Strasbourg, 15/05/2002 (Agence Europe) - Devant le Parlement européen, le Haut représentant de l'UE pour la PESC, Javier Solana, est revenu sur les difficultés qu'il a fallu surmonter pour lever le siège de la basilique de la Nativité à Bethléem et obtenir la liberté de mouvement pour Yasser Arafat. "Nous sommes en train de travailler tous les jours sur le terrain et dans les capitales", a-t-il dit en évoquant la coopération au sein du Quartette. Et de poursuivre: " Il s'agit désormais d'aider l'Autorité palestinienne à rebondir pour se réformer profondément". "L'heure est venue de créer un Etat palestinien démocratique", a-t-il dit en soulignant à nouveau la nécessité d'organiser une conférence à laquelle puissent participer les parties, les membres du Quartette mais aussi les pays arabes. Nous devrons d'abord dégager un consensus pour que cette conférence se fonde sur les éléments de la conférence de Madrid et de l'initiative prise par les pays arabes à Beyrouth sur proposition saoudienne, a-t-il estimé, en constatant que cela constituera en quelque sorte "deux corbeilles" qui permettront de "passer du débat sur la sécurité à un débat sur la politique". "La sécurité n'est pas acquise", a reconnu M. Solana, en ajoutant qu'il faudra "faire preuve de patience et d'entêtement". "Plus de 65 % des Israéliens croient que la seule solution possible est celle que nous proposons, avec la communauté internationale: la création de deux Etats viables", a-t-il dit. Et, évoquant ses contacts avec le Président Arafat, il a noté: "Je crois que les responsables palestiniens savent que les éléments sécuritaires ne peuvent pas être dispersés et qu'il faut une plus grande concentration des pouvoirs dans le cadre d'une structure démocratique avec un gouvernement et des responsabilités claires (…). Le Président Arafat a dit en public et en privé que c'est ce qu'il veut faire(…). Il m'a dit qu'il veut mettre en place un double processus électoral pour le Conseil législatif et les municipalités".
Le Commissaire Chris Patten a rappelé que l'UE exige des responsables palestiniens qu'ils démantèlent les réseaux terroristes et a, lui aussi, insisté sur la nécessité de créer deux Etats et de réformer l'Autorité palestinienne. "C'est possible si les Palestiniens sont certains que la récompense de cette réforme sera un Etat", a-t-il ajouté. Et de poursuivre: "Nous avons été un des seuls donateurs à fixer des conditions à notre aide pour amener une réforme de l'Autorité palestinienne." Nous voulons voir une réforme du système judiciaire et nous apporterons notre aide si l'indépendance du système judiciaire est reconnue, a-t-il déclaré. Une équipe évalue actuellement les dommages et les besoins en termes d'infrastructures, a-t-il indiqué, en estimant qu'il faut agir d'urgence pour rétablir "une colonne vertébrale" pour l'Administration palestinienne. Nous n'avons pas de garantie que la reconstruction, qui ne sera pas bon marché, ne sera pas suivie d'une nouvelle destruction, a reconnu M. Patten. Ces dernières semaines, on a accusé l'Autorité palestinienne d'avoir détourné des fonds provenant de l'UE pour financer des activités terroristes, mais nous n'avons pas trouvé de preuves, a-t-il expliqué, en affirmant que ces accusations, comme celles qui concernaient les livres scolaires, s'inscrivent dans le cadre d'une campagne visant à décrédibiliser les autorités palestiniennes.
Gerardo Galeote (PPE, espagnol) a déploré la récente résolution adoptée par le Likoud et il a estimé qu'il faudra vérifier de manière très scrupuleuse que les accusations sur l'utilisation abusive des aides communautaires sont infondées. Le président du groupe socialiste, Enrique Baron a dit qu'il faut accélérer la création d'un Etat palestinien. Et, déplorant, comme MM. Solana et Patten, les reproches d'antisémitisme qui sont adressés aux Européens, notamment aux Etats-Unis et en Israël, il a lancé: "Les peuples sémites sont les arabes et les israéliens et moi-même en, tant qu'Espagnol, j'ai du sang arabe et du sang juif". La libérale suédoise Cecilia Malmström a critiqué le gouvernement israélien pour avoir empêché l'enquête internationale sur Jenine. Le co-président du groupe Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a constaté que "les armes payées par les contribuables américains pour l'armée israélienne ont détruit les infrastructures palestiniennes payées par les contribuables européens", et a estimé que "la déclaration du Likoud est une bonne chose parce qu'elle oblige enfin les uns et les autres à prendre leurs responsabilités". "La clef se trouve à l'ONU, par une déclaration solennelle de la création de l'Etat palestinien", a-t-il ajouté. Le président du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, a souhaité l'envoi d'une délégation du PE au plus haut niveau en Israël et Palestine.
En répondant aux députés, M. Solana a insisté sur la nécessité de "travailler en même temps sur trois axes: la sécurité, la restructuration de l'Autorité palestinienne et le processus politique". Il a expliqué que ce travail doit s'inscrire dans "un processus court, rapide, sans préalable", et qu'il faut éviter de poser des conditions, comme la période de calme de sept jours que le gouvernement israélien avait imposée par le passé.