Bruxelles, 09/07/2003 (Agence Europe) - La Commission européenne a présenté, ce mercredi, les grandes lignes d'une stratégie destinée à « revitaliser » le partenariat avec les pays d'Asie du Sud-Est (ASEAN) auxquels elle propose un cadre de coopération plus vaste, efficace et flexible qu'auparavant. L'offre, qualifiée d' « exhaustive » et « réaliste » à Bruxelles, porte à la fois sur des accords bilatéraux de troisième génération englobant les droits de l'Homme, la bonne gouvernance, les migrations et la lutte contre le terrorisme, et sur un plan d'actions commerciales de bloc à bloc, l'initiative transrégionale UE/ASEAN (TREATI) destinée à amener les partenaires à développer et à faciliter leurs échanges et investissements sans aller à ce stade jusqu'à les engager dans la voie du libre-échange. Ce n'est qu'après la fin du Cycle de Doha et en fonction des progrès accomplis d'ici là en termes de convergence réglementaire, que l'Union pourra « sérieusement » se pencher sur la question soulevée par certains pays asiatiques et, avec une insistance particulière, par Singapour. Les Commissaires Chris Patten et Pascal Lamy présenteront officiellement cette communication « pour un nouveau partenariat avec l'Asie du Sud-Est » à l'occasion de leurs visites respectives dans la région, les 23 et 24 juillet prochains.
"L'Asie devrait toujours figurer au sommet de l'agenda européen", estime M.Patten, car "nous ne sommes pas seulement des partenaires commerciaux majeurs. Nous sommes aussi des partenaires dans la lutte contre le terrorisme, le crime organisé et le trafic de drogue. L'Europe est le premier donateur d'aide au développement (...) mais nous pouvons faire davantage ensemble - et la communication de ce jour énonce une stratégie flexible pour une coopération approfondie avec pays individuels dans un cadre régional". Ce faisant, renchérit M.Lamy, les Européens ouvrent aussi "un nouveau chapitre dans les relations commerciales avec l'Asean. L'initiative TREATI contribuera à renforcer la confiance entre les deux régions: nous sommes prêts à égaler le niveau d'ambition qu'ils se sont fixé dans leur propre processus d'intégration régionale", a-t-il indiqué.
Nombreuses sont les raisons qui motivent cette démarche déjà évoquée par les Européens en septembre 2001, lorsqu'ils ont adopté leur « cadre stratégique pour des partenariats renforcés entre l'Europe et l'Asie ». "Nous avons tous deux pris conscience du fait que nos relations sont en dessous de leur potentiel après des années de fascination pour les nouveaux tigres asiatiques et après la crise financière de 1997 dont ils ne se sont pas encore totalement rétablis en termes d'image, en particulier aux yeux des investisseurs" et: « nous appréhendons la relation non seulement au niveau économique et commercial où les intérêts et objectifs communs sont évidents mais d'un point de vue holistique », souligne-t-on à la Commission, en mettant un nouvel accent sur « les nombreux traits et valeurs en commun, ainsi que les intérêts politiques importants, y compris un profond respect pour la diversité culturelle, religieuse et linguistique et un engagement en faveur de l'intégration régionale - et il ne faut surtout pas sous-estimer les efforts faits en Asie aux fins d'intégration régionale. C'est très important pour nous». Les deux blocs partagent en outre le même « intérêt pour un monde multipolaire » et réalisent de plus en plus que nombre des défis à relever sont « véritablement globaux, comme le terrorisme, la dégradation de l'environnement, les maladies, le crime organisé, qui ne peuvent être efficacement traités que par la coopération au niveau international ». Il fallait enfin éviter une fois pour toutes de laisser la question birmane continuer à dominer les relations et les rencontres avec le reste de l'Asie du Sud Est. "La nouvelle communication insiste sur des manières souples d'avancer en contournant ce cas particulier qui bloque les relations avec la région dans son ensemble", admet-on à Bruxelles.
Dans ce document, la Commission se penche sur la manière de rendre "plus productif" le cadre institutionnel existant qu'il n'est pas question d'abandonner mais qui donne traditionnellement lieu à des "discussions répétées sur les mêmes sujets". Pour éviter cet autre écueil, elle propose d'identifier plus clairement les questions à soumettre aux rencontres Europe-Asie (ASEM), à l'ASEAN et à l'ARF (forum sur la sécurité dans la zone Asie-Pacifique auquel participent les pays d'Asie, y compris la Corée du Nord, ainsi que la troïka européenne, les Etats-Unis, la Russie, le Canada, l'Australie et la Nouvelle Zélande). Six priorités stratégiques sont suggérées pour commencer à optimiser les actions conjointes de l'Europe et de l'Asie, en particulier: 1. Soutien à la stabilité régionale et à la lutte contre le terrorisme, un terrain où le renforcement de l'ASEAN semble être le meilleur garant de la paix et la stabilité régionale et l'UE pourrait y contribuer en utilisant l'ASEAN et l'ASEM pour poursuivre ses dialogues politiques et partager son expertise de l'intégration régionale, si nécessaire. 2. Droits de l'Homme, principes démocratiques et bonne gouvernance (les nouveaux accords bilatéraux devront tous contenir la clause "d'élément essentiel"; sans exclure de lancer des dialogues spécifiques avec l'un ou l'autre pays de la région. 3. Justice et affaires intérieures (une dimension que l'UE veut intégrer dans ses relations extérieures). 4. Redynamiser les relations commerciales et d'investissement. 5. Soutien au développement des pays les moins prospères. 6. Dialogue et coopération dans des domaines spécifiques (science et technologie, éducation et culture, transport, énergie, environnement, société de l'information).