Bruxelles/Washington, 05/02/2003 (Agence Europe) - La réunion, potentiellement décisive, que la Maison Blanche prévoyait de consacrer à l'affaire des OGM en ce début de semaine, a été reportée « sine die ». « On a appris que cette réunion interministérielle était annulée, hier soir. On ne sait pas pourquoi », a-t-on indiqué, ce mardi, de source européenne. Ponctuant des années de pression croissante contre le maintien de l'embargo européen sur les organismes génétiquement modifiés, le Représentant américain au Commerce Robert Zoellick s'est récemment positionné en faveur de l'ouverture d'un contentieux à Genève en vue d'obtenir un jugement de l'Organisation mondiale du commerce qui contraindrait les Européens à ouvrir leur porte aux « aliments Frankenstein ». Tandis que les appels en ce sens se multiplient au sein du Congrès, du côté européen, la Commission vient de rappeler, par la voix de David Byrne, que la balle est dans le camp des Etats membres, dont certains continuent de rechigner face à la possibilité désormais entière de lever le moratoire en vigueur depuis 1998. Le Commissaire à la santé et à la protection des consommateurs avait également mis en garde Washington contre un probable durcissement de l'opposition des consommateurs en cas de tentative de leur imposer ce dont ils ne veulent manifestement pas (voir EUROPE du 31 janvier, p.14).
A Washington cette semaine, Franz Fischler, qui a profité de cette visite pour « défendre le point de vue européen » auprès de son homologue à l'Agriculture Ann Veneman et du Représentant au commerce Robert Zoellick, a estimé que c'était « le bon moment pour dire aux autorités responsables - (qui) sont dans une sorte de processus décisionnel - ce que nous voyons comme conséquences négatives d'une possible plainte américaine à Genève ». « On pourrait en effet se poser la question: cela ne vaudrait-il pas la peine d'attendre trois ou quatre mois ? Vous verriez alors un résultat (…) que notre système fonctionne » et « nous pourrions éviter beaucoup de dommages de part et d'autre de l'Atlantique », a-t-il dit, en signalant à ses interlocuteurs que l'UE en est « aux ultimes stades de son processus législatif » (les futures mesures de traçabilité et d'étiquetage). La ministre britannique de l'Agriculture Margaret Beckett, qui a rencontré Mme Veneman de son côté, a fait référence à « d'autres intérêts suffisants » pour dissuader les Américains de faire intervenir l'OMC dans cette affaire, et son homologue belge Annemie Neyts a mis en garde contre le risque qu'une plainte ne déclenche « une bataille majeure ».
Du côté américain, si l'on semble encore se tâter - quoique avec sérieux - sur l'opportunité d'une plainte à l'OMC, la quête d'alliés a commencé. « Je suis tout à fait confiant qu'il y en aura d'autres », a indiqué Peter Allgeier, le vice-Représentant au commerce, en se refusant à en dire plus, hormis: « Pensez seulement à des puissances exportatrices de produits agricoles ». De passage à Genève mercredi, M.Allgeier a signalé qu'il était en consultation avec des alliés potentiels et qu'il ne pensait pas « que nous aurons à décider s'il faut y aller seul ».
M. Byrne appelle les Etats membres à lever leur moratoire
Lors d'une conférence de presse, le Commissaire David Byrne a confirmé mercredi que les Etats-Unis n'avaient pas saisi l'OMC d'une plainte pour protester contre le maintien du moratoire. Selon lui, ils ne devraient pas mettre leur menace à exécution dans les prochains jours. M. Byrne a appelé une nouvelle fois les Etats membres concernés à lever le moratoire, en rappelant que les résultats des études scientifiques ont prouvé que les OGM ne sont pas dangereux pour la santé humaine et que « nous avons mis en place, au niveau communautaire, une législation sur le point d'être finalisée destinée à s'assurer que les informations utiles soient mises à la disposition du grand public pour qu'il sache s'il souhaite ou non consommer des produits contenant des OGM ». Il a ajouté que l'UE s'était évertuée à garantir aussi la traçabilité de ces produits, laquelle est « indispensable » pour « assurer la crédibilité de l'étiquetage ». « Nous avons pris en compte les avis scientifiques et mis en place la législation…maintenant tournons la page ! La conclusion de tout cela, c'est que nous devons lever le moratoire », a-t-il déclaré enfin.