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Bulletin Quotidien Europe N° 8389
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le Commissaire européen Chris Patten invite les Britanniques à indiquer s'ils appuient l'objectif d'affirmer la position de l'Europe dans le monde - Un texte ministériel londonien renforce les perplexités

Un certain soulagement. C'est avec un certain soulagement que j'ai lu dans "Le Monde" du 25 janvier la déclaration suivante de Chris Patten: "Pour la Grande-Bretagne, la question demeure: sommes-nous à l'intérieur ou à l'extérieur? Sommes-nous à moitie détachés ou sommes-nous partie prenante au processus consistant à affirmer la position de l'Europe dans le monde? Tant que nous n'aurons pas tranché, il sera difficile pour la Grande-Bretagne de partager le leadership avec l'Allemagne et le France." Je suis soulagé car je constate que même des personnalités britanniques se posent la question. Le Commissaire européen aux relations extérieures, parlant des Britanniques à la première personne ("sommes-nous…"), exprime les mêmes doutes, les mêmes perplexités qui ont été soulevés à plusieurs reprises dans cette rubrique, et surtout la même exigence: il faut que le Royaume-Uni choisisse.

Pendant un certain nombre d'années, la réponse avait été escamotée: au nom du pragmatisme; la Grande-Bretagne avait obtenu que l'UE ne se pose pas le problème. Ce pragmatisme consistait à saisir les possibilités de progrès qui se présentaient de jour en jour, sans s'interroger sur le point d'arrivée. Maintenant, avec la Convention qui prépare une Constitution pour l'Europe, avec la PESC et avec la PESD, ce n'est plus possible. L'existence de pro-Européens convaincus de nationalité britannique n'est pas en cause: il suffit de songer à l'action intelligente et efficace d'Andrew Duff pour en être conscients. Au niveau gouvernemental, je suis parmi ceux qui croient à la sincérité de Tony Blair, et j'ai eu plusieurs fois l'occasion de l'écrire: à mon avis, il souhaiterait vraiment que son pays soit au coeur de la construction de l'Europe. J'estime aussi que le représentant du gouvernement britannique à la Convention, Peter Hain, exerce ses fonctions de bonne foi. Mais l'un et l'autre doivent tenir compte de l'opinion publique et de la presse, dont l'hostilité à l'égard de l'intégration européenne ne se dément pas. Et même à l'intérieur du gouvernement, certaines prises de position sont déroutantes.

M.MacShane pour une Europe "terre à terre". Lecteur, as-tu connaissance de l'article publié dans "Le Monde" la semaine dernière par le ministre britannique aux affaires européennes, Denis MacShane? Le titre est: "pour une Europe terre à terre". Voici l'attaque, assez éloquente: "l'Union européenne est-elle en train de mettre la charrue politique devant les boeufs économiques?" La thèse de M.MacShane est que l'Europe doit concentrer ses efforts sur les défis économiques que sont la croissance économique et l'emploi. Or, toutes les institutions de l'UE se battent évidemment pour ces objectifs, mais le ministre britannique en fait l'objectif unique de l'Europe. Personne ne conteste qu'il faut maintenir la pression en faveur de la libéralisation du secteur de l'énergie, du "ciel unique", du brevet européen et d'autres réformes. M.MacShane y ajoute une dure critique à l'encontre des syndicats qui "préfèrent faire alliance avec les éléments les plus conservateurs des milieux d'entreprise, des groupes de pression locaux et même des églises, pour mettre le holà aux réformes", et il prophétise: "un jour, les historiens se montreront abasourdis à l'idée qu'en 2003 l'UE consacrait encore près de la moitié de son budget aux subventions agricoles". Son souhait s'exprime en une question: "L'année 2003 verra-t-elle le grand retour de l'Europe terre à terre?"(1).

Ce souhait et cette conception de l'Europe ne sont pas tout à fait identiques à ceux exprimés par Valéry Giscard d'Estaing, qui préside la Convention chargée de dessiner l'Europe future. VGE a déclaré dans sa dernière interview: "Après cinquante années consacrées à l'intégration économique, avec comme couronnement la monnaie unique, nous arrivons au début d'une deuxième étape qui durera peut-être aussi longtemps. Elle se caractérise (…) par l'acceptation de la dimension politique de l'Union."

Une dernière remarque. M.MacShane affirme que "l'Europe terre à terre" est "celle pour laquelle nous avons posé la première pierre de la construction européenne dans les années 1950". Son affirmation devrait être nuancée d'un double point de vue: a) le "nous" de M.MacShane peut difficilement se référer à ses compatriotes, qui avaient refusé de participer à la "première pierre" et essayaient plutôt de la démolir par un projet de "zone de libre-échange"; b) le projet de Jean Monnet et Robert Schuman n'était pas exactement un projet d'Europe "terre à terre", mais une vision politique d'avenir(2). (F.R.)

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(1) L'expression "terre à terre" pourrait être une traduction approximative de l'expression anglaise "down to earth", qui serait mieux rendue par l'expression française: "les pieds sur terre". Mais c'est ainsi, avec le titre malheureux cité, que le texte de M.MacShane a été présenté à l'opinion publique française et aux lecteurs internationaux du "Monde".

(2) J'ai essayé de le prouver dans cette rubrique du 14 mai dernier, en m'appuyant sur le volume "Un changement d'espérance", superbement édité par la Fondation "Jean Monnet pour l'Europe".

 

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