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Bulletin Quotidien Europe N° 8543
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Pour en finir avec l'hypocrisie, la démagogie et l'ignorance à propos du volet agricole des négociations commerciales de l'OMC

Au vu des positions prises à Cancun, aucun compromis n'était possible sur le volet agricole des négociations commerciales de l'OMC. On pouvait espérer que les arguments de l'UE sur ce volet auraient été pris en considération au moins par les médias européens et par les hommes politiques des Etats membres. Il n'en a rien été. Je ne demande pas que les arguments de l'UE soient acceptés et partagés, mais qu'ils soient au moins cités et discutés. Vain espoir. Les journalistes sur place à Cancun ne reprenaient le plus souvent que ce qu'ils lisaient sur la presse de langue anglaise, ou - pour se sentir "progressistes" - ils se faisaient l'écho des manifestations des mouvements qui s'étaient fixé comme objectif l'échec de la réunion de Cancun. Les agitations dans les rues sont évidemment plus spectaculaires que les réunions des délégués, et il est normal d'en rendre compte; mais on pourrait quand même laisser aussi une petite place aux positions de l'UE, fruit d'un long travail préparatoire et approuvées, au sein du Conseil, par tous les gouvernements de l'Union.

Cinq constatations. J'invite ceux qui épousent si facilement les thèses anti-européennes (y compris parfois au sein du Parlement européen) à démentir s'ils le peuvent ces constatations:

1. La suppression des aides aux agriculteurs européens signifierait la fin de l'agriculture en Europe, parce qu'aucune production ne serait rentable aux prix mondiaux (sauf quelques spécialités chères et raffinées, et menacées d'ailleurs par les contrefaçons). Ce serait la mort de la civilisation européenne: adieu à nos paysages et à nos traditions, aux efforts d'équilibre territorial, à un niveau de vie équitable dans les campagnes, au respect pour les animaux, à ce qui reste de la biodiversité, aux villes vivables.

2. L'ouverture des frontières à tous les produits des autres continents provoquerait, selon les calculs des services de la Commission, la disparition des quatre cinquièmes des exploitations agricoles de l'Union, car l'avalanche de produits importés (en provenance essentiellement des pays du groupe de Cairns et des Etats-Unis) remplacerait la production européenne. Les Européens seraient nourris par les agriculteurs des autres continents. L'UE perdrait son autonomie alimentaire et serait soumise à tous les chantages, ce qui impliquerait automatiquement la renonciation à une autonomie politique véritable.

3. Les pays pauvres ne tireraient que des avantages apparents et éphémères de la suppression des frontières agricoles de l'UE, car ils seraient amenés (par appât d'un gain illusoire et sous les pressions politiques et du commerce international) à multiplier les monocultures pour l'exportation, à l'avantage des multinationales, des commerçants et, dans quelques cas, de responsables politiques corrompus, au détriment des populations et notamment des paysans. Les pays pauvres ont besoin au contraire de revenir aux productions vivrières, destinées en premier lieu à leurs populations, en renouant avec les traditions et le savoir-faire du passé, détruits par le colonialisme. La monoculture pour l'exportation vers les pays riches, c'est l'un des pires héritages du passé colonial et l'intérêt bien compris de ces pays est de s'en libérer.

4. L'UE (qui est le premier importateur mondial de produits agricoles des pays pauvres, et entend le rester) ne pourrait d'aucune manière importer les volumes mirifiques de denrées alimentaires qu'annoncent certaines études imbéciles des experts de tel ou tel organisme de l'ONU, car elle ne représente que 5% environ de la population mondiale (et le même pourcentage des terres émergées). Retenir comme objectif prioritaire, voire exclusif, des négociations agricoles internationales l'ouverture du marché européen, qui est limité et non extensible car sa population est plutôt suralimentée que le contraire, c'est délirant. Alors que des millions et millions d'êtres humains ailleurs souffrent de faim ou en sont menacés! La politique agricole mondiale que préconisent le Groupe de Cairns et le Groupe des 21 est une aberration, face aux besoins réels de l'humanité; elle profiterait à un tout petit groupe de pays et à des intérêts bien définis. Ceux qui la soutiennent en s'agitant dans les rues sont le jouet de ces intérêts, alors que la réduction des souffrances bien réelles de millions d'êtres humains est le dernier de leurs soucis.

5. Le libre-échange mondial en agriculture ne provoque que des ravages. Le dernier exemple en est offert par les paysans mexicains soumis à la concurrence des Etats-Unis. La volonté de l'Europe de promouvoir la sécurité alimentaire, la protection de l'environnement et le bien-être des animaux préfigure la seule politique appropriée pour sauver l'humanité et le monde. Elle devrait être prise en exemple, renforcée et autant que possible généralisée, au lieu d'être ignorée ou caricaturée.

Malheureusement, je ne crois pas du tout au titre que j'ai choisi pour cette page. Ce n'est pas demain que l'ignorance, la démagogie et l'hypocrisie disparaîtront de ce débat. (F.R.)

 

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