Luxembourg, 27/06/2002 (Agence Europe) - Alors que les services du Commissaire Franz Fischler peaufinent leurs propositions sur la révision à mi-parcours de la politique agricole commune (Pac), qui devront être adoptées par la Commission le 10 juillet, le ministre français de l'Agriculture, Hervé Gaymard, a pris les devants lors du Conseil Agriculture de jeudi à Luxembourg en s'opposant à toute réforme anticipée de ce secteur. De leur côté, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont déclaré que les propositions de la Commission semblaient aller dans la bonne direction.
La France a profité de la présentation de son mémorandum sur "La mise en œuvre des accords de Berlin sur la Pac" pour s'opposer à certaines des intentions de la Commission. Lors d'une conférence de presse, le ministre français, M. Gaymard, a dit que son pays refusait toute dégressivité des aides et avait des difficultés avec la modulation (un système trop compliqué et qui ne fonctionne pas, selon lui). Il a indiqué aussi que son pays ne voulait pas "déshabiller" le 1er pilier, celui des dépenses de marché, pour "habiller" le second pilier, celui du développement rural. Il a privilégié le maintien d'un premier pilier "solide" et capable d'assurer le "maintien de la paysannerie". Dans son mémorandum, la France refuse toute nouvelle baisse des prix, notamment des céréales, alors que la Commission s'apprêterait à proposer une baisse de 5% du prix d'intervention, à partir du 1er juillet 2004, qui serait accompagnée augmentation de 3 euros/t de l'aide directe. "Il ne faut pas mélanger les exercices: la France est disposée à rentrer dans le débat de fond sur l'évolution de la Pac, un débat qui se déroulera entre 2004 et 2006 (…) conformément au rendez-vous programmé au Conseil européen de Berlin", a déclaré M. Gaymard. Il a estimé que la révision à mi-parcours devait permettre d'améliorer le fonctionnement de certains secteurs (vin, fruits et légumes, volaille, protéines végétales) et de régler définitivement le problème des importations de céréales en provenance de la mer Noire.
Lors d'une autre conférence de presse, la ministre allemande Renate Künast a déclaré que les propositions de la Commission "vont dans le bon sens", tout en ajoutant qu'elle souhaitait encore en examiner les conséquences budgétaires. La Britannique Margaret Beckett a estimé en marge du Conseil que les propositions de la Commission "vont dans la direction souhaitée", tout en émettant des réserves au sujet du projet de plafonner les aides à 300 000 euros par exploitation. Le Portugal a aussi présenté sa contribution en se prononçant pour le renforcement du pilier des dépenses de marché (voir EUROPE du 21 juin, p.12). Précisons que la Commission envisagerait, outre le découplage et le plafonnement des aides à 300 000 euros par exploitation, une réduction de 3% par an des aides à partir de 2004 pour atteindre une réduction de 20% en sept ans. Les économies ainsi réalisées (500 à 600 millions d'euros par an à partir de 2005) seraient redistribuées aux Etats membres pour le développement rural.