Bruxelles, 24/11/2005 (Agence Europe) - Le Sommet extraordinaire des 35 pays de l'UE et du pourtour méditerranéen qui célébrera le 28 novembre à Barcelone le 10 ème anniversaire du partenariat euroméditerranéen devrait déboucher en particulier sur l'approbation d'un code de conduite et une déclaration sur la lutte contre le terrorisme, a souligné jeudi devant la presse le Président Barroso, en notant: ce serait la première fois que cela arrive « à ce niveau » entre partenaires méditerranéens. « Les pays arabes devraient profiter de cette opportunité » de rejeter l'amalgame fait parfois entre terrorisme et intégrisme islamique, a estimé José Manuel Barroso, qui s'est exclamé: Barcelone pourrait être aussi l'occasion pour ces pays de « se distancier des déclarations inacceptables du président iranien sur Israël », comme l'a fait le président de l'Autorité palestinienne. La Commissaire aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, tout en notant qu'il s'agit là d'un des thèmes « les plus délicats » du sommet, et que « nous sommes encore en train de négocier » (une réunion des hauts fonctionnaires se tient la veille du sommet), a indiqué: nous pourrions, par exemple, rejeter ensemble l'idée qu'il puisse y avoir des « safe havens » pour les terroristes.
Une autre priorité de Barcelone sera la question des immigrations: j'espère qu'on fera des progrès, car sinon nous continuerons à vivre des « crises humanitaires dramatiques », a averti M. Barroso, qui a rappelé que les plans d'action nationaux adoptés dans le cadre de la politique de voisinage de l'UE comportent beaucoup de mesures concrètes dans ce domaine (à plusieurs reprises, M. Barroso a souligné que la politique de voisinage est une « priorité clé » de la Commission, qui a eu mercredi « un très bonne discussion » à ce sujet, et a décidé de la renforcer en y impliquant activement tous ses services). Ces plans d'action sont « un investissement dans la sécurité, pour d'autres et pour nous-mêmes », a renchéri Mme Ferrero-Waldner en évoquant en particulier les plans d'action pour Israël et pour l'Autorité palestinienne. Le plan d'action avec le Maroc, a-t-elle ajouté, prévoit 75 millions d'euros pour renforcer les contrôles aux frontières, moderniser le système judiciaire et apporter un soutien en cas de « mouvements de populations ».
Pourquoi fermer à ces pays les portes de l'adhésion à l'UE alors qu'un pays comme la Turquie négocie son entrée ? A cette question, M. Barroso réplique: « la Turquie a une histoire européenne, elle a eu un empire en Europe, même si elle a une dimension asiatique », tandis qu'il n'y a « aucun projet d'adhésion de pays africains » à l'UE. Le président de la Commission répète: voici tout l'intérêt de la politique de voisinage qui vient renforcer le partenariat euroméditerranéen. « Il s'agit de travailler sur un grand projet. L'Europe, qui a été capable de détruire le Mur de Berlin doit montrer qu'elle est capable de construire un pont vers le Sud », a lancé M. Barroso, pour qui l'UE peut être fière des progrès faits en ces derniers dix ans avec ses partenaires du Sud de la Méditerranée (lorsque je participais à des réunions avec ces pays comme ministre des Affaires étrangères et Premier ministre portugais, s'est-il souvenu, « l'atmosphère était très différente, il y avait chez nous une certaine timidité à aborder certains sujets », et une attitude de rejet chez eux, alors qu'aujourd'hui « on peut discuter des questions les plus difficiles »).
i) Interrogé sur la possibilité que certains leaders de pays partenaires ne se rendent pas à Barcelone (ce serait le cas du président syrien : voir EUROPE N.9074), M.Barroso s'est limité à dire: « hélas, si certains ne veulent pas venir (…). C'est une invitation de la Présidence britannique et du gouvernement espagnol, pas de la Commission. (…) Normalement, dans ce genre de cas, les absents ont toujours tort. J'appelle à participer à un dialogue franc même sur les questions difficiles ».
Les principaux acquis du processus de Barcelone
Pour Laura Baeza, cheville ouvrière du dossier EuroMed à la Commission, la tenue de ce premier Sommet euroméditerranéen est la « reconnaissance du travail gigantesque, pas toujours visible, au cours de cette décennie de vie du processus, déployé par les services de la Commission ». Au sein des institutions européennes, des États membres et des partenaires méditerranéens, des centaines de fonctionnaires chargés de ce dossier s'emploient à lui donner un contenu et, si on inclut la société civile, les instituts de recherche, les différents réseaux sectoriels (eau, énergie, transports, développement rural, santé, etc.), des milliers de personnes sont concernées.
Il y a dix ans, les pays signataires de la déclaration de Barcelone, bénéficiant du contexte favorable des accords d'Oslo entre Israéliens et Palestiniens, se promettaient d'agir de concert pour faire de la Méditerranée une « zone de paix et de prospérité partagée » et y créer une zone de libre-échange à l'horizon 2010. Cette libéralisation des échanges, Nord-Sud, devant être complétée par des accords de libre-échange Sud-Sud devrait aboutir à former « la plus vaste zone de libre-échange au monde » (voir EUROPE n° 9069 au sujet du libre-échange en agriculture, et Au-delà de l'information N° 9073 et N° 9074). Cette perspective multilatérale dans le commerce doit être aussi accompagnée par une mise en commun de tous les défis posés à la région (politique et sécurité, développement économique, développements humains et sociaux), dans l'espoir de parvenir à des solutions communes, et en tous cas concertées. C'est ce qui aboutit notamment à d'importantes décisions dans le domaine des transports maritimes, la mise en réseau des moyens de transport de fret maritime s'ajoutant à celle, en plein développement, des réseaux d'énergie (gaz, électricité) dans une région qui recèle d'importantes ressources nécessaires à l'économie européenne. Dans le domaine commercial, outre un développement des échanges réel mais jugé encore insuffisant et marqué par un déficit persistant au détriment des partenaires de l'UE, d'importantes décisions ont été prises cette année (règles d'origine). Ces relatifs succès dans le volet économique contrastent avec les piétinements qui ont marqué le volet politique et de sécurité. Ainsi, le projet de Charte dans ces domaines a été remis dans les tiroirs, et le seul résultat concret notable est la création d'un réseau des instituts de défense, Euromesco (dont les analyses font désormais référence, autant que Femise, réseau d'instituts d'analyse dans le domaine économique). Une des questions fortement débattues dans ce volet politique est le conflit israélo-palestinien, qui a freiné la progression du processus de Barcelone, même si les pays concernés conviennent que ce n'est pas là l'enceinte appropriée pour rechercher des solutions à ce conflit. Cependant, dans le cadre de Barcelone, des amorces de dialogue ont pu être constatées et c'est, à juste raison, que l'UE se targue de pouvoir réunir à la même table Israéliens, Palestiniens, Syriens et Libanais. D'autres obstacles concernent les rapports avec la Syrie et, sous un autre angle, avec la Libye, participant potentiel au processus mais qui se contente pour l'heure d'y être en tant qu'observateur. Le troisième chapitre - matières humaines, social, culturel et immigration - a été durant ces dix ans, le parent pauvre du processus: les projets initiaux ont été abandonnés, mais diverses actions à caractère ponctuel ou répondant aux sollicitations de la société civile ont été menées, dont la plus marquante est celle qui a abouti à la création de la fondation Anna Lindh pour un dialogue des cultures. Et le Sommet devrait obtenir des résultats importants sur le dossier « migrations ».