Bruxelles, 29/01/2003 (Agence Europe) - Le débat sur la crise irakienne, qui a eu lieu mardi après-midi au Parlement européen, a été marqué par un soutien quasi unanime à la poursuite des inspections et à la recherche d'une solution pacifique dans le cadre des Nations unies. Une résolution doit être adoptée ce mercredi.
Le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, a insisté sur un engagement actif de l'Europe dans la lutte contre la prolifération, alors que de nombreux députés brandissaient des panneaux décrétant: "No war". "Les inspecteurs ont besoin de moyens, de temps et de renseignements. La communauté internationale doit les leur fournir", a dit M. Solana en soulignant la nécessité de rester dans le cadre des Nations unies et de "faire en sorte que la résolution 1441 permette que le désarmement de Saddam Hussein ait lieu sans recourir à la force". "Les citoyens européens disent clairement deux choses: ils ne veulent pas de guerre et ne veulent pas de dictateurs dans le monde. Nous devons rendre ces deux choses compatibles", a-t-il ajouté. M. Solana a ensuite commenté les élections israéliennes en notant qu'il s'agissait de la plus faible participation depuis 1967. Il a félicité M. Sharon pour sa victoire en l'encourageant à former un gouvernement de coalition qui souhaite vraiment mettre fin à la guerre. Dès que le gouvernement sera formé, il faudra faire en sorte que la feuille de route du Quartette devienne réalité, a-t-il ajouté.
Le Commissaire Chris Patten a noté que "nous sommes aujourd'hui confrontés à la prolifération dans trois régions: le Cachemire, la Péninsule coréenne et le Golfe", et qu'il faut "fonder notre approche sur l'autorité morale et juridique des Nations unies". Après avoir évoqué la "nature répressive et brutale du régime de Saddam Hussein" (il a fait référence au rapport d'Emma Nicholson sur les Arabes des marais), il a réaffirmé que la résolution 1441 est une dernière chance, et qu'elle devra être appliquée parce que la crédibilité de l'ONU est en jeu. "Toute personne sensée devrait souhaiter un règlement pacifique (…). Ce serait bon pour l'ONU, pour l'Irak, pour la région, et même excellent pour le monde", a-t-il dit.
Le président allemand du groupe PPE-DE, Hans-Gert Pöttering (CDU), a salué la position adoptée lundi par le Conseil de l'UE et, après avoir souligné que l'Irak est dirigé par "un tyran et un génocidaire", il a dit qu'il faut "travailler à une solution pacifique", tout en insistant sur la nécessité d'une coopération active du régime irakien. Et d'expliquer que l'Europe doit choisir une voie moyenne entre le soutien de la politique américaine et l'impunité de Saddam Hussein. M. Pöttering a aussi affirmé que s'ils détiennent des renseignements, les Etats-Unis doivent les dévoiler. "Nous sommes pour une politique claire de pressions (…) contre une attaque préventive (…) qui aurait des effets dévastateurs au Proche-Orient", a affirmé le président espagnol du groupe socialiste Enrique Baron qui s'est prononcé pour la poursuite des inspections pendant deux mois comme l'a demandé M. El Baradei. Il a dit à M. Solana qu'il devrait ajouter à ses félicitations à M. Sharon une invitation à "cesser de mépriser l'Europe et à prendre en compte notre volonté de paix et de coopération". "Les libéraux insistent pour que les inspecteurs soient autorisés à poursuivre leur travail", a déclaré le président britannique du groupe ELDR, Graham Watson, non sans souligner que l'Irak doit coopérer: M. Blix doit faire son prochain rapport le 14 février et il reste peu de temps avant le verdict de la communauté internationale. "La guerre doit toujours constituer une solution de dernier recours", a-t-il estimé, en demandant que Saddam Hussein soit traduit devant la Cour pénale internationale en raison du génocide perpétré contre les Arabes des marais. M. Watson a aussi mis en garde les députés qui s'apprêtent à aller en Irak contre le risque de se faire manipuler. Le président français du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, a vivement critiqué "l'administration la plus belliqueuse de l'histoire des Etats-Unis" et lancé un avertissement contre "la banalisation de la guerre". Il s'est prononcé pour la poursuite des inspections et pour la prohibition des armes de destruction massive partout dans le monde. Il a précisé que trente députés se rendront à Bagdad la semaine prochaine. Le coprésident allemand du groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a estimé que la présence des forces américaines et britanniques autour de l'Irak qui ne peut pas bouger donne du temps pour l'action diplomatique. "Nous avons un an. Réglons le problème israélo-palestinien et vous verrez que toutes les masses arabes seront capables de nous applaudir pour régler son compte à Saddam Hussein", a-t-il lancé. Tout en soulignant que la guerre doit être l'ultime recours, le Portugais Luis Queiro a dit, au nom du groupe UEN, que la communauté internationale doit rester ferme. Affirmant que, en raison du nombre de victimes de Saddam Hussein, "il ne faut pas parler de guerre mais de libération", le Néerlandais Bastiaan Belder a affirmé, au nom de l'EDD, qu'il ne servirait à rien de prolonger les inspections.