Parma, 22/01/2005 (Agence Europe) - C'est dans l'euphorie et la légèreté tranchant avec le sérieux de ses activités scientifiques que l'Autorité européenne de Sécurité des aliments (EFSA) a inauguré, mardi à Parme, son siège officiel au Palazzo Ducale - un édifice historique, particulièrement indiqué pour un événement qualifié d'"historique pour l'EFSA, pour Parme, pour la sécurité alimentaire des citoyens de l'UE". Tous l'ont souligné lors de la cérémonie d'inauguration. Tant le Premier ministre italien Silvio Berlusconi, que le président de l'EFSA, Stuart Slorach, son directeur exécutif, Geoffrey Podger, le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, accompagné par le Commissaire à la Santé et la protection des consommateurs, Markos Kyprianou, et les autorités locales italiennes: le maire de Parme, Elvio Ubaldi, et le président de la Région Emilie-Romagne, Vasco Errani. Des représentants de la Bulgarie et de la Roumanie ont été invités à la cérémonie.
Etablie légalement en janvier 2002 par le règlement européen 178/2002/CE, l'EFSA a été créée à la suite d'une série de crises alimentaires dont la vache folle et la dioxine ont marqué les esprits. Avec la nouvelle approche européenne de la sécurité alimentaire, consignée dans les principes généraux et prescriptions du règlement qui l'a instituée, l'EFSA fut la réponse apportée par l'UE aux préoccupations des citoyens européens quant à la sécurité des aliments et à la capacité des instances réglementaires à assurer pleinement la protection de leur santé.
Parme, haut lieu de la culture et de la gastronomie, consacré siège officiel de l'instance pivot de la sécurité alimentaire dans l'Union chargée de l'évaluation et de la communication des risques alimentaires, de la ferme à la table: c'était le rêve de l'Italie. Silvio Berlusconi ne s'est pas privé de le souligner en rappelant qu'il avait dû, en son temps, "jouer au play boy" dans un intense travail diplomatique face à son homologue finlandais (défenseur d'Helsinki pour accueillir l'EFSA) avant que le Sommet européen de décembre 2003 ne choisisse finalement Parme (Helsinki devrait, en contrepartie, héberger la future agence européenne des produits chimiques: NDLR). Mais au-delà du rappel humoristique d'une petite bataille anecdotique, tous ceux qui ont assisté à l'événement partageaient la même joie. Au lendemain de l'échec historique du Conseil européen de Bruxelles, l'événement prenait toute sa saveur. « Je suis très heureux d'accueillir José Manuel Barroso. Sa présence souligne l'importance de l'EFSA, symbole d'une Europe qui défend ses citoyens, d'une Europe préoccupée par la santé de ses citoyens qui a été mis en danger par la crise de la vache folle, d'une Europe qui veut s'occuper de protéger l'alimentation, la santé, la qualité des cultures et le bien-être animal de la ferme à la table. Nous devons porter toute notre attention à la transformation et à la conservation des aliments (…). Parme est au coeur de ces activités. Elle doit être une ville européenne moderne, dotée d'une infrastructure adéquate. L'aéroport de Parme doit monter en puissance. Une école européenne a été établie pour accueillir les enfants du personnel européen. Nous pouvons être fiers », a déclaré Silvio Berlusconi devant la presse. José Manuel Barroso a parlé, lui, d'un « grand jour » qui voit officialiser le siège d'une des agences à laquelle les citoyens européens et la Commission « accordent beaucoup d'importance ». Félicitant les autorités locales, M. Barroso s'est réjoui que l'EFSA ait élu domicile « à Parme, et non à Bruxelles car l'Union européenne, ce n'est pas Bruxelles » et que « la Communauté européenne est née en Italie », avec le Traité de Rome. « Nous avons des problèmes actuellement, mais nous pouvons les surmonter. Et même dans les moments difficiles, nous prenons des décisions. Avant-hier avec le Canada, hier avec les Etats-Unis pour le dialogue transatlantique, demain à Bruxelles pour accueillir la conférence de stabilisation de l'Irak. L'Europe est au travail. Nous travaillons », a déclaré le Président de la Commission, en saluant le travail de l'EFSA au service de « la vie concrète des citoyens, de la protection de leur vie, de leur santé », dans une ville qui a « un goût prononcé pour la civilisation et la gastronomie ». Geoffrey Podger a dit un grand merci aux autorités locales pour leur célérité, leur efficacité et leur sens de l'accueil: « Nous sommes très heureux d'établir notre résidence permanente à Parme et nous sommes vraiment reconnaissants aux autorités italiennes des efforts qu'elles ont déployés (…). Nos effectifs devraient doubler dans les deux ans à venir pour atteindre trois cents agents à la fin de 2006 », a-t-il déclaré.
