Bruxelles, 20/02/2006 (Agence Europe) - Les ministres de l'Agriculture de l'UE se sont montrés divisés, le 20 février, sur l'utilité d'une vaccination préventive des volailles contre le virus hautement pathogène (H5N1) de la grippe aviaire, découvert sur des oiseaux sauvages dans sept Etats membres de l'UE (la France depuis le 18 février, ainsi qu'Allemagne, Autriche, Italie, Grèce, Slovénie et Hongrie, qui attend toujours les résultats définitifs des analyses). Le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale examinera le 21 février les plans de vaccination préventive présentés par les Pays-Bas, qui souhaitent vacciner les volailles élevées en plein air, et la France, qui envisage de vacciner les canards et les oies qui ne peuvent pas être enfermés dans les zones humides de trois départements (Landes, Loire-Atlantique et Vendée). En outre, le Conseil a analysé les possibilités d'indemniser les éleveurs européens durement touchés par la baisse de la consommation de volailles (voir autre nouvelle). Lors du Conseil Agriculture, la France et les Pays-Bas ont défendu leurs programmes de vaccination préventive pour éviter une contamination des élevages. Une mesure qui est contestée par l'Allemagne, l'Autriche et le Danemark, notamment parce que les animaux vaccinés peuvent être porteurs du virus (et donc le répandre), sans pour autant montrer les symptômes de l'épizootie.
Lors d'une conférence de presse, le président du Conseil, Josef Pröll, a rappelé que dans l'UE le virus H5N1 de la grippe aviaire a été découvert pour le moment uniquement sur des oiseaux sauvages (cygnes et canards). Selon lui, la contamination des élevages de volailles a pu être évitée grâce aux mesures communautaires qui ont été prises par les Etats membres. « La maladie reste confinée aux oiseaux sauvages, grâce à l'exceptionnelle coopération des autorités vétérinaires des Etats membres et de la Commission », a-t-il dit. Par ailleurs, il a admis que les « avis divergent en Europe » sur le recours à la vaccination, et a précisé que des discussions à ce sujet sont en cours, notamment chez les experts vétérinaires de l'UE. « La Commission devra examiner les conclusions des experts et peser le pour et le contre d'une telle vaccination », a indiqué
M. Pröll. Les migrations d'oiseaux, semble-t-il, ne sont pas l'unique raison de l'apparition du virus en Europe, et le virus peut être introduit par des importations illégales provenant de pays tiers touchés par la grippe aviaire, a averti M. Pröll. La Commission a été invitée à examiner comment prévenir une telle éventualité, en particulier en demandant aux voyageurs des pays tiers touchés par la grippe aviaire de remplir une déclaration certifiant qu'ils ne transportent pas de produits interdits dans leurs bagages. Le Comité permanent examinera aussi cette question, de même que le renforcement des contrôles aux frontières pour lutter contre les entrées illégales de produits potentiellement contaminés dans l'UE.
Le Commissaire responsable de la santé publique, Markos Kyprianou, a reconnu qu'on ne pouvait pas exclure une contamination au sein des élevages de l'UE, mais, selon lui, il n'y a aucune raison de « céder à la panique » car une législation communautaire est déjà en place pour éradiquer l'épizootie. Il a rappelé les mesures d'abattage obligatoire prises la semaine dernière par les experts vétérinaires en cas de foyers dans les exploitations de volailles (EUROPE n°9132). L'abattage concernerait les volailles de la ferme contaminée et celles des exploitations voisines en cas de découverte de cas suspects. Les nouvelles mesures prévoient aussi la mise en place d'une zone de protection d'un rayon de 3 km autour du lieu où a été trouvé le volatile malade et d'une zone de surveillance d'un rayon de 7 km supplémentaire. Dans ce rayon total de 10 km, les volailles seraient confinées. M. Kyprianou a tenu à rappeler que la grippe aviaire est une épizootie (maladie animale) et pas une maladie humaine, même s'il y a eu « quelques cas » (de décès) en Asie et en Turquie. Ce virus « passe mal » de l'animal à l'homme et les mesures d'hygiène et de précaution à prendre sont suffisantes pour protéger les humains d'une contagion, a-t-il assuré. « Il n'y a aucune raison, pour les citoyens européens, de ne pas consommer de volailles », a renchéri le Commissaire, soulignant que la législation de l'UE garantit que « les produits infectés ne passent pas dans la chaîne alimentaire ».