Bruxelles, 05/02/2003 (Agence Europe) - Des parlementaires de l'UE (du PE et des parlements des Etats membres) et des douze pays du pourtour méditerranéen ont discuté le 4 février, à Bruxelles, de la politique européenne en matière d'émigration, en essayant d'amorcer une approche commune aussi bien sur les conditions d'accueil et d'encadrement qu'en matière de conditions d'accès et de séjour et, en arrière-fond, sur les moyens de lutter contre l'immigration clandestine. La discussion avait lieu dans le cadre du « groupe de travail, migrations et échanges humains », instauré lors de la dernière session du Forum parlementaire euro-méditerranéen, à Bari en juin 2002, qui recommandait la mise au point d'un texte commun (le Forum parlementaire, qui doit se mener à moyen terme en assemblée parlementaire paritaire, n'a pas encore de procédures ou de mécanismes décisionnels) en prévision de sa prochaine session, en mars prochain en Crête.
La réunion du groupe de travail, co-présidée par Jorge Hernandez Mollar et Abdelwahad Radi, Président de la Chambre des représentants marocaine, s'est déroulée en l'absence de la plupart des pays du nord de l'UE, en particulier du Royaume-Uni, pourtant considéré comme un pays clé dans ce dossier sensible de l'immigration. Même désaffection du côté des pays de la Méditerranée orientale (Machrek, Israël et Palestine et surtout la Turquie, autre pays significatif, représentés parfois par un diplomate observateur). « Le problème est sérieux, il est vieux comme le monde, depuis que les hommes ont posé entre eux des frontières, et les limites sont souvent imposées par des gouvernements démocratiquement élus», a déclaré M. Hernandez Mollar, pour signifier l'inéluctabilité des politiques de visas. Les nouvelles règles au titre de « Schengen » sur le cautionnement des demandes de visas ont été jugées par des députés du sud de la Méditerranée contradictoires avec la volonté de réguler les flux migratoires sans entraver les échanges humains (société civile, hommes d'affaires, journalistes et intellectuels, etc.).
« La migration appelle une action coordonnée (...), une responsabilité partagée », a affirmé M. Hernandez Mollar et le thème a été illustré par des expériences évoquées par des parlementaires des pays de départ actuels ou anciens (Italie, France, Espagne). Un consensus s'est dégagé sur le besoin de lever un tabou: les quotas. La Tunisie a fait valoir son expérience, à savoir ses accords bilatéraux avec l'Italie, l'Autriche et bientôt l'Espagne avec lesquelles il a été convenu de répondre à une demande de main-d'œuvre par une offre de personnels encadrés et formés linguistiquement, et parfois techniquement, avant d'être autorisés à émigrer. L'Egypte a aussi souhaité que l'on s'attelle à cette tâche d'encadrement par un effort conjoint. Le Maroc a fait état de ses contacts avec les pays de destination pour la mise en place de politiques de régulation et de contrôle, d'autant plus qu'il est aussi un pays de transit. Tous les participants ont insisté sur la lutte contre l'immigration clandestine et surtout contre les réseaux de passeurs. L'eurodéputé Giovanni Fava (DS) a expliqué: « en tant que Sicilien, je suis aux premières loges ». Et il a souhaité que « la citoyenneté européenne soit accordée à tous les résidents ».
La Commission européenne, par la voix d'un de ses fonctionnaires, a rappelé le contexte politique et institutionnel dans lequel elle conçoit sa mission en ce domaine (décisions du Conseil européen de Tampere et à Séville), et a souligné qu'elle entend régler ce « problème complexe » par le « dialogue à tous les niveaux ». Les participants ont évoqué les discussions au sein du processus de Barcelone autour d'un projet de texte commun sur les affaires intérieures et la justice qui sera probablement soumis à la prochaine rencontre ministérielle, en avril en Grèce. L'objectif, au niveau européen, est d'aboutir à une « politique d'admission commune ». La Commission compte aussi sur le nouvel instrument statistique MEDASTAT pour mieux connaître la situation concrète.