Bruxelles, 01/03/2002 (Agence Europe) - En suivant Per Gahrton, membre suédois du groupe des Verts, son rapporteur, sur la communication de la Commission concernant les relations UE/Caucase du Sud, le PE a demandé jeudi à la Commission européenne de commencer à travailler à une proposition sur une stratégie commune globale et à long terme en faveur de ces pays, en s'inspirant de l'expérience du Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est. En outre, il a sollicité la tenue d'une conférence entre l'UE et les trois pays (Géorgie, Arménie, Azarabaïdjan) et la désignation d'un Envoyé spécial de l'UE pour la région.
La plénière a demandé aussi à la Turquie de mettre fin au blocus contre l'Arménie et, en rappelant sa résolution du 18 juin 1987 "où elle reconnaît le génocide perpétré contre les Arméniens en 1915, invite la Turquie à créer les conditions de la réconciliation". Un amendement de MM. Duff, Lagendijk, Van Orden et Lamassoure demandant la suppression de la référence au génocide a été rejeté (96 oui, 391 non et 15 abstentions).
Le vice-premier ministre turc Mesut Yilmaz a estimé qu'un tel vote est "inacceptable" et fait douter de la "crédibilité et de l'impartialité "du Parlement. Toutefois, affirme-t-il dans une déclaration, l'adoption de cette résolution (et celle sur le parti Hadep, qui est aussi "inacceptable": voir EUROPE du 1er mars, p. 7) "ne devrait pas affecter la perception de la Turquie vis-à-vis de l'UE- au contraire, cela devrait l'inciter à continuer à oeuvrer pour l'adhésion".
Au cours du débat en séance de nuit, de nombreux députés ont reproché à l'Europe de ne pas jouer dans la région un rôle à la hauteur des enjeux - une région riche en réserves énergétiques et donc attrayante pour les « grandes puissances », a remarqué l'élu du FPÖ Hans Kronberger. La Géorgie « attend l'aide des Etats-Unis », et l'Europe est « la grande absente », a déploré à son tour l'élue de la CSU Ursula Schleicher, alors qu'Olivier Dupuis (Lista Bonino) s'en est très vivement pris, une fois de plus, au Commissaire à l'aide humanitaire Poul Nielson qui, a-t-il dit, « pense que le Caucase est une région peuplée comme le Groenland ou l'Antarctique », en oubliant qu'il est la voie d'accès à une zone d'une importance aussi stratégique que l'Asie centrale. En Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan, les gens « se sentent Européens », et l'UE devrait les inviter à « adhérer dans dix ans », car s'ils ont cette perspective, « ils seront prêts ». Plusieurs députés ont évoqué les conflits opposant l'Arménie et la Turquie: ainsi, l'élu des Democratici di sinistra Demetrio Volcic a exhorté à « dédramatiser » et à penser à l'avenir « pour laisser le passé aux historiens » (il a fait allusion à une nouvelle approche qu'étudierait le « Groupe de Minsk » de l'OSCE à propos du Nagorny-Karabagh). Dominique Souchet (Mouvement pour la France) demande au contraire que la Turquie crée les conditions d'une réconciliation avec l'Arménie: l'abandon de « tout révisionnisme » par Ankara sur la question arménienne est, selon lui, la condition sine qua non de la paix dans le Caucase du Sud. La Verte française Marie Anne Isler Béguin a parlé de ces trois pays comme de « trois soeurs, amies ou ennemies », en estimant que leurs relations se sont apaisées depuis que le Conseil de l'Europe, « cette antichambre » de l'Union européenne, leur a ouvert ses portes. L'UE a des accords de coopération avec les pays de la région, et dès 1999 elle a voulu donner une nouvelle impulsion aux relations avec eux, a rappelé la Commissaire européenne Loyola de Palacio, en notant que les interventions de l'Union en faveur de ces pays ont atteint 2 milliards d'euros depuis 1991. L'UE veut participer davantage à la prévention des conflits et à la réhabilitation post-conflits, a-t-elle assuré, en ajoutant que l'Union est consciente des limites de son action, mais veut « maximiser » l'impact des instruments existants. Il n'y a pas de réponse facile aux problèmes de la région, et nous devons travailler patiemment, a affirmé Mme de Palacio, en constatant avec les députés que les intérêts de l'Union sont aussi en jeu, notamment en matière d'approvisionnement énergétique.