Bruxelles, 13/07/2005 (Agence Europe) - Toute l'Union européenne consacrera deux minutes de silence ce jeudi à 12h00 heure de Londres (13h00 heures de Bruxelles) à la mémoire des victimes des attentats qui ont frappé Londres jeudi 7 juillet. Les ministres de la Justice et des affaires intérieures des 25 ont décidé cette mesure symbolique lors de leur réunion extraordinaire mercredi, destinée à manifester la solidarité européenne après les attentats de Londres. Les ministres ont adopté une déclaration commune qui « condamne les attaques terroristes de Londres », comme un « affront aux valeurs universelles sur lesquelles l'Union européenne est fondée». Le Conseil a « renforcé son engagement à lutter contre le terrorisme ».
Les conclusions mentionnent toute une série de mesures, avec date objectif d'adoption à la clef. Ni les mesures, ni la plupart des dates n'ont changé, il s'est agi avant tout pour le Conseil de réaffirmer des engagements déjà pris depuis les attentats qui ont frappé Madrid en mars 2004. Ainsi, dans ses conclusions le Conseil s'engage à approuver en septembre la troisième directive sur le blanchiment d'argent, en octobre la décision-cadre sur la rétention des données, en décembre l'ordre d'obtention des preuves, en décembre aussi deux décisions sur les échanges d'informations entre les forces de l'ordre, un règlement sur les transferts d'argent, et un code de conduite sur « l'abus des organisations caritatives par les terroristes ». Comme cela était déjà prévu avant les attentats de Londres, le Conseil européen fera le point lors de sa réunion de décembre sur l'ensemble de la lutte de l'Union européenne contre le terrorisme, et adoptera une stratégie contre la radicalisation de jeunes Européens.
Une fois de plus, les Etats membres se sont engagés à davantage utiliser l'office européen de police Europol, dont sa task-force antiterroriste, et son pendant judiciaire Eurojust. Or, seuls deux Etats, l'un des deux étant l'Allemagne, ont envoyé des représentants à la task-force de lutte contre le terrorisme d'Europol, indiquent plusieurs sources européennes. Créée après les attentats du 11 septembre 2001, cette task-force avait été supprimée, puis rétablie après les attentats de Madrid. Par ailleurs, plusieurs Etats membres, dont l'Italie, la France et la Suède, n'ont toujours pas ratifié les protocoles à la Convention d'Europol, qui permettraient de renforcer ses pouvoirs.
Au Parlement européen le matin, puis devant le Conseil l'après-midi, le ministre britannique de l'Intérieur Charles Clarke a remercié les Etats membres pour leur « soutien de première classe, pas seulement symboliquement mais aussi concrètement ». « Aucune des propositions n'est nouvelle, mais nous devons les accélérer, mettre en pratique les mesures nécessaires », a-t-il ajouté.
Le ministre français de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé en conférence de presse que la France avait rétabli temporairement les contrôles aux frontières, comme le permettent les accords de Schengen. « Si on ne renforce pas les contrôles lorsqu'il y a une cinquantaine de morts à Londres, je ne sais pas quand je le ferais », a-t-il déclaré, précisant que « c'est une décision de la France, mais j'en avais déjà informé mes collègues ». Le ministre français de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a déclaré « effrayant que des jeunes Européens deviennent kamikazes ». C'est pour lui « la principale nouveauté des attentats de Londres ». Il faut donc « surveiller les lieux de culte » et « être intolérants avec les prêches radicaux ». De plus, « on ne peut plus tolérer des associations sportives, sociales et culturelles qui ne sont que des paravents pour des activités violentes et qui appellent à la haine », a-t-il ajouté.
Les différents ministres ont fait des déclarations marquant leur solidarité avec le Royaume-Uni, et soulignant la nécessité de coopérer. Plusieurs sont revenus sur la question de la rétention des données, nécessaires, ont-ils indiqué, pour la lutte contre le terrorisme. « On a besoin de règles communes de rétention des données », a indiqué le ministre luxembourgeois de la Justice Luc Frieden. Le ministre allemand de l'Intérieur, Otto Schily, qui voulait limiter la portée du texte, inquiet pour le coût pour les entreprises allemandes de télécommunication, a déclaré qu'il « faut prévoir une meilleure utilisation des données télécom ». Le Parlement européen veut participer à la décision sur ce texte (nouvelle suivante).
Avant le Conseil, la Commission européenne a débattu du terrorisme lors de sa réunion hebdomadaire. Le Commissaire Franco Frattini a annoncé toute une série de mesures déjà connues et annoncées depuis un certain temps, en précisant qu'elles seraient adoptées en paquet d'ici septembre: rétention des données (proposition concurrente de celle du Conseil, avec autre base juridique), protection des données, interaction entre les bases de données européennes…
A l'issue du Conseil, le ministre britannique Charles Clarke a formellement démenti des déclarations faites quelques heures avant par son homologue français Nicolas Sarkozy, selon qui certaines des personnes impliquées dans l'attentat de Londres auraient été détenues au printemps de l'an dernier.