Strasbourg, 15/05/2002 (Agence Europe) - S'exprimant le 14 mai devant la plénière à Strasbourg, le ministre espagnol de l'Intérieur Mariano Rajoy a dressé un bilan très positif des quatre premiers mois de la Présidence espagnole de l'UE en matière de Justice/Affaires intérieures, en relevant des "avancées vers un système européen d'asile et dans la gestion des flux migratoires", mais aussi dans le respect de l'égalité des chances des immigrés, la coopération avec les pays tiers et d'origine, la lutte contre l'immigration clandestine et la traite des êtres humains. Le Président du Conseil a rappelé les initiatives récentes en la matière (par exemple, normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres, création d'un modèle uniforme de visas et de formulaires pour établir au sein des Etats membres un document permettant aux personnes de voyager au sein de l'UE, gestion intégrée des frontières extérieures de l'UE, plan d'action contre l'immigration illégale, etc.), et a annoncé que le Conseil JAI des 13 et 14 juin à Luxembourg allait discuter de la création d'une banque de données pour les visas.
S'exprimant ensuite au nom du Commissaire responsable du dossier JAI Antonio Vitorino (retenu au Canada pour le G8 Justice), son collègue aux Relations extérieures Chris Patten a souligné le lien très étroit qui existe "entre politique de l'immigration et politique étrangère" et noté que le débat sur l'immigration légale et illégale et la lutte contre la traite des êtres humains est un "débat qui doit être mené avec doigté, honnêteté et bonne volonté". La Commission, a dit M. Patten, continuera à assurer le suivi des débats, notamment en ce qui concerne l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres, le statut des réfugiés ou encore la mise en place du système Eurodac. Et il a annoncé que la Commission présentera prochainement une communication sur un système d'échange d'informations sur l'immigration avec les pays d'origine et planifiera la mise en place d'un Observatoire virtuel sur l'immigration.
"Les flux d'immigration vers l'UE augmentent sans cesse mais la capacité d'accueil de nos pays n'est pas illimitée. Une bonne gestion de l'immigration est le grand défi actuel", a constaté Gerardo Galeote Quecedo (PPE-DE, Espagne). Le député espagnol a demandé à la Commission de présenter au Parlement un rapport sur la lutte contre les mafias et la criminalité organisée et sur la coopération avec les pays tiers et de transit, et s'est dit "d'accord sur le lien qui existe entre politique étrangère et politique de l'immigration". "Ce qu'il nous faut, c'est une diplomatie européenne commune, un grand pacte européen pour l'immigration", a-t-il conclu. Anna Terron i Cusi (PSE, Espagne) s'est prononcée "pour une politique de l'immigration qui s'adapte au marché de l'emploi", tout comme Fiorella Ghilardotti (Democratici di sinistra). Le président du groupe libéral Graham Watson a déclaré: "Les libéraux sont pour une arrivée légale des immigrants, par la grande porte, ce qui signifie qu'il faut une politique de gestion coordonnée de l'immigration entre Etats membres (...), et une approche intégrée de la politique de l'immigration du point de vue moral, économique et humanitaire", a-t-il précisé. La verte britannique Jean Lambert voudrait une politique de gestion commune de l'immigration et de l'asile comportant "des normes supérieures à celles d'aujourd'hui". Pernille Frahm (GUE/NGL, Danemark) a noté la détérioration actuelle de la situation en s'exclamant: 21 millions de personnes en fuite cherchent asile! Cristiana Muscardini (UEN, Italie) a demandé de lancer d'urgence "une police européenne des frontières qui travaille sur terre et sur mer, ainsi qu'une banque de données", et de faire une distinction nette entre immigrants légaux et illégaux, ces derniers pouvant être sans le savoir au service de la criminalité". Le Danois Ole Krarup, Europe des démocraties et des différences, s'est dit "honteux" que son pays "soit pionnier d'une politique de l'immigration à courte vue".
"L'immigration (…) engendrera de grandes transformations dans l'UE", a reconnu Mariano Rajoy à l'issue du débat, dont il a tiré les conclusions suivantes: 1) l'Europe a été et sera un pays d'accueil; 2) l'immigration doit se faire légalement mais ne peut pas se développer à l'infini car cela risque d'engendrer une grande marginalisation; 3) l'effort pour intégrer les personnes provenant de l'étranger - qui doivent elles aussi accepter les coutumes et conditions de vie du pays d'accueil - est le fait des administrations nationales; 4) la lutte contre l'immigration illégale implique une amélioration des systèmes policiers et de visas, mais il faut avant tout transformer la politique de l'immigration en l'un des grands axes de la politique étrangère en Europe.