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Bulletin Quotidien Europe N° 8230
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Deux mauvais exemples et une orientation encourageante dans le domaine des échanges agricoles avec les pays tiers

A qui profite l'ouverture du marché de l'UE aux produits agricoles des pays tiers? Je n'ai pas envie, et le lecteur non plus sans doute, de répéter les raisons pour lesquelles j'estime que l'UE doit rejeter la formule des zones de libre-échange dans le domaine agricole et garder sous contrôle l'ouverture de son marché. Ce n'est certes pas en détruisant l'agriculture européenne et en encourageant le tiers monde à la monoculture pour envahir le marché d'un continent dont les habitants souffrent de suralimentation plutôt que du contraire que l'on contribuera à la lutte contre la faim dans le monde. Ceci dit, je me limite cette fois-ci à citer deux cas qui prouvent que les mesures de démantèlement de l'agriculture européenne profitent en premier lieu aux trafiquants et aux faussaires, et à signaler un effort qui va peut-être dans la bonne direction.

Viande bovine, sucre et spéculations. Le premier cas concerne le contingent tarifaire à droit réduit pour la viande bovine congelée. L'UE s'est engagée à ouvrir chaque année un contingent de 53.000 tonnes de viande désossée. Pour la période 1 juillet 2002/30 juin 2003, le contingent vient d'être ouvert par un règlement de la Commission publié au Journal Officiel n° L/147 du 5 juin. Voici quelques passages de l'exposé des motifs: "ce contingent s'est caractérisé dans le passé par un niveau de spéculation croissant". Il y a donc lieu de changer de méthode de gestion "en établissant des critères de participation plus stricts, de manière à éviter, en particulier, l'enregistrement d'opérateurs prête-noms (…). Il convient de prévoir des sanctions dans les cas où des opérateurs prête-noms ont demandé à être enregistrés ou dans les cas où l'agrément a été accordé sur la base de documents faux ou falsifiés (…). La garantie devrait être fixée à un niveau relativement élevé et la transmissibilité des certificats d'importation devrait être exclue." En espérant que ce soit suffisant…

Le deuxième cas concerne les importations de sucre en provenance des Balkans occidentaux, au titre des "mesures commerciales exceptionnelles" prises par l'UE en faveur de ces pays à partir de 2001, leur ouvrant le marché européen sans droits de douane et sans contingents. Pour le sucre, ce sont la Macédoine et la Croatie qui utilisent ce régime, et la Serbie se prépare à le faire. Or, la Macédoine ne produit pas de sucre (elle raffine des quantités modestes de sucre importé) et les autres pays sont traditionnellement importateurs nets. Leurs exportations en 2000 étaient inférieures à 1.000 tonnes, mais ils en ont exporté 70.000 en 2001, et environ 85.000 dans les cinq premiers mois de 2002, si bien que les commerçants sont à la recherche de sucre de remplacement pour le marché intérieur, notamment dans l'Union européenne elle-même! C'est clairement une opération spéculative; une partie des exportations vers l'UE était frauduleuse car le sucre n'était pas originaire du pays exportateur. L'OLAF s'en occupe déjà. Et voici comment une initiative politique en faveur des Balkans profite en réalité à des commerçants sans scrupules, sans aucun avantage pour l'économie et la population des pays concernés.

Je n'ai cité que des cas mineurs, qui heureusement n'impliquent pas des pays dramatiquement sous-alimentés. Mais ils sont significatifs.

Romano Prodi, le CIHEAM et la Méditerranée. Je passe au côté positif. Romano Prodi a fait le point la semaine dernière sur les orientations et le fonctionnement de la coopération euro-méditerranéenne, en exposant des idées qui visent à rendre effective la relance dont on parle toujours mais que l'on ne voit jamais (voir notre bulletin du 10 juin, p. 17). L'occasion était bien choisie: le quarantième anniversaire du CIHEAM (Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes), organisme qui s'efforce d'orienter les relations agricoles entre l'UE et les pays tiers méditerranéens vers la collaboration à la place de la confrontation et de la concurrence. Le président de la Commission a parlé d'un "nouveau projet politique", en confirmant ainsi que le projet actuel, axé trop exclusivement sur la création d'une zone de libre-échange d'ici 2010, n'est ni réaliste ni approprié. Cet objectif n'est pas abandonné, mais il est vu comme un instrument de la coopération à côté d'autres, en direction d'une "relation spéciale" impliquant non seulement l'économie mais aussi la dimension sociale et culturelle. Et surtout l'objectif ne doit pas être l'invasion des marchés réciproques, mais la création de complémentarités, la recherche de "terrains d'entente raisonnables qui permettent de concilier la libéralisation des échanges et la nécessité de préserver les équilibres du marché", avec la définition d'intérêts communs tels que "la défense et la valorisation des produits de qualité, la sécurité sanitaire des produits agricoles". Le CIHEAM a donné naissance à un dialogue politique permanent au niveau des ministres de l'Agriculture des pays riverains, dont peuvent sortir des initiatives concrètes et des propositions utiles pour orienter l'engagement de l'UE tel qu'il est conçu par Romano Prodi. C'est très difficile et présuppose ce qui fait encore si cruellement défaut, c'est-à-dire la collaboration entre les pays méditerranéens et le développement des échanges entre eux. Bon courage. (F.R.)

 

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