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Bulletin Quotidien Europe N° 8800
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/commission barroso/relations exterieures

Mme Ferrero-Waldner veut renforcer l'efficacité de la politique extérieure de l'UE par une meilleure cohérence et coordination - Un siège permanent pour l'UE au Conseil de sécurité de l'Onu - Dialogue "ouvert et franc" avec la Russie

Bruxelles, 05/10/2004 (Agence Europe) - L'UE n'a pas encore le poids politique nécessaire pour jouer le rôle qui devrait être le sien au niveau international pour être un "acteur global" face aux multiples crises et conflits internationaux. D'ou la nécessité de mobiliser "toutes les forces et instruments possibles" pour développer la contribution que l'UE peut fournir dans des domaines où des capacités existent déjà: la prévention des conflits, la gestion des crises, le renforcement du multilatéralisme, la lutte contre la faim et la pauvreté et la promotion des droits de l'Homme et de la démocratie. Tel était le message principal que la Commissaire désignée aux relations extérieures, la ministre des Affaires étrangères autrichienne Benito Ferrero-Waldner, a lancé dans son introduction à son audition mardi devant la commission des Affaires étrangères du PE. L'UE doit être forte à l'intérieur, pour être capable de parler d'une seule voix à l'extérieur, et elle doit être cohérente dans tout ce qu'elle fait sur le plan international, a-t-elle dit. C'est pourquoi la Commission Barroso s'efforcera de coordonner l'ensemble de ces actions extérieures, non seulement au sein de la Direction générale des relations extérieures (Relex), mais aussi avec toutes les autres politiques qui ont une dimension extérieure: commerce extérieur, coopération au développement, élargissement, énergie, etc., a expliqué Mme Ferrero-Waldner. La coordination entre les institutions de l'UE est également primordiale: la future Commissaire aura donc une "coopération très étroite" avec son "ami de longue date" Javier Solana. En outre, "dès que le traité constitutionnel sera signé", la Commission et le Conseil se mettront au travail pour mettre sur pied le nouveau service diplomatique européen prévu dans la Constitution et qui devrait également contribuer à rendre l'action internationale de l'UE plus visible et plus efficace.

Passant facilement de l'allemand au français, à l'espagnol et l'anglais, Mme Ferrero-Waldner a répondu à des questions touchant une très grande variété de sujets; elle l'a fait correctement, avec compétence et faisant preuve d'une bonne connaissance des dossiers, mais en apparaissant parfois trop vague ou évasive dès qu'il s'agissait de prendre clairement position sur des sujets politiquement délicats. Avec une exception, peut-être: sa demande que l'UE puisse disposer d'un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, "un organe qui ne reflète plus la réalité dans le monde d'aujourd'hui" (où elle a travaillé elle-même, avec le Secrétaire général Boutros-Ghali: NdlR). Si l'UE parvient à parler d'une seule voix, alors il sera "logique" qu'elle puisse avoir son propre siège dans cet organe de décision de l'ONU. Est-ce que cela signifie que la Commissaire prendra une initiative concrète dans ce sens? ont voulu savoir Antonio Tajani (PPE, italien) et Poul Nyrup Rasmussen (PSE, danois). Non, il s'agissait plutôt d'une "idée générale", d'un projet à long terme qui ne sera sans doute pas réalisable du jour au lendemain, mais qui devrait néanmoins être poursuivi avec détermination, affirme Mme Ferrero-Waldner.