C'est au Palazzo Ducale qu'auront lieu les réunions du conseil d'administration et les grandes réunions de l'EFSA. Le personnel de l'EFSA, déjà en partie installé à Parme (50 personnes sur 150), travaille, lui, au siège opérationnel provisoirement installé au bâtiment DUS (Direzione Uffici Sanitari). Des discussions sont en cours pour déterminer la meilleure option pour une installation définitive (au centre ville ou en banlieue), mais la décision devra être prise sur la base d'un accord entre les autorités locales, l'EFSA et l'autorité budgétaire (Conseil/Parlement européen). Au cours d'une conférence de presse, au siège opérationnel de l'EFSA, le Dr Herman Koeter, directeur scientifique, a précisé qu'au total cinq cents experts externes, membres des institutions scientifiques nationales, travaillent avec l'EFSA au sein des huit panels et des divers groupes de travail, avec l'appui de soixante-cinq experts internes à l'EFSA.
L'EFSA a quatre missions: - répondre aux questions de la Commission européenne, du Parlement ou des Etats membres (à un rythme de 170 questions par an) ; - évaluer les risques des substances réglementées comme les pesticides, les OGM, les additifs ou les substances chimiques en général (30% de son travail); - assurer la surveillance de certains facteurs de risques comme l'ESB (vache folle) par exemple, et rédiger un rapport annuel sur les zoonoses; - investir dans le progrès scientifique dans le domaine de la sécurité alimentaire, via l'organisation de colloques internationaux.
En dressant les grandes lignes du bilan 2004 de l'EFSA (qui a déjà 200 avis à son actif: voir EUROPE n° 8968), Geoffrey Podger a insisté sur un point: « l'EFSA demeure une organisation jeune et en pleine évolution ». Son conseil d'administration vient de décider la création d'une plate-forme de tous les acteurs intéressés, notamment pour qu'ils participent à l'amélioration du programme de travail. « Toutes les fonctions de l'EFSA sont actuellement en cours d'examen, et le résultat de l'évaluation sera transmis en fin d'année à la Commission et au Parlement européen pour décider d'éventuelles modifications, si nécessaire », a-t-il annoncé. Le budget de l'EFSA était de 38 millions d'euros en 2005, et l'autorité espère pouvoir compter sur 46 millions l'an prochain. La seule ombre dans le tableau très positif dressé par le directeur exécutif: le problème de transport pour rejoindre Parme, faute d'un nombre suffisant de lignes aériennes à l'aéroport de Parme ou à Milan Malpensa, mais Geoffrey Podger a dit sa confiance dans les autorités locales pour trouver une solution. Que peut-on attendre de l'EFSA dans un avenir proche ? « Deux avis très importants », l'un sur les risques d'ESB chez la chèvre (publication mardi prochain), l'autre sur les risques génotoxiques et cancérogènes, a répondu le directeur exécutif. Mais silence et bouche cousue sur le contenu de l'avis attendu sur la sécurité des poissons offerts à la consommation, « pour ne pas priver le Parlement européen de la primeur ». En réponse à un journaliste qui l'interrogeait sur le reproche fait à l'Agence d'émettre des avis sur les OGM à partir des données fournies par de grands groupes comme Monsanto sans procéder elle-même à l'évaluation des risques, Geoffrey Podger a rappelé l'indépendance des experts scientifiques et précisé que les données fournies par les entreprises étaient complétées par celles de centres de recherche. Quant à savoir si la sécurité alimentaire doit être synonyme de standardisation des produits ou de promotion de la diversité, respectueuse des traditions culturelles. Geoffrey Podger n'a pas d'hésitation: « La sécurité n'exige en aucune manière la standardisation, mais tous les produits alimentaires doivent être sûrs, qu'ils soient traditionnels ou non. Il n'y a pas de contradiction entre la sécurité et l'existence d'une large gamme de produits traditionnels ». De quoi satisfaire tous les citoyens européens amateurs de bonne chair et de qualité au moindre risque pour leur santé.