Bruxelles, 21/10/2004 (Agence Europe) - Les quatorze ministres de l'Environnement ou de la Santé de l'UE qui ont accepté de se prêter au test sanguin proposé par le WWF (Worldwide Fund For Nature) en juin dernier ont tous des produits chimiques dans le sang. Et pas qu'un peu. Au total, cinquante-cinq substances chimiques industrielles ont été détectées, soit 53% des 103 substances recherchées par le laboratoire qui a fait l'analyse. Au vu des analyses sanguines, les substances identifiées sont des substances auxquelles tout un chacun est exposé dans sa vie quotidienne puisqu'elles sont notamment utilisées dans les sofas ininflammables, les poêles à frire qui n'accrochent pas, les boîtes à pizza, le PVC souple, les parfums et les pesticides. Nombre de ces substances sont persistantes, bioaccumulatives et perturbatrices du système hormonal des êtres humains comme des animaux. Certaines d'entre elles sont interdites depuis plusieurs dizaines d'années, ce qui n'empêche pas de les retrouver dans le corps humain. Avec 43 substances identifiées dans l'organisme du ministre le plus contaminé et 33 pour le moins contaminé, la moyenne s'établit à 37 substances chimiques par ministre testé. Vingt-cinq substances étaient présentes chez tous les ministres: un retardateur de flamme, deux pesticides et 22 PCB.
Les résultats de cette étude, publiés mardi par l'organisation de défense de la nature, sont sans surprise. Ils confirment en effet les conclusions du test analogue auquel s'était déjà soumis la Commissaire à l'Environnement Margot Wallström, et certains députés européens (voir EUROPE du 7 novembre 2003). Quoi qu'il en soit, ces résultats plaident pour une nouvelle politique stricte de l'UE en matière de produits chimiques et apportent de l'eau au moulin du WWF qui compte parmi les défenseurs acharnés d'un règlement REACH très rigoureux plaçant l'intérêt de la santé humaine et de l'environnement devant les intérêts industriels. Commentant ces résultats, Karl Wagner, directeur de la campagne Dtox du WWF, déclare: « Les ministres sont tous contaminés par des produits chimiques industriels dont les effets sont très largement inconnus. On a dû mal à croire que les législateurs seraient enclins à autoriser plus longtemps cette expérimentation incontrôlée. L'industrie chimique argumente, avec un sérieux apparent, qu'elle ne peut pas se payer le luxe d'établir si ses produits sont dangereux. Le WWF affirme que pour l'amour de la vie sur terre et de notre planète, nous ne pouvons pas nous permettre de faire l'économie de cette certitude ».
Le chrétien-démocrate allemand Karl-Heinz Florenz, qui préside la commission de l'environnement et de la santé publique du PE, estime, lui, que ces résultats vont dans le sens de ce qu'il préconise, à savoir l'établissement d'un ordre de priorité dans les substances chimiques à évaluer, et de critères très précis pour cette évaluation (EUROPE du 20 octobre, p.13). Il affirme: « L'analyse du WWF me conforte dans mon exigence que les produits chimiques entrant en contact avec le consommateur doivent être évalués en premier (…), dans les trois à cinq ans qui suivront l'entrée en vigueur du règlement REACH ».