Parmi les nombreux sujets évoqués par les députés, ce sont les relations avec la Russie qui ont dominé. L'UE a tout intérêt à ce que la Russie soit démocratique, stable et forte et l'UE continuera à la soutenir dans ce sens, "mais la Russie doit aussi agir envers nous". L'UE accepte que la Russie refuse de faire partie de la politique européenne de voisinage (PEV) et qu'elle veille à être traitée séparément, dans le cadre d'un "partenariat stratégique" particulier, "quelque chose qui me tient aussi beaucoup à coeur", a dit Mme Ferrero-Waldner. Dans le cadre de ce partenariat stratégique, il est avant tout question de la création des "quatre espaces communs", "mais croyez-moi, je poursuivrai aussi un dialogue politique très ouvert" avec Moscou sur toutes les questions, "y compris les questions sensibles" telles que la Tchétchénie et la démocratie en Russie. En réponse à une question de Helmut Kuhne (PSE, allemand) sur les "causes internes" des récentes attaques terroristes en Russie, notamment en Tchétchénie, la Commissaire désignée a exprimé de la compréhension pour "le souci de la Russie de préserver l'intégrité de son territoire" - tout en condamnant les moyens utilisés par Moscou "car les droits de l'Homme doivent être respectés, même dans la lutte contre le terrorisme". Une solution politique en Tchétchénie est nécessaire, mais elle aurait été plus facile à obtenir en 2000, a-t-elle estimé. Répondant à Alexander Graf Lambsdorff (ALDE, allemand), Mme Ferrero-Waldner a reconnu que "la démocratie en Russie est très clairement en train de faire marche arrière" et cette évolution inquiétante doit être soulevée dans un dialogue "ouvert et franc" dans lequel "rien ne doit être épargné". "Ne croyez pas que je sois incapable de parler ouvertement seulement parce que je suis une femme", s'est-elle exclamée.

Un autre sujet largement évoqué par les parlementaires était la politique européenne de voisinage (PEV). Il s'agit là d'une "politique clé" qui sera une priorité de la prochaine Commission Barroso. Interrogée par plusieurs députés (notamment polonais) sur la position de l'Ukraine, Mme Ferrero-Waldner a rappelé que la PEV n'est pas un instrument destiné à mener les pays bénéficiaires à l'adhésion à l'UE, tout en soulignant que dans le cas de l'Ukraine, "la porte (à une future adhésion) est ouverte, elle n'est pas fermée" et que l'avenir des relations avec l'UE dépendra de l'attitude de Kiev. Quant au Bélarus, le pays s'est jusqu'ici auto-disqualifiée de la PEV et tant que la démocratie reste ce qu'elle est, il n'y aura pas de changement de politique de la part de l'UE (sauf un soutien renforcé aux forces démocratiques dans la société civile), a-t-elle dit. Les relations avec les Etats-Unis resteront une priorité de la future politique étrangères de l'UE et le 10ème anniversaire de la Déclaration transatlantique, en 2005, sera peut-être l'occasion de revitaliser cette relation avec de nouvelles impulsions positives, a dit la Commissaire désignée. Concernant le conflit israélo-palestinien, Mme Ferrero-Waldner s'est limitée à répéter les positions bien connues de l'UE: la feuille de route doit être respectée dans son intégralité par toutes les parties, le plan de retrait israélien de la bande de Gaza doit se faire dans les conditions prévues et il ne peut constituer qu'un premier pas dans la mise en oeuvre de la feuille de route, les Palestiniens doivent mieux assumer leurs obligations de contrôle et de sécurité (alors que des progrès ont été faits dans la réforme de l'Autorité palestinienne et dans la lutte contre la corruption), l'UE peut jouer un rôle mais en consultation avec la communauté internationale (notamment au sein du Quartette). A propos de l'Afghanistan, l'UE ne pourra pas accepter que, après la libération du régime des Talibans, le pays devienne un "Etat narco-mafieux". C'est pourquoi l'UE et la communauté internationale devront rester sur place "certainement encore pendant dix ans".

Interrogée sur le financement de la future politique extérieure et de la place qu'elle devrait prendre dans les prochaines perspectives financières (2007-2013), Mme Ferrero-Waldner a souligné qu'une action extérieure de l'UE plus efficace, plus active et plus visible aura évidemment besoin de "plus d'argent, et j'espère que le Parlement européen me soutiendra à cet égard". Mais comme le gouvernement autrichien (dont elle est toujours membre) défend actuellement une politique budgétaire européenne restrictive (demandant un plafonnement des dépenses à 1% du PIB de l'UE), Mme Ferrero-Waldner a préférée de rester évasive sur la question de son compatriote Hannes Swoboda (PSE) qui voulait savoir si elle appuyait les propositions budgétaires de la Commission Prodi: Il s'agit là d'une "base de négociation" que les chefs d'Etat et de gouvernement devront utiliser pour parvenir à un accord final, a-t-elle simplement estimé.

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