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Bulletin Quotidien Europe N° 8990
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/social/demographie

Il est urgent d'actualiser le modèle social européen, souligne la conférence ministérielle sur les changements démographiques

Bruxelles, 13/07/2005 (Agence Europe) - « André Maurois a écrit en 1940 que vieillir n'est pas autre chose qu'une mauvaise habitude. Le défi de notre société actuelle est à la fois d'accepter cette mauvaise habitude et de voir comment l'adapter pour rester actif et en bonne santé », a déclaré le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso à l'issue de la conférence ministérielle sur les changements démographiques, organisée les 11 et 12 juillet à Bruxelles à l'initiative du Commissaire Vladimir Spidla (voir EUROPE n°8984). Cette conférence marque un pas important dans ce que l'on peut appeler à présent « un processus de réflexion collective » sur l'avenir du modèle social européen, a ajouté M. Barroso.

D'entrée de jeu, un constat s'impose: l'Europe est la première région du monde à connaître en même temps trois changements: la persistance d'une basse fécondité, l'augmentation de l'espérance de vie qui permet à un grand nombre d'Européens d'atteindre un âge avancé, et enfin le vieillissement des « baby boomers » qui deviennent aujourd'hui des travailleurs âgés et des retraités. En outre, elle doit faire face à trois défis: le changement démographique, la mondialisation et les mutations technologiques. Le modèle social européen doit maintenant montrer qu'il est capable de répondre à ces défis, a souligné Vladimir Spidla.

Chiffres à l'appui, le Président Barroso a indiqué qu'en 2050: - le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans passera à plus de 20% de la population; - par conséquent, le taux de dépendance (nombre de personnes qui ne sont pas au travail/100 travailleurs) passera de 24% aujourd'hui à 50%. Dès lors les questions qui se posent sont les suivantes, a précisé M. Barroso: - comment stimuler le taux des naissances pour que l'Europe soit plus dynamique et mieux à même de créer de la croissance et de l'emploi ? ; - comment apprécier l'allongement de la durée de vie, qui signifie qu'un Européen passera ¼ de sa vie à travailler et un autre ¼ à la retraite? ; - quelle contribution peut apporter l'immigration pour revitaliser la démographie européenne ? Quant au Commissaire Spidla, il a noté que: - la « perte » de 21 millions de personnes en âge de travailler d'ici à 2030, soit 7% de la population active, fera chuter la croissance potentielle de l'Europe de 2% aujourd'hui à 1,5% dès 2015 et à seulement 1,25% en 2040 ; - en 2030, il y aura une véritable explosion de personnes très âgées: elles seraient près de 35 millions, contre 19 millions environ aujourd'hui, donc quasi le double ! Ce qui nécessitera une prise en charge adaptée par le biais de services de qualité leur offrant une meilleure accessibilité et impliquant donc la formation de personnel qualifié. Ceci nécessitera aussi des changements considérables dans nos systèmes sociaux et dans notre société, a souligné M. Spidla.

« Il faut cesser de considérer le vieillissement comme un problème de financement des retraites ou d'emploi des travailleurs âgés. Le changement démographique est un défi, pas un danger », a affirmé
M. Spidla. Comment donc réagir à ces évolutions? Plusieurs possibilités ont été envisagées par la conférence, à savoir: renforcer l'égalité entre les hommes et les femmes dans le monde du travail, promouvoir la flexibilité de l'âge de la retraite, réduire les obstacles à l'augmentation de la natalité, permettre de concilier les charges familiales et un emploi rémunéré et gérer l'immigration et l'intégration.

« Sans un engagement social fort, il n'y a pas d'Union européenne. L'idée de la solidarité est au centre du projet européen. L'UE que nous essayons de construire ne concerne pas uniquement les marchés. Mais en même temps, le succès de notre modèle social dépend d'une économie dynamique », a expliqué le Président Barroso en estimant « erroné de qualifier ceci comme une bataille entre l'Europe économique et l'Europe sociale et de dire qu'il n'y a qu'un modèle social unique. C'est faux car ce n'est pas possible dans une UE à 25 », a-t-il martelé. Et de rappeler que notre modèle social comporte deux facteurs: l'inclusion et l'égalité des chances. « C'est la traduction pratique de nos valeurs, assurant que les bénéfices des progrès seront partagés non seulement avec notre génération mais aussi avec la suivante. Le modèle social n'est pas seulement une question de coûts, c'est un investissement dans une bonne santé, une bonne éducation et de fortes conditions sociales », a ajouté M. Barroso. La modernisation de notre modèle social « peut renforcer le côté de l'offre, en corrigeant les tendances démographiques par exemple par l'immigration ou un redressement de la natalité, et le côté de la demande en aidant par exemple les plus jeunes à trouver un emploi ou en retardant l'âge moyen de départ à la retraite des travailleurs âgés en activité ». Comment l'Europe pourra-t-elle: - faire plus d'enfants, les élever, les éduquer ?; - accroître la participation de tous et toutes à l'emploi pour assurer la croissance de notre vie ?; - être solidaire de nos parents et de nos aînés ? « Nous devons admettre que la combinaison du vieillissement, de faibles taux de fécondité et de la mondialisation produit un cocktail très explosif pour nos systèmes de protection sociale. Il faut des solutions de grande envergure qui combine l'action publique et la responsabilité individuelle, des solutions qui respectent les responsabilités nationales dans ce domaine mais qui reconnaissent en même temps qu'une approche commune peut souvent aider les Etats membres et les acteurs locaux à élaborer leur réponse », a affirmé M. Barroso. Et de conclure par une mise en garde: « L'Etat providence de demain ne sera pas le même que l'Etat providence d'aujourd'hui. Nous devons travailler pour moderniser et actualiser notre modèle de façon à ce qu'il soit mieux à même de répondre aux besoins de demain ». M. Barroso a indiqué qu'au G8 de Gleneagles, le Président russe Vladimir Poutine avait signalé qu'il allait mettre le changement démographique à l'ordre du jour du prochain sommet du G8 qui se tiendra en 2006 à Saint Pétersbourg.

Cette conférence ministérielle sur les changements démographiques était la première dans le cadre de la préparation du Livre vert de la Commission sur le vieillissement démographique, lancé en mars dernier. Les conclusions des consultations seront reprises dans un Livre blanc que la Commission présentera d'ici fin 2005 et dans lequel elle formulera des propositions concrètes dans le cadre de la méthode ouverte de coordination, a annoncé le Commissaire Spidla. Ont notamment participé à cette conférence les ministres britannique David Blunkett (Travail et Pensions), autrichien Ursula Haubner (Sécurité sociale, Générations et Protection des consommateurs), finlandais Sinikka Monkare (Affaires sociales et santé) et de la République tchèque Zdenek Skromach (Travail et Affaires sociales) mais aussi le Commissaire aux Transports Jacques Barrot, des représentants des institutions européennes, des partenaires européens, d'ONGs et des experts de haut niveau.

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