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Bulletin Quotidien Europe N° 8306
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/pesc

Irak et relations transatlantiques au centre du débat sur la PESC

Strasbourg, 26/09/2002 (Agence Europe) - L'histoire démontre amplement la capacité de l'Union européenne d'oeuvrer pour la paix, mais, lorsqu'il s'agit de guerre ou de paix, l'Europe ne parle pas d'une seule voix, a regretté Elmar Brok (CDU), président de la commission des affaires étrangères lors du débat en plénière, mercredi, de son rapport concernant les progrès dans la mise en vigueur de la PESC au cours des douze derniers mois (voir aussi EUROPE d'hier, p.5). L'exemple le plus évident est celui de l'Irak: M.Brok critique vertement à la fois Tony Blair et Gerhard Schroeder, en affirmant que l'UE n'a pas de position commune, alors qu'une Europe forte pourrait amener les Etats-Unis à trouver avec leurs alliés une solution pacifique dans le cadre de l'ONU. M. Brok a critiqué aussi le développement de l'UE sur le plan militaire: « l'année prochaine, nous serons en mesure de mobiliser une force de 60 000 hommes, mais elle sera aveugle et boiteuse », car elle ne possède ni satellites ni moyens de transports adéquats. La solution: une politique européenne indépendante des armements. De façon plus générale, M. Brok estime que l'Europe doit jeter des ponts vers les pays qui ne peuvent appartenir à l'Union, notamment la Russie. Dans ce contexte, la proposition de la Commission sur Kaliningrad lui semble un pas dans la bonne direction.

Le Commissaire aux relations extérieures Chris Patten s'est dit d'accord avec le rapporteur sur les grandes tâches auxquelles doit faire face la PESC, aucune desquelles n'est facile: - la relation avec les Etats-Unis: nous sommes unis contre le terrorisme, nous partageons les mêmes valeurs, mais notre interprétation de ces valeurs n'est pas toujours la même; - la fidélité à une approche multilatérale de la politique étrangère; - les structures de la PESC et ses relations avec l'OTAN: si l'UE n'a pas accès aux moyens de l'OTAN, elle ne sera pas en mesure de prendre la relève de l'Alliance en Macédoine; - les relations bilatérales avec les principaux pays du monde, et en particulier la Russie, qui devient un "partenaire stratégique de plus en plus important". Chris Patten a insisté également sur les conséquences de l'élargissement sur la PESC, avant de passer aux points plus « chauds » de l'actualité internationale: les Balkans occidentaux (où il faudra préserver l'intégrité du processus de stabilisation et d'association), l'Afghanistan (où il faudra aider le gouvernement à étendre son autorité sur tout le territoire) et l'Irak. A propos de cette dernière crise, M. Patten a répété qu'il est impératif de respecter l'autorité des Nations unies et le droit international. « L'action politique se situe maintenant à New York et c'est là qu'elle doit être », mais en même temps il faudra contrôler de près si les inspections peuvent être effectuées « sans excuses, sans prévarications, sans "si" ou " mais"» , a-t-il conclu.

La libérale suédoise Cecilia Malmström a admis qu'on puisse critiquer l'allié transatlantique, mais c'est insurgée contre un anti-américanisme qui ne fait, selon elle, que couvrir les faiblesses de l'Europe. Pour le socialiste luxembourgeois Jacques Poos, en revanche, dans l'affaire irakienne, le chancelier Schröder a eu le courage de dire tout haut ce que la majorité des citoyens pensent tout bas: c'est un geste d'émancipation de l'Europe face aux « tentatives impériales du Pentagone ». M. Schröder n'est certainement pas mon porte-parole, a contrecarré le conservateur britannique Geoffrey van Orden, qui invite les Européens à oublier la « distraction » d'une force d'intervention rapide européenne séparée de l'OTAN et à agir plutôt au sein de l'Alliance. Les choix de George Bush aboutissent à une sorte de pax romana qui, aux temps des Romains, n'était pas une vraie paix, a répliqué Luisa Morgantini, élue italienne de la Gauche unitaire, pour qui Saddam doit « être changé », mais c'est à son peuple de le faire, en choisissant le chemin de la démocratie. Vous n'avez rien proposé en ce qui concerne l'Irak, a dit à son tour Catherine Lalumière, élue française du groupe socialiste, qui déplore également la paralysie de la politique méditerranéenne, qui pourrait pourtant jouer un grand rôle en faveur de la paix. On voit ici les limites de la démarche intergouvernementale en politique étrangère: eh bien, il faut changer de méthode, a affirmé l'ancienne Secrétaire générale du Conseil de l'Europe.

Le rapport d'Elmar Brok était discuté lors d'un débat commun couvrant aussi le rapport du travailliste britannique Gary Titley sur le contrôle des exportations d'armements. Deux parlementaires belges, Nelly Maes (Verts/ALE) et Johan Van Hecke (PPE/DE) ont insisté sur le fait que le code de conduite doit être contraignant: la Belgique, a déploré Mme Maes, a adopté le code mais exporte vers le Népal, le Pakistan, l'Inde. Et M. Van Hecke a attiré l'attention sur le fait que, selon une étude, la moitié des livraisons d'armes ne respecterait pas les règles sur les certificats de destination.

En adoptant le rapport Brok, le PE a notamment invité le Conseil à adopter une position commune contre une intervention en Irak, alors qu'il a rejeté un amendement de la GUE/NGL demandant à l'UE de refuser toute idée de guerre préventive. Le rapport Titley insiste en particulier sur la prise en compte du contrôle du courtage en armement dans le code de conduite sur les exportations d'armements; mais la plénière a rejeté des amendements des Verts/ALE demandant notamment que le code soit intégré dans la législation des Etats membres, que l'UE établisse une liste de pays vers lesquels les Etats membres interdiraient tout exportation d'armes et que les Etats membres rompent toutes relations dans le domaine de l'industrie militaire avec les parties en guerre au Proche-Orient. Les deux résolutions seront publiées dans EUROPE/Documents.

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