix, disposent d'un droit de veto de fait pour les décisions les plus importantes.
Au cours des débats, le Commissaire aux affaires économiques et monétaires Joaquin Almunia a salué un rapport « particulièrement opportun » dans le contexte de mondialisation et de ces effets sur les missions du Fonds. « La Commission est d'accord avec les positions du rapporteur » sur la répartition des quotas et le poids des voix au FMI, a souligné M. Almunia. En revanche, « la Commission préfère une formule plus claire et plus directe » que celle proposée par M. Hamon sur un siège unique européen, indique M. Almunia, qui admet toutefois que cela ne sera pas possible à court terme. Selon lui, avant cette évolution « inévitable et souhaitable », il faudra au moins arriver à une position coordonnée, entre Etats membres. Si l'idée d'un siège unique européen apparaît en filigrane dans le rapport, la formule choisie se réfère seulement à l'étape intermédiaire, qui vise à mieux coordonner les positions des Etats membres (en particulier ceux de la zone euro), sous la forme d'un « pacte d'actionnaires ». C'est « étape par étape, pas à pas » que l'on se rapprochera d'une représentation unifiée et à terme d'un siège unique pour l'euro, estime M. Hamon, en soulignant: la coordination aurait déjà le mérite de permettre à l'UE de disposer d'une minorité de blocage, et de débloquer notamment la question de la répartition des droits de vote. La puissance européenne n'est en effet qu'apparente, car ses 31,92% des voix restent dispersées en plusieurs « circonscriptions », a-t-il expliqué.
Les politiques d'ajustement du FMI ne se sont pas toujours soldées par des succès (l'Argentine en est un exemple flagrant), a aussi constaté M. Hamon, déplorant une incapacité à « éviter parfois la contagion des crises » et une « contradiction forte » entre certaines des recommandations du Fonds et des conventions internationales, comme celles de l'OIT par exemple. Pour Jean-Louis Bourlanges (ALDE, français), rapporteur fictif de la commission du commerce international, qui a dit avoir « émis un avis en grande convergence avec le rapporteur », il faut effectivement une « meilleure coordination de l'ensemble des politiques de développement ». Or, M. Bourlanges estime ainsi que le FMI, alors qu'il fait partie d'un ensemble d'organisations, bénéficie « d'une sorte de prééminence de fait » sur d'autres organisations internationales. Selon lui, il faut donc opérer un rééquilibrage des pouvoirs, sans pour autant céder « à des vertiges démographiques excessifs ». Le conservateur britannique John Purvis a estimé pour sa part que le FMI, alors qu'il devrait revoir ses conditions d'octroi de prêts trop rigides, doit toujours avoir la possibilité d'en poser. La socialiste néerlandaise Ieke van den Burg souhaite que le FMI mette davantage l'accent sur les aspects sociaux et considère qu'il a des « leçons à prendre auprès d'autres institutions », comme la Banque européenne d'investissement (BEI), dans le dialogue avec les organisations non gouvernementales. Pour Diamanto Manolakou (GUE-NGL grecque), « le FMI est un outil pour promouvoir les intérêts capitalistes » et fait « une politique de chantage » pour imposer ses choix. Selon elle, sa réforme ne vise qu'à adopter une « démarche plus agressive », qui « conduira à une plus grande exploitation des travailleurs au niveau international ». Nigel Farage (IND-DEM, britannique) a fait entendre sa voix seulement pour regretter que celle de son pays soit inaudible au sein de l'UE, et pour avertir qu'un siège unique européen au FMI ne serait qu'une muselière supplémentaire. Plus constructifs, d'autres députés ont regretté que le FMI ne fasse pas partie du système des Nations unies et ont insisté pour que le choix de son Président ne se porte pas automatiquement sur des représentants des pays riches.