Strasbourg, 15/05/2002 (Agence Europe) - Lors du débat du PE sur les GOPE et le Pacte de stabilité, de nombreux députés se sont prononcés pour une politique plus volontariste en matière de croissance et d'emploi. Le rapporteur sur les Grandes orientations des politiques économiques (GOPE) pour 2002, Bruno Trentin (Democratici di sinistra), a estimé devant la plénière que même si les prévisions font état d'une reprise de la croissance en Europe au cours du deuxième trimestre 2002, "on ne peut pas se contenter d'attendre la reprise aux Etats-Unis". Selon lui, il faut définir le cadre d'une stratégie coordonnée des politiques économiques et sociales des pays de la zone euro et de l'UE capable de lutter efficacement contre la tendance à la récession. Tout en admettant que des finances publiques saines et un niveau modéré de la dette publique constituent une base de la stabilité et de la croissance, l'ancien leader syndicaliste italien estime qu'il faut pouvoir utiliser dans un sens large les possibilités offertes en matière d'investissements publics et privés (recherche et innovation, promotion de l'apprentissage tout au long de la vie, infrastructures adaptées nouveaux besoins des systèmes intégrés des entreprises…). Dans ce contexte, il se déclare favorable à la méthode de la "coordination ouverte" (adoptée au Sommet de Lisbonne) pour les politiques d'investissement.
Ioannis Marinos (PPE-DE, grec), rapporteur sur la mise en œuvre du Pacte de stabilité et de croissance, a estimé que les programmes de stabilité et de convergence des Etats membres étaient conformes aux conditions du Pacte, malgré la dégradation de la conjoncture économique et les difficultés constatées en Allemagne et au Portugal. Cependant, il a reconnu que le taux de croissance reste bas et le taux de chômage trop élevé, surtout chez les jeunes. Il faudrait donc, selon lui, mener des politiques économiques "plus volontaristes" pour créer plus d'emplois. La commission économique et monétaire du PE estime que le Pacte doit être "scrupuleusement" respecté, et condamne les divergences constatées en Allemagne et au Portugal, a-t-il déclaré. Herman Schmid (GUE/NGL), rapporteur pour avis de la commission de l'emploi au sujet du rapport de M. Trentin, a déclaré que les GOPE doivent prendre en compte les changements conjoncturels (stagnation économique) et a souligné le rôle des initiatives régionales ou locales de création d'emplois. Pour l'Autrichien Othmar Karas (PPE-DE), ceux qui souhaitent remettre en cause le pacte de stabilité et de croissance "agissent en totale irresponsabilité". Pour Robert Goebbels (PSE, luxembourgeois), les socialistes "disent oui à la nécessaire politique de stabilité", mais "la stabilité ne peut être une fin en soi, elle doit servir la croissance". C'est pourquoi, "l'Europe a besoin d'une politique de croissance plus volontariste" et pour se faire, "il faut investir davantage dans les infrastructures européennes". L'ancien ministre de l'Economie a ajouté que les réseaux de communication et les réseaux de transport d'énergie sont aussi "un facteur de développement et de croissance", et que dix ans après le lancement des réseaux transeuropéens, "force est de constater que peu de projets de l'époque ont abouti. Pire, l'accroissement de la mobilité a conduit à une saturation de tous les réseaux infrastructurels existants". Ceux qui prônent la libéralisation des transports ferroviaires "semblent ignorer que les capacités existantes sur les réseaux ferrés sont déjà saturées", a-t-il dit, en précisant que cela vaut aussi bien pour le transport de passager que pour le transport du fret).
L'Espagnol Carles-Alfred Gasoliba I Böhm a rappelé que le groupe libéral appuie pleinement la politique de rigueur budgétaire. C'est pourquoi, "nous regrettons beaucoup que les Etats membres, lors du Conseil Ecofin de février, n'aient pas appuyé la proposition de la Commission" sur l'Allemagne et au Portugal, a-t-il dit, ajoutant que son groupe était préoccupé par les récentes annonces du gouvernement français actuel. Le Belge Pierre Jonckheer a déclaré que le groupe des Verts "ne votera pas le rapport Marinos" parce qu'il est en "contradiction" avec le rapport Trentin. Le rapport Marinos "plaide pour un respect strict des programmes de stabilité", a-t-il dit, avant d'estimer qu'il n'est "pas sage de refuser d'ouvrir un débat sur le Pacte de stabilité et de vouloir s'accrocher à tout prix et dans le respect des calendriers stricts à des équilibres budgétaires". Selon lui, "il y a un lien à faire entre la montée de l'extrême droite en Europe et le fait que les Etats ne savent plus répondre aux besoins élémentaires de leurs citoyens, ou en tout cas que la satisfaction de ces besoins se dégrade". Pour lui, le rapport Trentin contient "un message politique fort", qui consiste à dire que le PE "récuse la stratégie d'attente menée par les gouvernements des pays membres et plaide pour une croissance qualitative plus forte".
Pour Christa Randzio-Plath (SPD), présidente de la commission économique et monétaire, l'Europe a besoin d'une croissance supérieure à la productivité afin d'arriver au plein emploi. Pour augmenter les taux de croissance, les réformes structurelles à elles seules ne peuvent suffire et il faudra aussi, a-t-il prévenu, augmenter les investissements en matière de recherche et de développement technologique, de ressources humaines et d'infrastructures. Pour Miquel Mayol I Raynal (Verts/ALE, espagnol), le président de la Banque centrale européenne (BCE), Wim Duisenberg, s'apparente au Docteur Coué qui répète à tout va que la croissance est là, "alors qu'on peut se demander si nous ne sommes pas en crise". Le Pacte de stabilité et l'indépendance de la BCE "ôtent toute marge de manœuvre aux Etats membres" pour faire face à la mauvaise conjoncture économique. Selon lui, dans une situation de bonne conjoncture, "quand la main invisible" des marchés fonctionne, les choses se passent plus ou moins bien, même si les écarts entre riches et pauvres augmentent; mais quand cette main invisible ne fonctionne plus, la situation devient ingérable et il est impossible de respecter les dogmes budgétaires. Il faudrait prendre exemple sur les Etats-Unis qui, eux, font preuve de pragmatisme et n'hésitent pas à recourir, quand la situation l'impose, à des mesures anti-libérales. Pervenche Beres (PSE, française) a insisté surtout sur le rapport Trentin en soulignant que les grandes orientations de politiques économiques ne doivent pas être seulement un exercice de pur académisme. Il faudrait, selon elle, que les parlements nationaux y soient associés afin qu'ils en tiennent compte au moment de l'élaboration des budgets des Etats membres.
Pacte de stabilité: pas de concessions aux grands pays, dit M. Sobles
Le Commissaire Pedro Solbes a répété qu'il fallait maintenir le Pacte de stabilité et de croissance, "sans faire de concessions politiques, surtout aux grands pays" et que la Commission traite tous les Etats membres de la même manière, comme elle l'a démontré en proposant de déclencher le système d'alerte rapide contre l'Allemagne et le Portugal. Il a ajouté que les GOPE et le Pacte ne sont pas contradictoires: le déficit est l'ennemi numéro un de la croissance. Selon lui, il est faux de prétendre que le Pacte de stabilité est rigide car il a démontré sa capacité à fonctionner, même dans des conditions de mauvaise conjoncture économique. La Commission "doit veiller à ce que le Pacte de stabilité soit appliqué de la même manière dans tous les Etats membres", a-t-il conclu.